‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 68 sur 153 · CHAPITRE NEUVIÈME. I4I · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. I4I

mence à ce verset : « Vous êtes le roi de gloire, ô Jésus ! Vous êtes le Fils éternel du Père. » Si parfois, mais très rarement, il ne pouvait offrir le divin sacrifice, il assistait dévotement à deux messes.

A peine sorti de l'église, il montait dans sa chaire de professeur, et enseignait la théologie. Puis il se mettait à écrire (') ou à dicter à ses secrétaires. L'heure du repas venue, il quittait sa cellule, mais non ses pensées. Il prenait ensuite quelque récréation, aimant à se promener, solitaire et silencieux, dans le cloître ou dans le jardin du couvent. Ceci même ne l'empêchait point de continuer ses méditations profondes. On le rencontrait tout contemplatif, le regard illuminé par la vérité divine, le front élevé et toujours serein. Parfois il oubliait que l'heure de la récréation était venue, et tandis que ses confrères l'invitaient à les accompagner au verger, il s'égarait et remontait chez lui sans en avoir conscience ; et il s'occupait à lire les Saintes

I. s. Thomas, comme tons les écrivains de son temps, avait deux manières d'écrire : l'une, sténographique et fort difficile à lire ; l'autre, qu'on pourrait appeler calligraphique, et qui est la cursive assez lisible du XII P siècle. Outre la lettre adressée à Bernard, abbé du Mont- Cassin, et dont nous reproduisons dans ce volume deux fragments, des autographes du saint Docteur sont conservés à la Bibliothèque Vaticane, à la Bibliothèque de Naples, à la Bibliothèque de Bergame, et sans doute ailleurs.

Saint Thomas d'Aquin . lo

Kcritures, ou les philosophes et les auteurs ecclésiastiques, jusqu'au moment du repos de l'après-midi. Il le prenait très court, puis se remettait à écrire ou à dicter.

Le soir, il assistait au chant des compiles ; et en carême, lorsqu'on arrivait à ce verset du psaume : « Ne me rejetez pas au temps de ma vieillesse, quand mes forces seront affaiblies, » il tombait fréquemment en une sorte d'extase accompagnée de larmes abondantes. Tous les ans, en la sainte veillée de Noël, on pouvait compter qu'il aurait une vision relative à Notre Seigneur et à la glorieuse Vierge sa mère ; et il en éprouvait une joie et une dévotion merveilleuses.

Ainsi vivait l'incomparable Docteur, sans que l'oisiveté pût jamais s'emparer d'un seul instant de sa vie. Constamment il méditait ou étudiait, préférant néanmoins la sainteté à la science, ou plutôt ne voulant jamais séparer l'une de l'autre ces deux sœurs immortelles. C'est pourquoi, dans la crainte que la sécheresse de certaines études philosophiques ne tarît en son âme la source de la piété religieuse, il s'était imposé la règle de lire tous les jours un assez long passage des Conférences des Pères rédigées par Cassien. Et comme on lui demandait la raison de cette coutume : « En cet

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