GUILLOTINE
Plus tard, liélas! ces plaisanteries devaient faire place à f’adiniration, à l’engouement, an délire. Malgré le triomphe Insolent du docteur Louis, (pii n’eut pas honte d’humilier i on rival, jusqu’à faire appeler PETITE LOUISON l’instrujiiient de mort dont la propriété se trouvait en litige, Guilloin ne tarda pas à rentrer dans ses droits. Le peuple lui I int en aide, et son gros bon sens rétablit les choses comme (lies devaient être; d’ailleurs, ce nom de Petite Louison ' ’avait rien d’euphonique, tandis que celui de guillotine jjtait doux à l’oreille; aussi prévalut-il détinitivement; surjiut quand l’enthousiasme patriotique eut étoufle la satire, i'n vit alors la guillotine devenir une parure. Les orfèvres ^publicains en fabriquèrent de petites en or et en argent, lue les femmes portèrent au cou, aux oreilles, aux bras et [Ux doigts. Outre la cocarde tricolore attachée à son bonnet ’Hige, tout bon sans-culotte devait avoir au moins uneguilntine-bijou parmi les breloques de sa montre. Les menui- .ers en firent de plus grandes en bois d’ébène ou d’acajou, ue l’on affecta au service de la table pour trancher le lin et décapiter la volaille, aux applaudissements de tous s convives; en un mot, jamais culte plus frénéti(iue ne fut ndti à un instrument de mort, que de sacrilèges adoraurs osaient comparer à la croix qui sauva le monde.
Parmi tous les succès que la guillotine obtint sous le réiine de la Terreur, il ne faut pas oublier ceux du théâtre.
Le Palais-Naîional, ci-devant /foî/a/, donna la Guillotin d’amoup., pièce charmante, que les spectateurs se gardèren l)ien de sil'Iler, et (pii valut de pompeux éloges au talent e au patriotisme de son auteur. Il y eut même leycM de J guillotine, qui amusa beaucoup les enfants et les prison niers; on s’y livrait avec autant d’ardeur qu’à celui de L tour, jjrends garde; de sorte que dans les rues, les carre fours et les jardins publics, on rencontrait partout de petit bourreaux et de petites victimes, qui singeaient, à l’aide d deux chaises, le grand drame de sang auquel les fiirier nommées Tricoteuses ou Lécheuses de la guillotine, assir taient plusieui's fois par jour sur la place de la Révolution.
Avant de reprendre le fil de cette histoire, que le lecteil bénévole nous permette de poser ici deux questions ; !
D’abord, l’adoption de la guillotine par l’Assemblée con: tituante fut-elle un bienfait ou un malheur pour la natic française?
Nous croyons qu’elle fut un malheur immense, puisqi cette terrible machine devait, par la promptitude et la f? cilité de l’exécution, devenir si dangereuse entre les maii des terroristes, qui en abusèrent pour décimer et épouvaf ter la France. L’iiumanité ne gagna doue rien alors à la d( couverte de Guillotin ; au contraire, elle y perdit énornii ^ ment; car, d’après le calcul du jacobin Lecointre, de Ver , sailles, la liste des guillotinés du 23 prairial au 8 therni; dor 1794 présente, pour la seule ville de Paris, le chiffi ^ énorme de douze cent quatre-vingt-cinq têtes coupées ; \ ^ qui donne une moyenne de trente têtes par jour. La poteni n’aurait certainement pas suffi à tant d’exécutions quot j diennes. j
En seirond lieu, la décapitation est-elle un genre desu] i plice qui fasse moins souffrir que les autres? La mort y es ^ elle instantanée?
Beaucoup de savants ne le pensent pas. Qui peut coi; J naitre, après tout, le moment précis où l'âme s’échappe ( corps (pie vient de décapiter la hache du bourreau? Un ai: J
■cien professeur d’anatomie, le docteur Seguret, ca prétendu ‘ que la guillotine était un des genres de mort les plus horribles, parce que, selon lui, les douleurs (jui suivent la déca- ' pitation ne cessent, dans les différentes parties de la tête, qu’à l’extinction de la chaleur vitale. Ce qui expliquerait ' certains phénomènes sur lesquels la science humaine ne s’est pas encore prononcée. Tel est, par exemple, celui de [ la tête de Charlotte Corday, qui, Lâchement souffletée par un misérable, nommé Legros, s’est subitement couverte de I la rougeur de l’indignation en lançant un regard de mépris ■ à l’auteur de cet infâme outrage.
Le père Guillon affirme, de son côté, avoir appris du vieux Sansoii que la tête d’un conventionnel, appelé Gardien et qid était prêtre, avait mordu dans le même sac la tête d’un girondin, nommé Lacaze, avec tant de force et d’acharnement qu'il avait été impossible de les séparer. Plusieurs faits semblables se rencontrent dans l’histoire de la Révolution française, et des témoins oculaires ont raconté avoir vu des cadavres de guillotinés, déjà transportés au cimetière, se relever dans la fosse, faire quelques pas et retomber ensuite dans les convidsions d’une agonie stqu’ême.
Du reste, l’opinion de Seguret est celle du docteur Sue, qui dit que la sensibilité peut durer environ vingt minutes après la chute de la tête.
Mais terminons cette longue digression et retournons au numéro 83 de la rue du Bac, afin d’y reprendre le fil de notre histoire trop longtemps interrompue.
Parmi les voisins des Panvert se trouvait un ecclésiastique d’origine irlandaise (pu habitait, connue eux, le fond de la cour et ([ui avait une fenêtre donnant sur le jardin de IM. de Quercy; c’était un prêtre insermenté, nommé l’abbé î Edgeworth de Firmont. Il menait une vie fort retirée, autant
(par goût que pour se soustraire aux persécutions journalières dont étaient devenus l’objet tous les prêtres catholiques qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé. Cette dernière considération l’avait forcé à imiter
ses confrères restes fidèles et h quitter, comme eux, la soutane pour revêtir des habits laïques. Ne pouvant fréquenter les églises ni assister aux offices des prêtres schismatiques, il avait converti en chapelle une des chambres de son appartement, et il y disait la messe tous les jours de fêtes et de dimanche. Madame Élisabeth connaissait beaucoup l’abbé de Firmont et avait en lui une grande confiance. Il lui avait été recommandé autrefois par Madame Adélaïde, qui l’avait ; souvent fait venir à Versailles, et c’était chez cette princesse que madame Panvert l’avait vu pour la première fois. Aussi fut-elle au comble de la joie quand elle reconnut dans som voisin le vertueux ecclésiastique qui possédait l’estime de la ! sœur et de la tante du roi. Elle n’eut pas de peine à se mettre ' aussitôt en rapport avec lui, et elle obtint pour elle etsai famille la faveur d’assister h la messe qu’il célébrait, en cachette, dans la pièce la plus retirée de son appartement.
Un service en vaut un autre, et ce sont les échanges de bons procédés qui font les bons voisinages. Madame Panvert, qui allait souvent aux Tuileries, se chargea avec plaisir du soin de faire tenir secrètement h Madame Élisabeth plusieurs lettres de l’abbé de Firmont et de lui rapporter les réponses de la princesse. Celle-ci, n’ayant pas autour d’elle de prêtre catholique pour diriger sa conscience, s’estimait bien heureuse de pouvoir correspondre avec un homme dont j les pieux conseils lui étaient si nécessaires dans le triste état 1 de captivité où la Révolution avait réduit tous les membres; de la famille royale. Cette correspondance dura près de dix- 1 huit mois et ne cessa que peu de jours avant la fuite du roi.
