‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 60 sur 153 · CHAPITRE HUITIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. I

que tous ses discours furent l'explication des paroles de l'archange Gabriel : « Je vous salue, Marie,pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ! » C'était par cette angélique salutation qu'il avait commencé sa vie ; c'était par elle qu'il la voulait finir. Il parlait les yeux fermés ou constamment élevés au ciel, avec un admirable regard de contemplation.

Le dimanche de la Passion, comme il célébrait la messe dans l'église conventuelle, en présence d'un grand nombre de nobles chevaliers, on le vit tout-àcoup tellement rempli de dévotion, tellement absorbé dans la méditation des mystères sacrés, qu'il parut transporté en esprit sur le Calvaire, et associé luimême aux souffrances du Sauveur. Son visage était baigné de larmes, et il fut longtemps insensible à tout ce qui l'environnait. Enfin, s étant approchés, les religieux le secouèrent pour le rappeler à lui ; mais ils ne parvinrent qu'avec peine à le tirer de ce sommeil extatique. Après la sainte messe, les frères-prêcheurs, et quelques chevaliers qui étaient dans son intimité, le prièrent de leur dire ce qui lui était arrivé dans ce ravissement, et de leur révéler ce qui ne manquerait pas de les édifier beaucoup. Mais il s'y refusa, et tint secrète sa vision.

Quoique très attaché à la solitude et au silence, il dut néanmoins faire en ce temps-là quelques voyages: par exemple, au couvent de San-Germano, qu'il avait établi avec l'autorisation de l'abbé du Mont-Cassin, et qui était bâti au pied de l'abbaye ; à Maënza, où demeurait sa nièce Françoise de Ceccano, fille de Landolphe d'Aquin et probablement sœur du comte de Fondi ; au monastère de Fossa-Nuova, qui fut son dernier asile sur la terre; à Salerne, dont le couvent avait été fondé en 1272 à cause de lui ('), et où Raynald le vit miraculeusement élevé de deux coudées au-dessus du sol, devant le maître-autel de l'église ; à Capoue, dont l'archevêque Marino le révérait et l'aimait au point de ne pouvoir, après qu'il eut appris sa mort, prononcer seulement son nom sans être touché jusqu'aux larmes ; à Capoue encore, qui était la résidence de la cour de Sicile, et où il vint une fois intercéder pour son neveu, le comte de Fondi, compromis dans quelque affaire politique ; enfin, près de Salerne, au château de San-Severino, habité par sa sœur Théodora. Aucune de ses démarches n'était fri-

I. «Obamorem prascipuum quem habemus ad venerabilem virum fratrem Thomam de Aquino et magistrum nostrum, » dit l'archevêque Matthieu délia Porta dans son acte de fondation. {Boll.^ t. cit., p. 744.)

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