‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 62 sur 153 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

pureté sans tache et désormais presque sans combats. L'opinion commune, vingt fois attestée dans le procès de canonisation, affirme qu'il mourut dans toute la gloire de sa virginité, aussi chaste en son corps et en son âme qu'il l'était au sortir du baptême.

Durant sept ou huit ans, il eut pour compagnon, en l'université de Paris, frère Raymond Sévère ou de Salerne. Leur intimité était grande ; ils s'entendaient mutuellement en confession, se servaient l'un l'autre à la sainte messe. Or, frère Raymond assura plus d'une fois, par serment, que jamais, pendant tout ce tempslà, son saint ami n'avait consenti à l'apparence d'une pensée sensuelle, et même qu'il n'en avait éprouvé que très rarement la première impression. Frère Raynald de Piperno, son inséparable compagnon, et son confesseur dans les sept ou huit dernières années de sa vie, disait pareillement que sa confession générale au moment de la mort avait été comme la confession d'un enfant de cinq ans, parce qu'il n'avait jamais commis un seul péché mortel.

A ce sujet, Guillaume de Tocco eut une très intéressante vision dans le port d'Asture. Il se rendait de Naples à la cour pontificale, pour activer la cause de canonisation de son angélique maître. Une horrible

tempête avait assailli le vaisseau ciu'il montait, et il n'avait dû son salut qu'à l'cvidenUî protection de saint Thomas. Vers l'aurore, s'étant endormi de fatigue, il le vit apparaître, assez jeune d'aspect, tel qu'il était au jour de sa mort. ^Surpris de cette fraîcheur de visage, il dit à un religieux qu'il voyait auprès du Docteur Angélique en cette vision, et qui autrefois avait fait son noviciat et ses vœux de religion sous la direction du grand Docteur : « Voici que saint Thomas paraît plus jeune que vous. » Saint Thomas répondit luimême : « Est-ce que les saints ne sont pas toujours jeunes?» Guillaume, qui venait d'écrire sa biographie, voulut alors l'interroger sur ce travail. « Maître, lui dit-il, j'ai écrit toute votre histoire, et j'y ai marqué une chose admirable sur laquelle je vous supplie de me révéler complètement la vérité : c'est que vous étiez, en mourant, aussi pur et aussi chaste qu'au jour de votre naissance, selon que frère Pierre de Sicia l'a affirmé dans le sermon qu'il fit à vos funérailles. » Cette louange sembla faire rougir un peu le Docteur. Il répondit cependant : « Cela est vrai, excepté que ce ne fut pas frère Pierre qui fît ce discours, mais frère Raynald mon compagnon. » Et Guillaume aurait désiré lui soumettre tous les autres points de sa biographie.

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