La dernière fois qu’elle revint des Tuileries, madame Panvert remit à l’abbé de Firmont un assez volumineux paquet de papiers importants dont Madame Élisabeth lui confiait le dépôt.
— Ah! monsieur l’abbé, lui dit-elle, nous sommes à la veille de quelque grand malheur; la Révolution marche, marche toujours... Où et quand s’arrêtera- t-elle? Quel
épouvantable abîme s’est creusé sous nos pas, de[)uis cette fatale ouverture des États généraux! Et dire que nous en sommes à regretter jusqu’aux abominables journées d’octobre! Au u'oins alors le roi était encore libre et respecté de l’Assemblée; maintenant, il est son prisonnier et sa victime... Nous n’avons plus d’églises, plus de clergé, plus de noblesse, que voulez-vous que nous devenions?
— ]\Fa fille, répondit le vénérable prêtre, c’est une rude et douloureuse épreuve que Dieu nous envoie; mais j’espère qu’il aura bientôt pitié de nous et qu’il rendra la paix et le bonheur à la France. Quant à l’Église, ce n’est pas la première fois qu’elle est persécutée. Sou avenir ne m’inquiète ])as comme celui de la royauté; car je sais « que les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle. »
— 11 paraît, répliqua madame Panvert, que ce pauvre et ; bien-aimé roi tombe souvent dans un découragement coin-
plet, et alors il n’oppose plus de résistance à tout ce qu’on exige de lui. A peine a-t-il signé, qu’il proteste secrètement contre la sanction qu’on lui a extonpiée. 11 est comme un malade qui fait des eflorts pour se soulever et qui retombe immédiatement sur le lit de douleur qu’il ne doit plus quitter.
Hélas! soupira l’abbé, depuis la mort de Mirabeau, qu’il n’a pas .su acheter avant de quitter Versailles, il ne voit iplus personne autour de lui qui puisse le sauver. A sa place, je tournerais mes regards du côté des émigrés et des puissances étrangères; je tâcherais de m’échapper des mains de fines ennemis. Que Dieu sauve le roi, ma fille, que Dieu sauve I la France !
OUI PROUVK QUE LE EILS d’lFN HONNÊTE HOMME PEUT ÊTRE UN ABOMINABLE SCÉLÉRAT
Le lecleuT désire sans doute savoir ce qu’était devenu Émile Panvert depuis près de deux ans qu’il avait quitté Versailles, en compagnie de son parrain et de son oncle. , Nous allons le lui apprendre, en commençant ce chapitre.
L’air de la Champagne, tout pur et tout frais qu’il était, n’avait pu calmer entièrement l’ardeur fiévreuse de notre jeune patriote. Il faut dire aussi qu’il était entré dans une si grande fureur en reconnaissant une sorte de Bastille dans ce, château de Fontenailles, où l’on venait de le conduire à son i insu et à l’aide de moyens frauduleux, que le docteur Guillotin, ne pouvant l’apaiser jiar les raisonnements, avait été obligé d’avoir recours à la camisole de force et même au bâillon. La violence de ces derniers procédés n’ayant fait que redoubler la rage du prisonnier politique, dans la personne duquel on osait outrager les droits de l'homme^ son oncle songea au système cellulaire. On le débarrassa donc de la camisole et du bâillon, et on le renferma dans une chambre solidement voûtée et grillée qui se trouvait au sommet du donjon. Il resta là, dans la solitude la plus complète, trois mois entiers, sous la garde d’un robuste garçon de ferme qui lui passait, tous les jours, sa nourriture au travers d’un guichet sans jamais lui adresser la parole ni répondre, même par signes, à ses questions. Aux yeux de cet homme, Émile était un fou dangereux qui ne pouvait être guéri que par la séquestration et le silence. D’ailleurs, lui-même était ; un Allemand au service du régisseur du château de Fonte- | nailles, et il ne comprenait pas un seul mot de français. Le choix qu’on avait fait de lui pour remplir les fonctions de i
!>eôlier était donc excellent:, aussi le système cellulaire ne arda-t-il pas tà produire tout l’effet qu’on en attendait, iprès avoir bien exhalé sa fureur de toutes les manières )üssibles, le captif commença à tomber dans l’abattement; 1 cessa de parcourir sa prison de long en large, à l’instar les bétes féroces mises en cage, et il resta des heures enleres assis près de sa fenêtre, les deux mains accrochées ux barreaux, et les yeux fixés sur cette belle campagne qui ^'e déroulait devant lui et dont les heureux habitants jouissaient en paix de la douce liberté ([u’on lui avait ravie. !| li arriva même, plusieurs fois, de verser quelques larmes; an cœur sembla vouloir se réveiller; mais le sommeil lé- ■largique qui l’engourdissait était trop profond pour (fu’il put js secouer sans le secours des croyances religTeuses et des
Iffections de la famille. Ilélasl ce cœur dénaturé n’avaii imais connu ni la foi, ni l’amour; il ne vivait ({ue par l'éoïsme et l’ambition !
î Quoi qu’il en soit, Émile avait amassé d’immenses trébrs de haine qu’il dissimula adroitement dans les plus se- 't'ets- replis do sou âme, quand une nuit M. le marquis de 'luercy vint subitement le tirer de sa prison pour l’emmener l’cc lui en Angleterre, où il émigrait. Il suivit son parrain Ifsqu’à Londres, sans témoigner le moindre ressentiment et
Iec la docilité machinale d’un chien hargneux qui vient être cruellement battu et qui craint encore de l’être, ’ailleurs on voyageait vite et on ne lui donnait pas le temps ! la réflexion; de sorte que, lors même qu’il l’eût voulu, la ite lui était impossible, autant à cause du mampie alisolu liargent qu’à cause de l’ignorance complète où il était des ifférents pays qu’il traversait. Il était sorti de France par Ji grand-duché de Luxembourg, et il s’était embaiapié à insterdam pour l’Angleterre.
‘ Les brouillards de la 'famise n’égayèrent pas beaucoup le jime Panvert, que son parrain avait eu la précaution de ntire, en arrivant à Londres, dans un des meilleurs col- U’os de cette ville, alin (ju'il y apprît tout à la fois l’obéis-
sance cl la langiic anglaise; mais, au bout d’un an, cet ai
niable lillenl ne savait ni l’une ni l’antre. Le spleen s’étai emparé de lui; il rongeait son frein avec une sourde colère Lnlin, cédant à ses mauvais instincts, (jui se réveillèrent plu forts et plus audacieux rpie jamais, il s’échappa de son cof lége, après avoir volé à l’économe une somme assez considé rallie, et se sauva en Hollande, d’où il revint bientôt ei France par le Luxembourg. A peine sur le sol de la patrie, i songea à se venger de son ancien geôlier en mettant le fei au château de Fontenailles, sous les murs duquel il revin tout exprès. Mais, n’ayant pu y pénétrer, il se content d’incendier plusieurs meules de blé qui se trouvaient dan le voisinage. Après avoir commis cette odieuse action, il si
dirigea vers Sainte-Menehould, petite ville située à quatr
lieues de Là, sur la route de Paris. L’auberge dans laquelh il descendit était tenue par un maître de poste, nomim Drouet, révolutionnaire fanatique qui avait un fils à peu prè de l’âge d’Émile, et tout aussi mauvais sujet que lui.
