CHAPITRE DOUZIÈME. I
tion ne nuise à l'énergie de son argumentation. D'ail-, leurs, la route est si longue, si difficile, de Cologne à Paris. Il n'importe ; le bienheureux Albert fait le voyage, par amour de celui qu'il nommait « la fleur et l'honneur du monde ».
A son arrivée, il convoque l'université au couvent de Saint-Jacques, monte en chaire et commence ainsi : « Quelle louange serait-ce pour un vivant d'être loué par des morts ? » car, pour lui, saint Thomas était véritablement vivant, et ses ennemis n'étaient que des morts. Puis il célébra sa gloire d'une manière très ardente, très noble, se déclarant prêt à défendre tous ses doctes et saints écrits, et à les justifier aux yeux des vrais savants. Et après avoir beaucoup parlé, et cité bien des preuves en faveur de son élève, il revint victorieux à Cologne.
Il s'y fit lire de nouveau, et par ordre, toutes les œuvres de frère Thomas d'Aquin. Dans une réunion générale de professeurs et d'étudiants, il prononça une dernière fois son éloge ; et il conclut en affirmant que cet admirable Docteur avait, par ses écrits, dépassé et pour ainsi dire condamné à l'inutilité tous les travaux qu'on entreprendrait à l'avenir ; car, jusqu'à la fin du monde, on essaierait vainement d'élargir ou de conti-
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nuer le sillon qu'il avait tracé. Quoi de plus touchant que cette tendresse d'Albert-le-grand pour Thomas d'Aquin ? Quoi de plus décisif pour légitimer l'admiration que les siècles leur ont vouée à tous deux ?
La subtilité prodigieuse de Scot et ses objections habiles, l'audace d'Occam et de Ramus, les injures haineuses du protestantisme, ne font que donner plus d'importance et d'éclat à l'enseignement de saint Thomas : ses disciples redoublent de zèle pour sa doctrine, d'amour pour sa mémoire, chaque fois qu'elles sont attaquées ('). Il remplit de son nom le seizième siècle et le dix-septième tout entiers. Les fameuses controverses sur la grâce et la prédestination, sur le libre arbitre et la contrition, sur le quiétisme et les états d'oraison, ne sont très souvent que des discussions d'exégèse sur le texte de sa Somme Théologique ou de ses Commentaires,
I. « Plura scripta magnorum et doctorum per mortem eorum inveniuntur impugnata et lacerata ; sed scripta ipsius fratris Thomae, licet post ejus mortem a multis et magnis impugnata fuerint et reprchensionum morsibus attentata, tamen nunquam decrevit ejus auctoritas sed semper invaluit, et fuit diffusa ubique terrarum cum cultu et reverentia, et sicut idem testis audivit a multis et multis, etiam ad barbaras nationes. » C'est le tém:)lgnage que Barthélémy de Capoue, logothète et protonotaire du royaume de Sicile, rendait au saint Docteur, qamd il vint diposer dans le procès de canonisation, le 4 août 13 19. {BolL, t. cit., p. 714-)