‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 63 sur 153 · CHAPITRE NEUVIÈME. I3I · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. I3I

Mais voilà qu'il aperçut tout à coup devant lui trois globes lumineux. Ils étaient d égale splendeur, et l'un pourtant était placé au-dessus des deux autres. Se souvenant alors d'un passage qu'il avait lu autrefois dans les œuvres de saint Thomas, il lui dit : « Maître, vous avez enseigné et écrit que plusieurs saints ont eu, dès la vie présente, une triple vision de Dieu : l'une, sensible ; l'autre, imaginative ; la troisième, intellectuelle ; » car les trois globes lui semblaient signifier ces trois degrés de vision. Et le saint répondit : « Cela est vrai, » et l'apparition cessa (').

Semblable à un céleste parfum, l'innocence virginale de saint Thomas d'Aquin passait et se communiquait de sa personne à ceux qui le fréquentaient ou le considéraient seulement. Après sa mort, ses reliques ont gardé la même vertu. Un témoin dépose, dans le procès de canonisation, qu'il lui a suffi de se recommander à lui ou d'invoquer son nom, pour être absolument délivré des plus graves tentations. Sa ceinture mira-

I. Il ne sera pas inutile d'avertir le lecteur que ce récit, d'ailleurs intéressant, de G. de Tocco, ne signifie aucunement que Dieu serait sensible et corporel, ni que sa divine et infiniment spirituelle essence pourrait être vue par l'âme humaine dès la vie présente. Dieu produit dans l'intelligence, dans l'imagination, dans les sens même de ceux auxquels il daigne se révéler par une vision, des images ou représentations ayant une lointaine analogie avec son adorable réalité ; rien de plus.

culeuse, donnée par le maître-général Jean de Verccil au couvent de cette ville, d'où elle passa au couvent de Chieri, fut l'objet d'un culte universel qui n'a pas cessé d'embaumer le jardin mystique de l'Église. Au seizième siècle, une Milice Angélique s'est formée sous son patronage ; prenant pour arme un fac-similé bénit de cette ceinture sacrée, elle a noblement combattu pour la sainteté des mœurs chrétiennes. Vers l'an 1600, il apparut à une pieuse religieuse dominicaine, Colomba de Trochazano ; et la bénissant, il la fit armer, par deux anges qui l'accompagnaient, de la même ceinture qu'il avait portée le premier ('). Combien d'âmes, sans avoir de semblables visions, obtiennent encore de lui un semblable privilège de force et d'innocence !

Toutefois, ce n'est pas uniquement, nous l'avons observé déjà, à cause de sa grande pureté ou de son zèle pour la défense des droits de Dieu, que Thomas d'Aquin a reçu le glorieux surnom de Docteur Angélique, Il convient d'en chercher la raison plus haut encore, dans les singulières perfections de son intelli-

I. Cf. Boll.^ t. cit., p. 746. En cet endroit, les Bollandistes donnent des renseignements fort intéressants sur l'histoire et l'organisation de la Milice Angélique. Voir aussi R. P. Gros, S. Thofnas d'Aquin çt Toulouse^ p. 92 et suivantes.

Page 1