CHAPITRE DIXIÈME. I
sainte communion, ô prix infini de la rédemption de mon âme ; ô vous pour l'amour de qui j'ai étudié, veillé, travaillé ; ô vous que j'ai prêché et enseigné I Je n'ai jamais rien dit volontairement contre votre vérité, et d'ailleurs je ne m'obstine pas dans mes pensées. Si donc il m'est arrivé de commettre quelque erreur envers ce sacrement, j'abandonne tout à la correction de la sainte Église Romaine, dans l'obéissance de laquelle je quitte maintenant cette vie. »
Le lendemain, il demanda le sacrement d'extrêmeonction, et répondit lui-même à toutes les prières. Le jour suivant, qui fut le 7 mars, il rassembla autour de son lit l'évêque franciscain de Piperno et Terracine qui l'était venu voir, l'abbé de Fossa-Nuova avec ses moines et ses frères convers, un assez grand nombre de dominicains, quatre ou cinq religieux de l'ordre de saint François, une centaine de personnes en tout. Par une touchante disposition de la Providence, c'étaient deux de ses vassaux selon le monde, frère Pierre du Mont-Saint-Jean, jeune religieux de l'abbaye de Fossa- Nuova, et frère Benoît du Mont-Saint-Jean, dominicain, qui l'assistaient en ce moment suprême. Une joie très douce illuminait son beau visage. La paix de
Saint Thomas d'Aquin. it
158 SAINT THOMAS DAyUlN.
l'éternelle patrie semblait déjà descendue en son cœur. Il poussa un calme et léger soupir, et son âme monta aux cieux (').
I. On a prétendu, et Dante s'est fait l'écho passionné de ce bruit, qu'une main royale aurait empoisonné le saint Docteur, soit par une absurde jalousie et de crainte qu'il ne fît encore la gloire de la France au détriment de Naples, soit par une vengeance cruelle contre le meilleur défenseur de la papauté. Rien n'autorise pareilles inventions: ce ! sont de pures calomnies. — Dans une plaquette intitulée Ci?îque dociimenti risguardcviti S. Tommaso d^Aqiàno (Naples, 1893), M. l'abbé Cantèra les réfute par trois actes émanés du roi Charles I" d'Anjou (10 sept. 1272, 2 oct. 1272, 15 oct. 1272), et manifestement favorables à S. Thomas. — Les deux premiers sont pour lui faciliter son rôle d'exécuteur testamentaire de son neveu Roger d'Aquila, comte d'Avellino et de Fondi : ce personnage avait laissé des restitutions à faire et des services à récompenser; frère Thomas d'Aquin aura toute liberté d'agir dans ce but, et percevra pour cela les revenus des moulins de Scaulis. — Le troisième acte royal lui assigne une once d'or par mois d'enseignement, comme nous l'avons déjà dit ; ce traitement sera prélevé sur les recettes de la douane de Naples.