Enchanté de trouver enfin un de ses pareils, le neveu d<]j Guillolin résolut de se reposer à Sainte-Menehould duran quelques jours. Il commençait à être fatigué de toutes set pérégrinations et il lui tardait d’en avoir fini avec de sem-, blables voyages. Le lieu d’argent qu’il possédait encore lu suffisait amplement pour atteindre Paris, où il comptait hier se tirer d’affaire, grâce à la protection de Robespierre et df| ses autres amis politiques. On conçoit qu’il lui fut facile dê se lier promptement avec le fils de Drouet, car qui se ressemble se rassemble. Il lui raconta en détail toutes ses aventures, en supprimant, comme on le pense bien, l’histoirei du vol et celle de l’incendie des meules de blé. Le fils de Drouet, voyant dans Émile une victime de l’arbitraire et du despotisme des nobles, le vénéra comme un martyr de la liberté et des immortels principes de 1789. Il le promena avec orgueil chez tous les bons patriotes de l’endroit et conjura son père de vouloir bien donner un banquet civique en son honneur. Le maître de poste y consentit avec plaisir et
fixa au lendemain, 21 juin, ce festin patriotique où l’on de- 1 vait boire à la santé du jeune ami de Robespierre, si mira- I culeusement échappé des mains barbares de l’infàme Quercy T et de celles des Anglais, ces éternels ennemis de la France.
Cependant un grand événement se passait mystérieuse- . ment à Paris. Le roi, ne pouvant plus supporter les lourdes 1 chaînes de sa captivité, s’était résolu à quitter furtivement ' le cluàteau des Tuileries pour se réfugier, avec sa famille, ï dans la forteresse de Montmédy, d’où il espérait pouvoir dicter ses lois à l’Assemblée et rétracter toutes les concessions que la Révolution avait arrachées de force à sa faiblesse. Celte fuite, dont l’issue malheureuse fut si fatale à la royauté, fut mal préparée et encore plus mal exécutée. D’abord, au lieu d’une voiture ordinaire qui n’eût pas attiré l’attention, on en fit confectionner une très-grande (pi’on surchargea de bagages, puis on prit la loiite la plus longue et la plus d.'uigereuse, par la l'aison futile (pi’eii i»assant par la Flandre on aurait fait quchpies lieues sur le territoire étranger pour rentrer à Montmédy. Le mar(piis de Rouillé, qui dirigeait les préparatifs de cette fuite, voulait ([ue le roi fût accompagné d’un homme capable de le tirer d’un mauvais pas-, il proposa d’Agout, dont la présence d’esprit et la fermeté étaient connues; mais la sotte vanité de la duchesse de Tourzel ne vit pas qu’un homme de guerre serait plus utile qu’elle à la famille royale au moment du danger, 3t elle ne voulut pas céder sa place. Ensuite, on eut la maladresse de ne pas choisir trois gardes-du-corps qui fussent hommes de tête et de caractère, capables de mener à bonne fin une entreprise aussi incertaine. Enfin, le salut de la fanille royale dépendait d’une grande exactitude et même l’une certaine précision dans le voyage; cependant l’on ne )rit pas toutes les précautions nécessaires pour remplir ces leux conditions. Il y eut des retards et des contre-ordres iacheux. La fatalité semblait peser en toutes choses sur l’inortuné^-'Ouis XVI !
On s’était procuré un passe-port sans (.'xciler aucun soiq -
(,'on ; c’claii celui de la baronne de KorlT, qui retournait en [ Russie. Cette dame l’avait donné au comte de Fersen et en i avait demandé un autre, Ceignant de l’avoir jeté au feu par mégarde. Le personnel de sa famille et de sa suite était à peu près le même que celui de la famille royale. Madame de j Tourzel devait passer pour la baronne de Korff, la reine ; était la gouvernante des enfants, le roi était le valet de ; chambre, et Madame Élisabeth une demoiselle de compa- ' gnie; les comtes de Maldant, de Mousticr et de Valori | étaient destinés à être placés sur le siège ou derrière la voi- , Inre, et à servir de courriers s’il était nécessaire. Le départ 1 des Tuileries eut lieu clandestinement et sans encombre dans la nuit du 20 au 21 jidn 1791. I
Madame Eiisabeth sortit la première avec Madame Royale, ) accompagnée du comte de Bloustier, et suivie à peu de distance de la duchesse de Tourzel, qui donnait la main au jeune dauphin. Elles traversèrent les cours sans être remarquées et arrivèrent heureusement sur la place du petit Carrousel, où M. de Fersen les attendait, au coin de la rue de l’Échelle, avec une voiture de place qu’il devait conduire lui-même. Le roi passa ensuite avec le comte de Valori. Sa Majesté était coiffée d’une perruque qui changeait entièrement sa physionomie', elle avait un habit de couleur grise' et était assez bien déguisée. Mais, devant une sentinelle et sous un reverbère, une boucle de ses souliers se détacha; Louis XVI fut obligé de se baisser pour l’ajuster, et ce petit incident, qui aurait pu être fatal à un particulier, contribua peut-être à ne pas le faire reconnaître. Il arriva sans autre embarras jusqu’à la voiture de Fersen.
La reine fut moins heureuse. Une fois hors des Tuileries, elle voit venir à elle Lafayette, précédé de deux liommes portant des flambeaux et suivi de ses gardes ordinaires : le général, avant de rentrer chez lui, avait voulu jeter un dernier coup d’œil de surveillance sur la malheureuse famille dont il s’était fait le geôlier. Marie-Antoinette se*?rouble. ainsi que le comte de Maldant qui l’accompagne; au lieu de
tourner h gauche, ils se dirigent du côté droit et vont se réfugier sous les guichets du Louvre, où Lafayette les suit ; mais il passe à côté d’eux sans les reconnaître. Le péril auquel ils viennent d’échapper leur fait perdre la tête. Maldant, qui ne connaissait pas les rues de Paris (quel guide hien choisi!), traverse le Pont-Pioyal et entraîne la reine jusqu’à l’extrémité de la rue du Bac. Là, il hésite, il s’arrête, et il ne sait plus où il est. Voyez-vous la reine de France errant fugitive dans les rues de sa capitale et n’osant demander son chemin à personne? Marie-Antoinette comprend alors qu’elle s’est égarée, et elle revient sur ses pas. A la hauteur de la rue de Grenelle, ils rencontrent un citoyen qui rentrait paisiblement chez lui ; ils l’accostent et lui demandent s'ils sont encore loin du petit Carrousel. Ce brave homme, devinant iqu’il a alfaire à des étrangers égarés, les conduit jus(pi’au quai, leur dit de repasser la Seine et de traverser les guichets du Louvre, puis qu’une fois devant le Château, ils auront le petit Carrousel à leur droite. Cet homme, si obligeant, était le docteur Guillotin. La reine parvint enfin près de la voiture du comte de Fersen, où le roi et les princesses l’attendaient depuis une heure dans une mortelle anxiété. 'Quel temps précieux de perdu! Il fallait maintenant sortir de Paris. Fersen ne connaissait point assez cette grande ''P’ille pour la traverser, au milieu de la nuit, dans sa plus jurande largeur, en s’engageant dans le labyrinthe de ses ''mes et en démêlant celles qui pouvaient abréger son che- '’ îiin. Il descendit donc la rue Saint-Honoré jusqu’en face de '' a Madeleine, et il remonta ensuite le boulevard jusqu’à la )orte Saint-Martin. On perdit encore une autre heure à faire :e grand contour.
