‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 77 sur 153 · CHAPITRE ONZIÈME. l6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME. l6l

que le moyen âge a vus et constatés, raconte que, violemment troublée par ces lamentations, la mule qui servait de monture à notre saint avait alors brisé ses liens, s'était précipitée vers le cercueil de son maître, et s'était affaissée en expirant.

Le corps virginal du Docteur fut inhumé devant le grand autel, « dans un sol marécageux, dit Barthélémy de Capoue, près d'un verger appartenant à l'abbaye, et traversé par un ruisseau dont les eaux sont élevées au moyen d'une roue hydraulique pour arroser toute la prairie». Frère Raynald fut contraint par les moines à prononcer l'oraison funèbre de son maître, de son ami, de son père ; et ensuite il se retira dans une cellule solitaire afin d'y pleurer librement « cette lumière de science, comme parle un biographe, cette fleur de pureté, cet oracle de doctrine, ce modèle de sainteté, cette source de douceur et de suavité, » que le monde et lui-même venaient de perdre.

La tombe de saint Thomas d'Aquin fut ouverte plusieurs fois, et on la changea même de place à trois reprises.Avant que d'aller reposer définitivement à Toulouse, à Salerne, à Paris, on vit ses reliques à Piperno, à Fondi, au château de San-Severino ; et des milliers de témoins purent admirer en elles un privilège anti-

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cipé de la glorieuse résurrection : car elles furent longtemps inaccessibles à la corruption, répandant une odeur toute céleste, et une lumière que le grand logothète de Sicile comparait à la lueur d'une lampe renfermée en un vase d'albâtre.

Le jour de la Fête-Dieu de l'année 1368, Elie de Raymond, maître-général des frères-prêcheurs, se rendit de Viterbe à Monte=Fiascone où le pape Urbain V tenait sa cour : il allait le supplier d'accorder à son ordre le corps de saint Thomas d'Aquin, jusque-là demeuré à Fossa-Nuova.

Aussitôt après les vêpres, comme Sa Sainteté donnait audience publique en présence de tous les cardinaux, le maître-général entra et commença à parler ainsi : « Très Saint Père, je présenterai à Votre Sainteté, s'il vous plaît, une supplique relative à notre affaire ; mais avant de la déposer, permettez-moi deux remarques préliminaires. Premièrement, saint Thomas, qui appartenait à notre ordre, a composé l'office d'aujourd'hui sur le commandement que lui fit le seigneur pape Urbain IV. » Et aussitôt le seigneur pape lui dit: «Je n'admets pas cela ; prouvez-le d'abord. »

Le maître-général cita la légende (i), et invoqua

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