‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 73 sur 153 · CHAPITRE DIXIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME. I

à son compagnon bien-aimé : « Raynald, mon enfant, voici le lieu de mon repos pour les siècles des siècles ; je l'habiterai parce que je l'ai choisi. » Il répéta la même parole de l'Écriture Sainte dans le cloître, après avoir prié devant le maître-autel de l'église. Il se retira ensuite dans la chambre abbatiale que le supérieur de Fossa-Nuova voulut lui abandonner, et qu'il occupa en efifet durant le dernier mois de sa vie. Ceux qui voyageaient avec lui reçurent également une large hospitalité dans le monastère.

Les pieux cisterciens se mirent à son service avec une amitié touchante. Ils l'environnèrent même d'une sorte de culte religieux, au point qu'ils allaient en personne à la forêt voisine chercher le bois de son foyer, et qu'ils en rapportaient humblement les morceaux sur leurs épaules, ne voulant pas, disaient-ils, laisser cette charge à des créatures sans raison, incapables de savoir à qui l'on rendait ce bon office de chanté. Et lorsque le Docteur Angélique les voyait entrer dans sa chambre, tout ployés sous leur fardeau, il se levait avec beaucoup d'humilité et de dévotion, en disant : « D'où me vient cet honneur, que de si saints personnages m'apportent le bois de mon foyer ? D'où me vient que les serviteurs de Dieu se fassent les

serviteurs d'un homme comme moi, et apportent de loin un lourd fardeau qui les fait souffrir ? » Et il se montrait d'une mansuétude parfaite, n'étant pour aucun d'eux un sujet de trouble, mais pour tous un modèle achevé de bonté, de candeur et de simplicité, sans l'ombre de dureté ni d'impatience.

Les religieux les plus instruits désirèrent conserver un souvenir de sa science incomparable; et tout débile qu'il fût, il consentit, non pas à leur faire des leçons, mais à leur exposer pieusement et très brièvement le Cantique des cantiques. Les Commentaires que nous avons de ce livre mystérieux, dans les œuvres de saint Thomas, paraissent antérieurs à son séjour au monastère de Fossa-Nuova,et feront éternellement regretter celui qu'il donna du seuil même de la céleste Jérusalem. Quels éclairs de génie, mais surtout quels élans d'amour, quelle alliance merveilleuse de la théologie dogmatique et de la mystique, quels accents d'une âme ardente et trouvant enfin son bien suprême, quelles pensées et quelles paroles dignes d'un tel génie, les fils de saint Bernard ne recueillirent-ils pas à l'école du fils mourant de saint Dominique !

Sa faiblesse augmentant, il fit une confession générale de toute sa vie à frère Raynald, et s'employa de

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