"" Enfin, l’on était hors de Paris. La voiture de voyage, alte- ^ ée de six chevaux, attendait au-delà de la barrière. Toute a famille royale y monta. Les gardes-du-corps se placèrent urle siège ou derrière. Fersen servit encore de cocher, et on domesti(iue suédois se mit en ])üStillon sur uu des cheaux de devant. Il y avait une voiture de suite où se trou-
valent seuleiiieiit deux femmes de service. A Claye, second ' relai après Paris, on fut oblige de s’arrêter pour faire une ji réparation à la voiture. Ou perdit là de nouveau près d’une i heure. Tous ces divers retards devaient avoir les consé- ' quences les plus fâcheuses. '
La même nuit, Monsieur et Madame quittaient le: Luxembourg, accompagnés seulement du marquis d’Avaray; ils prirent la route de Valenciennes et passèrent heureusement la frontière. Mais aussi leur unique compagnon de voyage était un homme de tête, qui les tira toujours, adroitement des mauvais pas qu’ils rencontrèrent. :
M. de Fersen avait quitté le roi à Claye et était retourné à Paris, tandis que les fugitifs continuaient leur route. A quatre heures de l’après-midi, ils traversaient Châlons-sur- Marne, et à six heures, ils atteignaient Pont-de-Sommevelle, où ils devaient trouver le duc de Clioiseul et M. de Goguelat, avec quarante hussards, envoyés par le marquis de Boitillé, pour les protéger. Mais ils ne virent aucune troupe; car, fatiguées d’attendre et inquiétées parles hai bitauts dont leur présence éveillait les soupçons, elle; s’étaient retirées. Les précautions trop faibles ou mal prise; exposent souvent à plus de dangers que si l’on n’en prenai, point. Quoique étonné de ne point apercevoir ceux sur les- j quels il comptait, le roi relaya tranquillement et parvini ei sans obstacle à Sainte-Menehould. En y entrant, il nj il( trouva pas non plus les dragons qui devaient l’y attendre p: leur présence avait ému le peuple, et pour calmer son irrb .li tation, l’officier qui les commandait ne les tenait pas sou fci les armes. i
Là, comme tout le long de la route, le roi ne garda aucun j«ii piécaution ; il mit fréquemment la tête à la portière, adress‘ S familièrement la parole aux personnes présentes et comm;' ma toutes les imprudences qu’il était si important d’éviter. , ti Par malheur, le fils du niaitre de poste et son nouvt p ami, que les vins du banquet patriotique avaient passable ment surexcités, étaient en ce moment assis sur un ban à
— lOi —
pii'S du seuil de l’auberge, devant laquelle la lourde voiture royale s’était arrêtée pour relayer. La politique leur avait, ce soir-là, écliauffé la tête presque autant que le vin, et ils j ne parlaient rien moins que du plaisir qu’ils auraient un ' jour à égorger tous les prêtres et tous les nobles, si jamais I les principes révolutionnaires, dont ils étaient les ardents . propagateur?, venaient à triompher, lorsque leur conversation fut interrompue par l’arrivée de cet énorme véhicule traîné par six chevaux et surchargé de bagages. La curiosité . les fit bientôt lever du banc sur lequel ils étaient, et ils s’approchèrent de la voiture comme les autres badauds, pour j mieux regarder les voyageurs jusque dans le blanc des yeux. I — Ça, je parierais que ce sont des gredins de nobles qui émigrent avec armes et bagages, dit Émile à l’oreille de son ami. Comment la nation peut-elle souffrir cela? On devrait j. au moins les empêcher de porter à l’étranger tout l’or de la ^ France.
I — C’est vrai, murmura le fds du maître de poste, ils em- • portent avec eux l’argent monnayé et ne nous laissent que : les assignats. Tu vas voir qu’ils vont nous payer avec du papier !
— Combien sont-ils donc là-dedans? poursuivit le futur jacobin. Trois femmes, deux enfants et un gros bonhomme ' en perriupie, ([ui m’a l’air bien à son aise pour être un valet de chand)re!... J’ai idée d’avoir vu cette figure-là quelque part, je ne sais plus où; mais assurément je l’ai vue... En 'Angleterre jieiit-être?... Non, non, pas plus qu’en Hollande... C’est en France... Oh ! ça va me revenir!..,
— Regarde-moi donc ces domestiques-là ! interrompit le ) jeune Droikt. Sont-ils assez nigauds sur leur siège de derrière? Au lieu d’aider à relayer ou de s’occuper de leurs maîtres, ils se tiennent immobiles, les bras croisés et raides I comme des mannequins. Ce n’est pas moi toujours qui i' prendrais à mon service des propres à rien pareils!
— Ceux-là, fit Éndle, en les considérant de la tête aux t pieds avec un certain air de dédain, ce sont de mauvais
acteurs; ils jouent bien mal leur rôle... Ce sont de faux laquais... Tiens! tiens!... j’y suis h présent!...
Et saisissant son ami par le bras, il l’entraîna à l’écart, et lui dit d’une voix frémissante de colère et de joie :
— C’est lui! c’est lui! je le reconnais maintenant... Je l’ai vu souvent à Versailles, lui et toute sa famille... Je ne me trompe pas, c’est bien lui... j’en suis sûr, c’est lui!...
— Qui, lui? demanda Drouet. De qui veux-tu parler?
— De cet homme qui est dans la voiture...
— Eh bien! quel est cet homme?
— C’est le roi... le roi et sa famille... Je les reconnais tous... Ils se sauvent avec le trésor de la France... Il faut les arrêter!
— Le roi! répéta Drouet surpris, mais non convaincu, le roi! Que me contes-tu là? Est-ce que par hasard notre bon vin de Champagne troublerait la raison? Comme si le roi avait besoin de passer par Sainte-Meneliould pour quitter la France, tandis qu’il peut se sauver si vite et si facilement en prenant la route de Flandre !
— Tout ce que tu voudras, je le veux bien; mais je te dis que c’est le roi qui est dans cette voiture. Retourne près de la portière, examine-le bien, et tu seras frappé de la ressemblance de sa figure avec son portrait empreint sur tous les assignats.
Le fils du maître de poste tira de sa poche un assignat et suivit ce conseil. Il trouva en effet la ressemblance si frappante qu’au lieu de revenir vers Émile, il courut de suite faire part de ses soupçons à son père, auquel il raconta tout ce que venait de lui dire Panvert. Celui-ci s’approcha d’eux et confirma par de nouveaux détails la vérité de ce qu’il avait avancé. L’aubergiste était, comme nous l’avons déjà dit, un révolutionnaire forcené; il avait vu le roi, l’année précédente, à la fête de la Fédération ; il n’eut donc pas beaucoup de peine à le reconnaître. Mais il n’eut pas le temps de prendre une détermination ; car les chevaux étaient attelés, et la voiture partit.
