‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 67 sur 153 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

prolongeant point les conversations et le séjour au parloir du couvent, évitant toutes les paroles inutiles, ne se mêlant aucunement des affaires temporelles, à moins d'extrême nécessité.

Il était totalement détaché des affections terrestres, et cette liberté d'âme lui était si chère qu'il la demandait souvent à Dieu. Deux choses pourtant se partageaient ici-bas son cœur : l'ordre des frères-prêcheurs et les pauvres. En plusieurs de ses visions, il désire savoir s'il aura le bonheur d'échapper aux dignités ecclésiastiques et de mourir sous le froc dominicain : c'est là sa vive et constante préoccupation. Pour les pauvres, il est d'une compassion extraordinaire : il n'en voit pas un seul sans que son cœur déborde de charité. Il se dessaisit en leur faveur, non seulement de tout le superflu qu'il peut avoir, mais encore du nécessaire, comme de ses tuniques et de sa nourriture. Le lendemain ne l'inquiète pas ; il ne voit que la misère à soulager aujourd'hui.

Parmi les vêtements qu'on mettait à son usage, les plus méprisables étaient les mieux accueillis. La délicatesse des mets ne lui importait nullement. Il ne mangeait qu'une fois par jour, et très peu, de sorte que son jeûne était perpétuel. Jamais il ne demandait à

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table de soins particuliers, mais il se contentait de ce qui lui était servi. Même il était souvent en contemplation pendant les repas, les prenant d'ailleurs invariablement au réfectoire commun. D'après Barthélémy de Capoue, ses yeux étaient alors habituellement fixés au ciel, et Ton pouvait lui changer ou lui retirer sa nourriture sans qu'il pût seulement s'en apercevoir.

Il ne prenait presque pas de sommeil, et quelques historiens disent qu'il ne dormait guère au-delà d'une heure. En tout cas, au lieu de reposer comme les autres après compiles, il faisait de longues prières dans l'église ; et dès que la cloche allait sonner matines, il regagnait à la hâte et adroitement sa cellule, pour en redescendre avec la communauté, et donner ainsi à penser qu'il ne faisait rien d'extraordinaire.

Tous les jours, de très bon matin, il célébrait le saint sacrifice de la messe. Fréquemment on pouvait le voir pleurer d'amour, au moment de la communion. A peine avait-il terminé, qu'un de ses confrères lui succédait à l'autel. Il entendait pieusement cette seconde messe, la servant d'ordinaire lui-même. Ensuite seulement il déposait les ornements sacerdotaux. Pendant la messe d'action de grâces, il avait coutume de réciter après l'élévation la deuxième partie du Te Deum, qui com-

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