CHAPITRE NEUVIÈME. I
à^ intelligence que de raison. Il est plus ange ç\\\ homme.
Lorsqu'il enseigne, il conduit d'abord son disciple aux principes premiers. Il le fortifie et le rassure par leur évidence absolue. Il Téclaire des calmes splendeurs d'un bon sens toujours simple, et comme palpable. Il ne l'éblouit pas. Il ne le fatigue pas de longues et adroites démonstrations. Déjà, dans ses principes, vous avez facilement pressenti toutes ses preuves et conclusions. Très peu d'art dans la Somme, son chef-d'œuvre ; aucun artifice, nulle ombre de recherche ou de subtilité, mais la droiture, la force, la tranquillité la plus complètes. Voilà ce qui l'a fait nommer, non pas, comme d'autres, le docteur très habile, ou très savant, ou très subtil, mais le Docteur Angélique.
Est-il besoin de le dire? La science de saint Thomas n'altérait jamais sa douceur d'âme et son affabilité. Quand il pouvait descendre des hauteurs sublimes où la contemplation souvent le ravissait, il était d'un commerce très suave, d'une conversation très humble. Heureux de satisfaire aux questions de ses visiteurs, d'adoucir leurs chagrins, de les entraîner à sa suite dans le chemin de la vertu, il ne les quittait pas sans leur avoir rapporté brièvement un trait d'histoire, ou sans leur avoir fait quelque pieuse exhortation. Jamais
138 SAINT THOMAS d'aQUIN.
on ne surprit dans ses entretiens une parole dure, affligeante, vaniteuse ou hautaine. Bien qu'il eût une horreur extrême du mal et du péché, et qu'il voulût que les supérieurs et les juges réprimassent énergiquement le crime, il était compatissant, patient et sans colère. Tendrement miséricordieux pour les criminels, les pécheurs et les méchants, il désirait les convertir au bien par la punition même qui leur était infligée. Son entière innocence faisait qu'il croyait difficilement à la perversité des autres; quand malgré lui il en était convaincu, il la déplorait et l'expiait comme si elle eût été sienne.
On ne pouvait considérer son visage ni écouter sa parole, que l'on ne fût rempli d'une singulière consolation, car il était d'un aspect gracieux, joyeux et doux. Frère Eufranon de Salerne, religieux d'une vraie sainteté et d'une haute réputation dans l'ordre des frères-prêcheurs, disait souvent que toutes les fois qu'il avait regardé avec dévotion le Docteur Angélique, il avait aussitôt ressenti une grâce de joie spirituelle.
A une courtoisie parfaite, rappelant le descendant d'une des plus nobles races de l'Italie, il joignait une habitude admirable de réserve et de dignité, ne cherchant point à se créer de relations extérieures, ne