CHAPITRE DIXIÈME
cine ('). Frère Raynald courut au lit du malade et dit : « Dieu a accompli votre volonté ; vous avez ce que vous désirez ; on a trouvé les poissons que vous aviez indiqués. » Il répondit : « D'où viennent-ils donc, et qui les a apportés ici ? » Et frère Raynald : « Dieu vous lésa envoyés. » Mais il les refusa d'abord, disant au médecin : « Maître, il vaut mieux m'abandonner à la divine Providence que de manger témérairement de ce poisson qui, sans doute, m'a été accordé par la toute-puissance divine, mais que j'ai trop vivement désiré. » Il consentit pourtant à en accepter ; et beaucoup de personnes en mangèrent pareillement, soit au château de Maënza, soit à l'abbaye de Fossa* Nuova.
Il put encore célébrer une ou deux fois la sainte messe, édifiant, par sa dévotion extraordinaire et par ses larmes, les moines qui l'assistaient à l'autel. Leur prieur, Jacques de Florentino, fut sollicité par frère Raynald de l'interroger sur ce qui lui était
I. « Interrogatus (fr. Petrus de Castro Montis S. Joannis) quomodo sciret quod pnedicti pisces essent harenghae, dixit quod ipse viderat in curiaromana apud Viterbium harenghas salitas;... et prasdictus fr. Raynaldus, socius dicti fr. Thomae,qui viderat et comederat de harenghis recentibus in partibus ultramontanis, testificabaturet affirmabat eas esse harenghas.Interrogatus qualiter ipse et alii comederunt easparatas, dixit quod elixatas in brodio et etiam assatas. » (Boll., /. cz/., p. 703.)
152 SAINT THOMAS d'aQUIN.
arrivé à Paris, quand il se préparait à la licence. Le saint finit par se rendre aux instances réitérées du prieur, et lui confia la révélation dont nous avons parlé en son temps.
Il ne voulut rester que quatre ou cinq jours dans la demeure du comte de Ceccano. Avait-il l'espoir de parvenir jusqu'à Rome, ou même jusqu'à Lyon ? Ne jugeait-il pas au contraire sa mort assez prochaine pour souhaiter detre transporté dans une maison religieuse, où il lui convenait mieux d'expirer ? « Si le Seigneur veut me visiter, avait-il dit à son entourage, il faut qu'il me trouve en un monastère de religieux plutôt qu'en une maison séculière. » Un matin donc qu'il se sentait un peu moins faible, il quitta Maënza, monté sur une mule, accompagné de plusieurs frères-prêcheurs, de trois moines cisterciens et du prieur. Il chemina doucement, l'espace de six à sept milles, et arriva ainsi à l'abbaye de Fossa- Nuova, tout près de la petite ville épiscopale de Piperno, dont l'évêque gouvernait, en ce temps déjà, le diocèse de Terracine uni à celui de Piperno. C'était probablement le 10 février 1274.
En franchissant le seuil du parloir, il s'appuya un instant contre un des piliers de la porte, et il dit