Les trois fanatiques tinrent aussitôt conseil sur ce qu’il fallait faire, et après quelques moments de réflexion, le maître de poste monta à cheval pour se mettre à la poursuite du roi et le faire arrêter à Varennes; car il n'espérait pas pouvoir l'atteindre au relais de Clermont, la voiture ayant déjà trop d’avance sur lui. En effet, à son arrivée dans cette ville, il apprit qu’elle venait d’en repartir. Le tigre continua donc à courir après sa proie.
A quel([ue distance de Clermont, la route se divise en deux ; l’une mène à Verdun, l’autre à Varennes; comme cette dernière n’est pas une route de poste, Drouet n’avait point hésité à prendre la première. Le roi était donc sauvé!... Mais voilà qu’un postillon, qui revenait de conduire un courrier, passe près de lui. Il lui demande si une grande voiture, qu’il avait dû rencontrer, était déjà bien loin, et il apprend du postillon qu’aucune voiture n’était passée. Alors il se liàte de gagner Varennes par des chemins de traverse et fait tant de diligence qu’il y arrive avant la famille royale.
M. de Bouillé avait eu la précaution d’envoyer à Varennes un relais de ses propres chevaux. La maison où ils devaient être placés, à l’entrée de la ville, était si bien désignée que le roi la reconnut aisément et (pi’il s’y adressa lui-même. On ne put lui donner aucun renseignement sur le relais. Les postillons refusant d’aller plus loin, la reine descendit de voiture et parcourut les rues avei; les gardes-du-corps, frappant aux portes pour prendre des informations. Entin, on ajiprit que les chevaux étaient dans une maison située à l’autre extrémité de la ville, etM. de Goguelat, qui avait fait ce changement important, n’avait laissé personne à la première station pour en donner avis. Il y a des malheurs tellement inévitables que tout ce qui peut les prévenir échoue, comme tout ce qui peut les amener se rencontre et réussit. Ici, néanmoins, nous voyons des causes ([ui n’étaient point nécessaires, puisque c’est, d’un côté, la méchanceté des liommes, et de l’autre, leur faiblesse, leur impiévoyance, leur inhabileté !
L’abominable Drouet avait mis à profit le temps que la' famille royale avait perdu h chercher le relais. 11 avait pré-* venu immédiatement le procureur de la commune du pro-; Chain passage du roi. Ce procureur, nommé Sausse, était! i un homme dont l’enthousiasme révolutionnaire avait étouirél i le cœur. Il prit aussitôt ses mesures avec autant d’adresseil et de présence d’esprit qu’un officier de police qui voudrait ! arrêter un malfaiteur. 11 donna l’ordre à la garde nationalej de se réunir à petit bruit et de cerner la caserne des hus-j sards; il envoya requérir les milices de tous les bourgs et villages environnants, les engageant à venir en toute hâte, I et il expédia des courriers à Sédan et à Verdun.
Varennes est divisé en ville haute et en ville basse, séparées l’une de l’autre par une rivière que l’on traverse au moyen d’un pont. Drouet, en quittant Sausse, était allé if prendre trois de ses amis, aussi méchants que lui; l’un « d’eux était ce Billaud que ses fureurs devaient rendre bien- « tôt célèbre à la Convention sous le nom de Billaud- Varennes. Ils s’enqiressent d’abord de barricader le pont en e y renversant de grosses charrettes, et ils vont ensuite s’em- Si busquer, armés de fusils, sous une voûte par où il fallait » nécessairement passer pour parvenir au pont. Lorsque la voiture royale arrive, ils arrêtent les chevaux, et Drouet' it somme rudement les voyageurs de descendre pour faire' viser leurs passe-ports cà la municipalité. Le roi refusa d’a- i» bord, s’appuyant sur riieure avancée de la nuit; car il était It onze heures. Mais aussitôt des canons de fusil furent intro- ie doits avec menaces dans la voilure par chacune des portières, i» et quelques cris : Arrête! arrête! se firent entendre.' fd Louis XVI alors consentit à descendre et à se laisser con- i duire chez le procureur de la commune. is
Sausse reçut la famille royale avec politesse. Il examina lui longuement le passe-port elle trouva en règle. Le roi, en conséquence, dit qu’il voulait retourner à sa voiture; mais ài Sausse objecta que les chevaux n’étaient pas prêts, qu’il j( allait lui-même s’en informer, et qu’il serait plus commode li
b pour les voyageurs d’attendre dans sa maison qu’au milieu de •la rue. Il sortit, en effet, s’assura que la foule était assez 1- nombreuse pour contenir les hussards et garder sa maison, it donna l’ordre de sonner le tocsin et lit élever partout des fébarricades. En même temps, le bruit des cloches de toutes ides paroisses voisines répondait à celles de Varennes, accéitlérait la marche et excitait l’ardeur des gardes nationales, eilors la famille royale ne douta plus qu’elle ne fût reconnue
• 3t prisonnière.
t MM. de Clioiseul et de Goguelat, à la tête de quarante , hussards, venaient d’entrer à Varennes, non sans de grandes difficultés. Ifs accourent à la maison où se trouvait le. roi
• pour essayer de le délivrer; mais les soldats, au lieu de Il mettre le sabre à la main, fraternisent avec le peuple et é refusent d’obéir. Persuadé que la ruse et les ménagements B ne sont plus nécessaires, Sausse enfin lève le masque et dit
• nettement au roi qu’il le reconnaissait, que son devoir l’obli-
• geait de le renvoyer à Paris sous bonne escorte. Louis XVI 1 essaya d’abord de lui faire croire qu’il se trompait; mais
Sausse persista, menaça même en employant des termes violents.
— Puisque vous le reconnaissez, s’écria la reine indignée, respectez-le donc davantage !
La maison était remplie de curieux. Le roi leur adressa un petit discours; ses paroles furent touchantes; il exposa le but de son voyage, développa ses intentions paternelles, demanda que la garde nationale raccompagnât cà Montmédy ou toute autre ville, et surtout qu’elle ne le reconduisit point à Paris; il protesta qu’il n’allait point cà l’étranger, mais qu’il voulait seulement être hors de la capitale pour examiner plus librement la constitution et reconnaître par lui-même les vœux et les besoins du peuple ;
— Je suis votre roi, s’écria l’infortuné monarque; placé dans la capitale, au milieu des poignards et des baïonnettes, je viens chercher en province, au sein de mes fidèles sujets, la liberté et la paix dont vous jouissez. Je ne peux plus
Il la
rester à Paris sans y mourir et ma famille en même temps
Les assistants étaient émus, et s’il se fût trouvé là u homme capable de commander et qui eût su en imposer ps sa fermeté, il aurait peut-être sauvé la famille royale; mal il n’y avait personne, et Louis XVI s’en tint à des supplica lions inutiles I
Vers six heures du malin l’arrivée de.Romœuf, aide d camp de Lafayette, aggrava encore la situation. H élai porteur d’un décret de l’iVssemblée lui ordonnant d’arrête le roi partout où il le rencontrerait, et enjoignant h toute les autorités civiles et militaires du royaume de lui prête main-forte pour l’exécution de ce décret. Bouillé, eu ap prenant l’arrestation du roi, voulut tenter un dernier effor pour le sauver; il accourut avec le régiment de Royal-Alle mand, précédé par l’intrépide Desion, que les barricade empcclièrent malheureusement d’entrer dans la ville. Cei ouvrages n’étaient pas assez importants pour arrêter Bouillé ({ui les eût promptement détruits ; mais Romœuf se luàta dt faire remonter la famille royale en voiture et de reprendr avec elle le chemin de la capitale. Louis XVI était si trom blé que, bien qu’il n’eût plus d’espoir qu’en Bouillé, don on lui avait annoncé l’approche, il ne réussit à employei aucun de ces moyens dilatoires qui eussent pu retarder soi départ et permettre au général d’arriver encore à temps.
