‹ Le Docteur angélique, St. Thomas d'AquinChapitre 87 sur 153 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

table de travail ; et alors, fléchissant les genoux, il dit cette parole de la Bible, en présence d'un grand nombre de frères : « Je suis venu adorer dans le lieu même où ont posé ses pieds. »

Jamais la pensée d'un homme ne devint, à un égal degré, la pensée même du monde. Saisissant, de main de maître, tous les bons éléments de la philosophie grecque, et les pétrissant pour ainsi dire avec les dogmes catholiques et avec les conceptions sublimes de l'Aréopagite, de Boèce, de saint Augustin, de Pierre Lombard et d'Albert-le-grand, il en fit une œuvre de génie, et pour quatre siècles au moins la doctrine officielle de toutes les universités ('). Il mérita le titre, que personne n'a porté ni avant ni après lui, de Docteur Commun, supérieur à tous les chefs d'écoles, à tous les maîtres de philosophie et de théologie scolastiques (^). C'est par lui surtout que les facultés de

1. « Est enim omnibus manifestum quod in toto mundo inter fidèles calholicos in philosophia et theologia in omnibus scholis nihil aliud legitur quam quod de ejus scriptis hauritur ; quamvis multi alii magistri ejus stylum scribendi quo potuerunt studio imitantes, quasi ex ejus scriptis clavem habentes scientiae, ingressi sunt divinorum sécréta cellaria, et multa volumina scripserunt, suum exercitantes studium supra positum dicti doctoris fundamentum. » Ainsi parlait le premier historien de S. Thomas d'Aquin, moins de cinquante ans après sa mort. {G. de Thoco^ ap. BolL, tom. i mart., p. 664.)

2. Voir, dans les œuvres du grand Sylvius, notre glorieux prédéces-

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théologie du moyen âge trouvèrent leur voie, et qu'elles prirent nettement conscience de leur rôle si différent de celui que Dieu avait assigné aux écoles épiscopales et monastiques des âges antérieurs.

Le Saint Siège Apostolique n'hésita pas à l'exalter davantage encore, et d'une voix infiniment plus autorisée. Lorsque le procès de canonisation fut introduit devant ce tribunal suprême, le pape Jean XXII répondit au postulateur de la cause : « Nous croyons qu'en vérité frère Thomas jouit déjà de la gloire du ciel, car sa vie a été sainte, et sa science ne pouvait être que miraculeuse. »

Et trois jours après, s'adressant aux cardinaux en consistoire : « Mes frères, dit cet illustre pontife, nous estimons que ce sera une grande gloire pour nous et pour l'Eglise, si nous pouvons trouver quelques miracles opérés par ce Docteur, et ainsi l'inscrire au catalogue des saints. Car, à lui seul, il a donné plus de lumières à l'Eglise que tous les autres docteurs ; et l'on profite plus en une année seulement dans ses livres, que pendant une vie tout entière dans ceux des autres. »

seur dans l'université de Douai ressuscitée à Lille, les trois discours où il explique ce titre si remarquable et si légitime de Doctor Coinmutiis. {Opera Fr. Sylviiy éd. d'Anvers, 1698, tome V.)

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