CHAPITRE PREMIER
épousa Roger, comte de Marsico, de l'illustre famille napolitaine de San-Severino. Elle habitait d'ordinaire le château féodal de Saint-Séverin, non loin de Salerne, sur les frontières de la Basilicate et de la Principauté Citérieure. Sa mémoire demeura singulièrement révérée dans les Deux-Siciles. On savait combien elle avait été austère envers elle-même, douce au prochain, secourable aux pauvres, adonnée à toutes les œuvres de miséricorde. Vivant de peu, passant la plus grande partie des nuits en oraisons et en pénitences, se flagellant avec des chaînes de fer, discrète, prudente et pourtant magnifique, rivalisant pour toutes les vertus avec sa sœur, l'abbesse de Capoue, elle fut glorieuse jusque dans son tombeau. Car. la vénération dont elle était l'objet ayant fait décider la translation de son corps, on le trouva intègre, sans corruption, répandant un parfum miraculeux. Voilà ce que l'Ange de l'Ecole, captif dans la maison paternelle, avait su faire d'une jeune fille alors frivole et mille fois plus soucieuse du temps que de l'éternité.
Son influence ne fut pas moins efficace, quoique plus tardive, sur ses deux frères aînés, Landolfe et Raynald d'Aquin. Ces rudes chevaliers, lieutenants de l'empereur Frédéric pendant de longues années de guerre,
étaient alors aussi les imitateurs par trop fidèles de ce redoutable suzerain. Instruments dociles de la persécution que leur mère Théodora, pour un temps égarée par son amour, faisait subir à son jeune fils, ils exagérèrent horriblement ses desseins, et dépassèrent toutes les bornes qu'elle eût voulu leur faire garder. Mais, en définitive, ils avaient encore plus de foi chrétienne que de passion militaire. Vassaux de l'Église avant de l'être de l'empereur, ils surent préférer leur conscience à leurs intérêts politiques, quelque graves qu'ils fussent. On les vit rompre en visière à Frédéric excommunié, soutenir énergiquement les droits du Saint Siège, supporter sans faiblir la ruine de leur forteresse et de leur ville d'Aquin, et braver l'exil, les tourments, la prison. Raynald donna même tout son sang pour Dieu, et reçut en échange la couronne du martyre. Expiation sublime et magnifique réparation de l'outrage qu'il avait naguère fait à Notre Seigneur et à l'Église, en empêchant son frère d'obéir à la voix de la grâce qui le conviait à la vie religieuse et à la pratique des conseils évangéliques.
Thomas d'Aquin professait la théologie à Paris, lorsqu'il apprit la mort de sa sœur Marozia; et son çoçur, ému d'une fraternelle et profonde douleur, s'em-