Hélas! le pauvre roi, il s’en retournait dans la tristess^® et l’humiliation, entendant les insultes, les cris de joie féroce des gardes nationales, suivant cette même route qu’i avait parcourue la veille en sens contraire et avec le douslf contentement que donne l’espérance, déjà à moitié réalisée! Il avait sous les yeux, d’un côté, ses ennemis triomphants, et de l’autre, sa famille consternée, avec ses troisli fidèles gardes-du-corps brutalement enchaînés sur le siège de la voiture... Hélas! le pauvre roi !
A Sainte-Menehould, dont le relais lui a été si fatal, un généreux vieillard qui habitait ce pays, le comte de Dampierre, ne pouvant rien faire de plus pour son roi pri-
giDI
^soiinier, veut au moins lui offrir le tribut de ses respects au j|iriilieu des outrages dont il est abreuvé. Il perce la foule, m’approche de la voiture, prend la main du monarque captif ii3t la couvre de ses larmes et de ses baisers. A cette vue, des i.’orceiiés poussent des cris de fureur, se jettent sur lui et e massacrent, en présence de la famille royale éplorée!
], Sainte-Meuehould et Vareunes, Drouet et Sausse, noms Il ivrés à l’exécration des siècles futurs et que l’histoire peut ïplacer hardiment à côté de ceux des cités maudites et des !|)lus grands scélérats. Ah! pourquoi faut-il que nous ayons ;|^u à raconter les fatals événements dont vous avez été le i+héàtre et les principaux acteurs? Sans vous Louis XVI était sauvé et la France n’aurait pas eu à se reprocher le double 'égicide du 21 janvier et du 16 octobre!
Emile revint à Paris, en suivant à pied, avec une foule l’autres misérables de son espèce, la voiture qui entraînait entement vers la capitale les augustes et innocentes victimes le sa haine furibonde et insensée. Il jouissait de leurs huniliations et de leurs tortures, comme un démon jouit du nal qu’il a fait. Il avait nohlemenl débuté dans la canâèrc lu crime; maintenant, il ne lui reste plus qu’à se jeter à forps perdu dans la fange sanglante du jacobinisme et à s’y vautrer voluptueusement jusqu’au jour, peu éloigné, où le ;iel, lassé des forfaits d’un pareil monstre, armera enlin un iiras vengeur pour en débarrasser la terre!
Le premier soin d’Emile, en arrivant à Paris, fut de remuer connaissance avec le député d’Arras et de se faire un ippui de sa protection. Robespierre le reçut d’abord assez foidement; mais lorsqu’il eut appris le rôle qu’il avait joué 1 Sairite-3Ienehould, il jugea à propos d’utiliser une perspi- '.acité si précieuse, un flair aussi lin, et il l’attacha de suite m service de sa propre personne en qualité d’espion. Il le ecommanda chaudement à tous les clubs sur lesquels il 'vait de l’influence, et* ils étaient déjà nombreux; car le ï'utur tyran commençait à jeter dans tous les bas-fonds des mciétés populaires les racines de son terrible et prochain
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pouvoir. Du reslc, poussé par l’esprit du mal, Émile élal ambitieux et, par le fait même, intrigant. Il se faufila par jf tout où sa haine de la royauté et son amour pour le crim jf( pouvaient trouver un aliment. C’est ainsi que son instinct 1 if Ht descendre dans l’antre obscur où l’abominable Mars i écrivait ses feuilles immondes. Non content de cette liaison }e il en forma d’autres avec Prudhomme, Fréron, Hébert Chaumetie, Fouquier-Tinville et divers antres scélérats d cette espèce, dont la férocité lui faisait deviner le nions trueux avenir. Toutes ces infâmes protections lui valuren i une part dans les distributions d’argent que le duc d’Oi léair |i faisait aux princijiaux meneurs de la révolution sanglante (pii devait, croyait-il follement, lui servir de marche-pie' pour s’élever jusqu’au trône. C’est ainsi que, vivant sur le ^ deniers de ce prince dénaturé et à l’aide d’autres ressource i non moins avouables, Émile atteignit, sans se préoccupe j( de sa famille, l’avénement du régime de la Terreur. »
Il voyait bien de temps en temps, à l’Assemblée natio | nale , son oncle Guillotin ; mais il ne lui parlait jamais (( D’ailleurs, il avait un compte à régler avec lui et l’époqu'- f de sa vengeance n’était pas encore arrivée. Une fois, poiir-i m tant, il avait été bien tenté de lui pardonner, en considéran a les services que sa machine pouvait rendre au gouvernemen k anarchique qu’il rêvait; c’était le jour où, pour la premièn) d fois, l’instrument de mort avait fonctionné politiquement On avait dressé l’échafaud sur la place du Carrousel, jusl( ü en face des fenêtres du roi, prisonnier an château des Tuile- C ries. La curiosité avait amené là une foule innombrable d(j S peuple pour voir tomber la tête d’un intrépide défenseur di la royauté. En sa qualité d’inventeur, Guillotin avait uni place réservée au pied de l’échafaud. Il voulait voir sa machine perfectionnée jouer, dans toute la plénitude de sa force sur un autre sujet que sur des ipoutons et des coquins C’était un désir bien naturel, avouons-le!
— Ainsi, mon oncle, lui dit Emile, en l’abordant aprèt l’exécution, vous vous rappellerez que c’est ce pauvre diable
'*ule Diirosüy, qui vous a étrenné, le 27 août 1792! Vous ^'relevez être content, car tout a fort bien marclié. Je ne vous '"^croyais pas l’esprit si inventif... Votre instrument est trèsfgentil, ma foi, avec ses deux longs bras rouges, levés vers "'^le ciel, comme pour y saisir la vengeance, cet unique plaisir '*fdes dieux! Et puis, votre couteau vous tranche une tête le plus proprement du monde!... Maintenant la mort n’est 'plus rien... Grâce h vous, ce n’est plus que l’iiistoire d’une q-chiquenande sur la nuque !... Bravo, bravo, illustreGuillotin,
' sic itur ad aslra^ c’est ainsi qu’on devient immortel et "[qu’on fait passer son nom à la postérité la plus reculée ! . . .
f Le docteur était resté stupéfait en reconnaissant son neiveu. Cette rencontre inattendue vint subitement anéantir
toute la joie si légitime que lui avait causée l’heureux succès
de sa machine. Il oublia sa gloire en se trouvant face à face
avec Émile et en entendant sortir de sa bouche des louanges ;qui, pour lui, n’étaient que des insultes. Pâle comme un lincenl et tremblant de colère, le bonhomme ne répondit rien [d’abord; mais, saisissant son neveu par le bras et l’entraî- •nant hors de la foule qui inondait encore le Carrousel, il le conduisit jusque dans le jardin des Tuileries, sans desserrer les lèvres. Là, le lâchant tout à coup avec un geste de fureur 'et de mépris ;
— Malheureux, s’écria-t-il, comment as-tu osé te représenter devant moi après tous les crimes dont tu t’es souillé? ]Crois-tu que nous ignorions la scélératesse de ta conduite? 31. de Quercy nous a écrit; nous savons tout!... On peut être fanatique dans ses oj)inions; on peut être un révolutionnaire outré, cruel, féroce même; je le conçois jus([u’à un certain point... 3Iais être nu voleur, un incendiaire... ah ! voilà ce que je ne comprends pas et ce que je ne pardonnerai jamais ! Quoi ! misérable, tu as osé déshonorer ta famille à ce point-là ! Tu n’as pas eu honte de te faire l’égal des malfaiteurs que la société repousse avec horreur de son sein!... Va, retire-toi couvert de nos malédictions!... Nous
»io«'
féii
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renions le sang lini)nr qui coule dans tes veines.. . Tu n’existe plus i)onr nous !
