CHAPITRE HUITIÈME. II
Mais d'autres visions affligeaient quelquefois notre incomparable maître, Dieu permettant au démon de le menacer et de l'éprouver, afin ^surtout de nous apprendre que le tentateur ne s'endort jamais, que ses défaites ne le découragent point, que nos victoires ne nous dispensent ni de prier ni de veiller. Un matin que Jean de Blasio.jeune napolitain fort dévoué à saint Thomas et aux frères-prêcheurs, rendait visite au Docteur Angélique en sa petite cellule du couvent de Naples.ils montèrent ensemble sur une terrasse découverte, disposée pour la promenade. Un fantôme ténébreux et vêtu de noir leur apparut, à quelques pas d'eux. Frère Thomas l'apercevant et reconnaissant le démon, s'élança vers lui comme autrefois dans sa prison de Rocca-Secca, tout prêt à le repousser et s'écriant : « Pourquoi viens-tu ici me tenter ? » Et comme il allait l'atteindre, le fantôme diabolique s'évanouit, et ne reparut pas. C'est Jean de Blasio luimême qui, devenu juge de Napleset conseiller intime de la reine Marie de Sicile, raconta ce fait dans le procès de canonisation (').
I. « Interrogatus de causa scienti?E, dixit quod interfuit et vidit.lnterlo^^atus quomodo scit illum fuisse daetnonem, dixit quod alias viderat Ipsum daemonem in quadam crystallo, dum fieret quaedam conjuratio
Les dominicains étant un jour au chœur pour la messe conventuelle, le frère portier vint appeler l'un des novices, à qui un étranger remit une pâtisserie fort à la mode au pays de Naples. Le jeune homme la déposa dans sa chambre et revint à l'église, tout préoccupé d'une égoïste et vulgaire tentation de gourmandise. Thomas d'Aquin vit alors le démon très empressé autour du pauvre frère, et déjà triomphant. Il fit donc signe à ce religieux, qui vint le trouver en sa stalle, et il lui dit : « Frère, soyez attentif à vos pensées ; n'allez pas céder à votre tentation. » Il répondit : « Maître, je ne pense à rien qu'à entendre la messe qui se célèbre en ce moment. » Le maître reprit : « Dites-moi pourquoi l'on vous a appelé hors du chœur. » Et le novice lui avoua tout en détail et lui rendit grâces, ainsi qu'à Dieu, de l'avoir délivré de sa tentation (').
Au commencement de l'année 1273, l'Ange de l'Ecole reçut du ciel un nouvel avertissement de sa mort
daemonum pro inveniendo quodam libro furto subtracto cuidam scolari,quem tune recognovit in illa apparitione quam fecit dicto fr.Thomae.» {Boll.^ t. cit., p. 709.)
I. Echard pense, avec plus ou moins de raison, que Guillaume de Tocco s'est trompé en attribuant ce fait à S. Thomas, ou du moins en disant que la chose arriva dans le couvent de ^2î^\ç,^\Scriptores^ t. cit., p. 674.)