CHAPITRE DOUZIÈME
avaient gardé la précieuse étincelle au milieu des tempêtes, rendait au clergé quelque lumière et quelque chaleur. Les doctrines scolastiques retrouvaient des maîtres et des élèves. Les œuvres de saint Thomas commençaient à reprendre ça et là leur empire d'autrefois. L'avenir des sciences métaphysiques et morales n'était plus, comme à la fin du XVI 11^ siècle, sans promesses, sans espérances.
Le sixième anniversaire séculaire de la sainte mort du Docteur Angélique arriva le 7 mars 1874, ^^ fut célébré dans toute l'Eglise avec un renouvellement marqué d'estime et de vénération pour ce grand homme et pour cet héroïque saint. Néanmoins, en exaltant alors cette gloire très brillante de l'Église, en unissant la reconnaissance à l'admiration, l'amour à la louange, nous étions obligé de mêler des regrets à nos chants de fête.
« Pourquoi, disions-nous, l'Europe a-t-elle donc brisé avec les traditions magnifiques de ce maître incomparable, et cherché, dans des voies nouvelles et dangereuses, un progrès qui assurément développera plus de mauvais instincts, et causera plus de ruines, qu'il ne rapportera de vrais profits et de réel bonheur à l'humanité ?
l86 SAINT THOMAS d'AQUIN.
« Grâce à vos enseignements, ôDoctcjur Angélique, quelle ne serait pas aujourd'hui la perfection de notre société, quelle ne serait pas la grandeur de la France et de l'Italie que vous avez aimées comme vos deux patries ! »
Et nous ajoutions : « Pourtant, la lumière que Dieu a placée, le 7 mars 1274, au firmament de son Eglise, peut encore dissiper nos ténèbres, et faire refleurir notre désert. Si le centenaire de 1874 n'est pas sans tristesse quand on le compare à ceux qui l'ont précédé, il semble néanmoins nous dire qu'il est plutôt une aurore qu'un crépuscule du soir, et que, dans cent ans, nos descendants nous féliciteront de n'avoir désespéré ni du ciel, ni de nous-mêmes. »
Puis la tristesse nous resaisissait, et nous disions : « L'université catholique de Paris n'est plus là pour célébrer le plus sublime de ses docteurs. Le couvent où il enseigna, la chapelle royale qui reçut en héritage son bras sacré, se sont effondrés dans nos malheurs. Toulouse a perdu cette belle école de théologie que le pape Urbain V voulait perpétuer dans la solide et ferme doctrine de Thomas d'Aquin (') ;
I. « Ibi est universitas nova in theologia quam volo fundari in doctrina soiida et firma illius sancti, ut ibi universitas clericorum, quae singulis septimanis consuevit convenire in ecclesia vestra Prsedicatorum, ipsam sequatur de prassenti meo mandato. » {BolL, t. cit., p. 730-)