Émile, qui s’était laissé docilement conduire de la plac du Carrousel au jardin des Tuileries, était loin de s’attende à des reproches si bien mérités. 11 passa bientôt de la sur prise à la fureur-, et, comme pour justifier les malédiction dont venait de le charger son oncle, il se mit à lui montre le poing en vomissant, contre lui et contre toute sa famille des torrents d’injures. Entre autres aménités^ il souhaita ai docteur de le voir un jour mettre la tête à la lunette de s propre machine.
— Oui, vieil imbécile, s’écria-t-il, oui, nous t’y feron passer... Tu cracheras aussi dans le sac, toi, ton Quercy tous ceux qui vous ressemblent, ,1e me moque bien de vos malédictions; allez conter à d’autres ces sornettes-là... L règne de la raison est arrivé, et l’heure de ma vengeance sonnera bientôt pour chacun de vous!...
11 parlait encore que Guillotin était déjà loin.
A partir de ce moment, Émile n’eut jamais plus la tenta tion de se rapprocher de son oncle, car il en était séparé ”j désormais par un de ces abîmes de haine que le sang même ne peut combler.
Le jeune énergumène reprit donc avec une nouvelle ardeur le cours de ses prouesses jacobines. Il se trouva en tête des vingt mille brigands qui, le 20 juin 1792, envahirent le palais des Tuileries, sous la conduite de Santerre et du hideux marquis de Saint-Huruge. La populace alors entra dans les appartements royaux en criant ; Vive la ration ! A bas h veto ! Louis XVI fut grand au milieu du danger. Sa présence d’esprit, sa fermeté inaltérable protégèrent sa vie encore mieux que l’épée de quelques gardes fidèles qui l’entouraient ; mais elles ne purent lui épargner l’humiliation du bonnet rouge dont un jacobin couronna sa tête auguste, à finstigation du frénétique espion de Robespierre. On jioussa même l’outi age jusqu’à porter aux lèvres du roi de France une bouteille, en l’invitant à boire à la
lanté de la nation. Affrontant la crainte du poison, le inalaeureiix inonarcpie avala quelcpies gorgées du liquide qu’elle l'.ontenait, tandis que, au milieu de ses rires ignobles, la j)lèl)e en guenilles criait : Le roi boit!... Le sauveur du nonde avait été couronné d’épines et abreuvé de fiel ; ici :;ommcnçait la douloureuse passion de Louis XVI !
^ Cette formidable insurrection n’était encore, pour les ja- !:obins, qu’uu essai de leurs forces. Les meneurs de la sans-- •uloUerie voulaient que le peuple, amené par degrés d’e.x- :;ès en excès, s’assurât lui-même de tout ce qu’il pouvait enter impunément contre son souverain constitutionnel, l’était une espèce de répétition du grand drame, qui devait se ouer, sept semaines après, dans la fatale journée du 10 août.
Ce jour affreux, qui vit se lever en France le dernier soeii de la royauté, fut un siècle de fureurs populaires, de aassacres et d’horreurs. Une armée de soixante mille inurgés assiégea les Tuileries, égorgea les Suisses et força le oi à aller cliercber un asile dans le lieu même des séances de Assemblée législative. Le château royal fut pillé; tous les erviteurs qui s’y trouvèrent furent massacrés. La populace trieuse brisa tout ce qu’elle put briser; elle s’abreuva du ang des mourants; elle arracha le cœur des morts, mutila 3urs cadavres et mangea leur chair; tandis que les Marseiltis, déchirant le manteau de velours fleurdélisé des rois apétiens, en distribuaient les lambeaux aux mains souillées es meurtriers. Ces horribles scènes de carnage, réi)étées ans tous les appartements et dans toutes les cours du châîau, durèrent plus de douze heures.
! Il est inutile de dire que le neveu de Guillotin se distinlua par sa férocité dans cette éjiouvantable journée, et qu’il hérita également bien de la commune de Paris, dans le iiassacre des prisons qui eut lieu les 2 et 3 septembre de la ^lême année. L’histoire a enregistré tous les forfaits qui en- ^mglantèrent alors les Carmes, l’Abbaye, la Force, Saint- Armin, la Salpêtrière et Bicêtre, aussi les ])asserons-nous ")us silence, n’ayant pas à nous en occuper ici.
Cependant, Robespierre avait grandi de cent coudées. S, révolution, à lui, avait marché à pas de géant. Il avait fa: " bonne justice de la constitution ridicule de d791 qui s’étaj :: bornée à dépouiller la noblesse et le clergé de leurs privi léges et de leurs biens, et à rendre le monarque le valet di communes. Il lui fallait bien plus que cela. L’Assemblé législative n’était pas née viable; il l’étouffa dans le sanj des victimes de septembre et fit asseoir sur son cadavre ]\ Convention nationale, qui prit le titre pompeux de Répu CLIQUE FRANÇAISE, UNE ET iNDivisiRLE. L’iiomine atroce qi avait hypocritement demandé l’abolition de la peine de mon sous l’Assemblée constituante, ne songeait plus qu’à régne ® par l’assassinat juridique de Louis XVI, devenu tout simple * ment Louis Capet, et par le meurtre légal des Girondins dont la haine aveugle, en sollicitant la déchéance du roi J avait préparé, sans le savoir, le triomphe horrible de la /a cobinerie. A la révolution des bourgeois devait succède celle des bouchers; c’était justice!
, A mesure qu’il s’élevait vers le souverain pouvoir. Robes ® pierre se montrait de plus en plus bon prince à l’égard d ® ses créatures. Émile ressentit, comme les autres, les effet de cette touchante bonté, et il monta rapidement en grade Une fois qu’il se vit solidement établi et à l’abri du besoin il releva fièrement la tête et songea à son passé d’esclav pour le comparer à son présent de citoyen libre. L’idée lu vint alors de faire une visite au no 83 de la rue du Bac, pou voir comment se conduirait sa famille en présence d’ui Panvert, coiffé du bonnet rouge.
