‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 86 sur 153 · CHAPITRE DOUZIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. I

Les plus habiles maîtres, à Rome, à Paris, à Salamanque, à Mexico, ne font guère que lire, c'est-à-dire, expliquer ses œuvres. Il leur épargne de longues recherches, où ils auraient presque en vain consumé leur temps et leurs forces. Du premier coup, il les élève sur les cimes de la science sacrée; comme l'aigle fait de ses aiglons, il les porte d'un seul essor au foyer même de la lumière. Ce que lui doivent Cajetan, Soto, Gotti, Suarez, de Lugo, tous les théologiens et tous les philosophes de l'Ecole, est à vrai dire incalculable; et quant à l'explication scientifique des dogmes autant qu'elle est possible en la vie présente, quant à la déduction rigoureuse et féconde des vérités rationnelles, quant à l'alliance du savoir et du croire, on peut affirmer qu'à lui seul il a plus légué à ses successeurs qu'il n'avait reçu de tous ses devanciers.

Dès la fin du XI 11^ siècle, le docteur Jacques de Viterbe, archevêque de Naples, disait souvent à ses familiers qu'il croyait, de par la foi et le Saint-Esprit, que le divin Sauveur avait successivement envoyé trois Docteurs de vérité pour éclairer le monde et l'Eglise universelle : premièrement l'apôtre Paul, ensuite saint Augustin, et dans les derniers temps frère Thomas d'Aquin ; et il ne pensait pas qu'on pût en espérer

lyS SAINT THOMAS d'aQUIN.

d'autres aussi lumineux que ceux-là, jusqu'à la consommation des siècles.

Il racontait encore que frère Gilles de Rome, maître

en théologie et principal docteur de l'ordre augustinien, lui avait dit fréquemment dans leurs intimes causeries à Paris : « Frère Jacques, si les frèresprêcheurs avaient voulu, ils auraient été seuls savants et intelligents, et nous, de vrais idiots ; ils n'avaient, pour cela, qu'à refuser de nous communiquer les écrits de frère Thomas. »

L'archevêque de Naples ajoutait : « Dans les livres de ce Docteur on trouve toujours la vérité, toujours la clarté, toujours l'illumination de l'âme, toujours l'ordre des pensées, et un enseignement qui vous fait rapidement parvenir à une pleine intelligence des choses. Après en avoir goûté la douceur, je n'ai plus voulu voir d'autres ouvrages que les manuscrits et les notes de frère Thomas. Sa science n'était pas le produit de l'esprit de l'homme, mais une connaissance surnaturelle dérivée des lumières de l'Esprit-Saint. »

Aussi, quand pour la première fois ce même Jacques de Viterbe vint à Naples, et qu'il visita le couvent des dominicains, il se fit conduire à la cellule du Docteur Angélique, et demanda l'endroit où était placée sa

Page 1