Avant d’exécuter ce beau dessein, il s’assura que Guillotin se trouvait bien hors de chez lui ; car il ne se som ciait pas de l’y rencontrer. Cette sage précaution prise, i se rendit hardiment au logis de ses parents dont il avait ei soin de s’informer dès les premiers jours de son retour i Paris, afin de pouvoir, le cas échéant, espionner leur conduite et échapper à leurs prétentions d’autorité sur lui, s' jamais il leur prenait envie d’en avoir. Comme il entrai:
dans la cour, au fond de laquelle demeurait la famille Panvert, il se croisa avec un homme enveloppé d’un long manteau et coilfc, non pas comme lui d’un bonnet rouge, mais bien d’un chapeau noir, dont les larges bords rabattus lui couvraient presque tout le visage. Le jeune jacobin, flairant dans cet individu un ennemi de la nation, s’arrêta un instant pour mieux le considérer, et il se permit même de le suivre jusque dans la rue. Cet homme avait la taille et la démarche de M. de Quercy... Par hasard, si c’était lui?... Devant un pareil soupçon, il n’y avait pas à reculer, et il fallait à tout prix s’assurer de la vérité. La visite aux parents pouvait être remise à un autre jour; l’important était de savoir quel était cet homme, qui sentait si fort l’émigré rentré eu cachette, et de connaître où il demeurait. Pour cela, il fallait l’espionner 3t ne pas le perdre de vue un seul instant. Or, Émile. était , devenu une fine mouche dans l’art perfide de surveiller de .près les gens, à leur insu.
On était alors vers le milieu de janvier, et il pouvait être mnq heures et demie du soir. Le ciel était couvert d’épais [puages gris, et la nuit commençait à se faire dans les rues I le la capitale; c’était un moment propice poursuivre un sus- I )ecl !
— Quelle fameuse capture, si je pouvais prendre, ce bri- ;and-là! pensait notre aimable sans-culotte. Comme, ma [engeance serait bien servie, si je débutais par ce Quercy, [ui, non content d’avoir osé mettre la main sur moi et me etenir prisonnier dans son château de Fo.ntenailles, a eu ncore l’outrecuidance de me faire passer pour un voleur, et ,'n incendiaire l lia! haï mon cher parrain, il paraît que ous aviez aussi de l’Angleterre par-dessus la tête!... Vous vez quitté les bords charmants de la Tamise pour venir inpiguer sur ceux de la Seine; mais cette petite fantaisie de aarquis vous coûtera gros... .le sais que plusieurs gens de .otre espèce sont également revenus â Paris dans l’espoir himérique d’arracher Louis Ca])et aux mains du bourreau... lies, insensés, ils croient pourtant que nous n’avons pas bien
pris toutes nos mesures ! Us s’imaginent que la police ré| t hlicaine ne les reconnait pas sous leur déguisement si f pide! .. Vrai, je ne croyais pas qu’il pût y avoir au mo: des conspirateurs aussi bêtes !... lu
Tout en songeant de la sorte, Émile suivait toujo Jt l’homme au manteau, .à quelques pas de distance et san; quitter des yeux un seul moment. Celui-ci remonta la | lil (lu Bac jusqu’au quai des Théatins, aujourd’hui quai Y ti taire; là, il tourna brusquement à droite et se mit à marc i rapidement, comme une personne qui craint d’être en ret bi à un rendez-vous quelconque. Il atteignit bientôt le Po n Neuf, le traversa dans toute sa longueur, prit la rue tl Prêtres -Saint- Germain -l’Auxerrois, la remonta jusq It rHùiel-de-Ville cpi’il laissa sur sa droite pour s’enfon (ci dans un labyrinthe de ruelles obscures, où il crut prudent |ii ralentir sa marche afin de se mieux guider dans ce som isi dédale. Il parvint ainsi,, de zigzags en zigzags, prescjue s; It les murs du Temple. Arrivé devant la porte (l’une mai; ai dont la masse noire et élevée se détachait du milieu ' itf ténèbres, grâce à la lueur pâle et vacillante d’une lante: |ie placée en face, il; s’arrêta et frappa trois coups secs avec Ir marteau qui pendait à cette porte. En attendant qu’on \ i ouvrir, cét hommé', que les detix yeux de lynx du fér jn ja'cobin épiaient dans l’ombre où il se tenait'effacé, eut i’i jj prudence de se découvrir pour e'ssuyer son front baiguéj I sueur, et de regarder autour de lui afin, sans doute, de s’jlt surer que personne ne l’avait suivi et ne l’ôbservait enuo moment. Un rayon dé lumière vint malheureusement fomlé en plein Sur son visage; et si rapide, si fugitif qu’il fût i suffit néanmoins à l’espion pdur lui faire reconnaître d; li cette figure tous lés traits de M. (lé Quercy ! ip
Lajoie infernale qui saisit alors Émile fut si grande ([iril fut sur le point d’oublier les premières règles de la prude! i et de sauter à la gorge de Son parrain. Mais il fut asiin maitre de lui pour comprimer ces transports intempestifs (|r eussent tout gâté; il laissa donc le marquis entrer dansfti
maison dont la porte venait de s’ouvrir, et il se contenta d’en prendre le numéro avant d'aller reconnaître les environs.
Ne voulant pas perdre de temps, de peur que sa proie ne lui écliaj)pàt, le neveu de Guillotiii se liàla de tourner l’angle de la rue qui était formé par cette maison, et de voir si elle n’avait pas de ce côté-là quelque issue; mais il ne put constater qu’une chose, c’est (ju’elle était très-voisine du Temple et qu’un vaste jardin, clos de murs élevés, l’isolait entièreiment dans la partie (jui faisait face au vieux donjon où la commune de l*aris tenait prisonnière la famille royale. Il n’y lavait plus de doute à avoir sur les intentions de 31. de Quercy et de ses complices; ils voulaient pénétrer dans la tour du Temple et délivrer le ro'i; la chose était évidente. Fort de cette certitude, Émile courut au poste établi au premier guichet de l’anticpie palais (jue la commune avait ainsi converti en prison, et lit part au commissaire qui s’y trouvait le rim[)ortante découverte ([u’il venait de faire. Il exhiba sa xarte de civisme et son titre d’agent secret de la police 'épublicaine ; il prononça le nom magi(|ue du grand llobcs- )ierre, invoqua le comité de salut public en vertu de l’auorité duquel il agissait en ce moment, et somma le commisaire de mettre à sa disposition un nombre suffisant de tardes nationaux, pour faire une visite domiciliaire dans la aaison suspecte et arrêter les coupables.
Le poste du Temple, soit l’etfet de la curiosité, soit celui e la haine, était toujours abondamment pourvu de liraves ans-culottes, armés de pi(pies et de fusils, et passait avec tison sinon poui' le niieux discipliné, du moins pour le plus ombreux de toute la ca|)itale. On donna donc une vingtaine hommes à l’agent de police qui, après avoir recommandé plus profond silence et la plus mâle énergie à sa troupe, ’it avec elle le chemin de la maison où se trouvaient les mspirateurs. Four mieux réussir dans leur expédition nocrne, plusieurs gardes civiques avaient eu soin de se munir ï lanternes sourdes; mais cette jirécaulion fut compléteent inutile.
Revenu (levant la porte, qui peu de temps auparavai s’élait ouverte devant M. de Quercy, Émile saisit le martea et frappa, comme lui, trois coups secs. Au bout de (pielqiu minutes cette porte s’ouvrit, et, au fond d’une allée, o aperçut une lumière (pii brillait immobile dans i’obscuritt L’agent et ses hommes entrèrent aussitôt dans la maisc dont la porte se referma soudain derrière eux. A peii avaient-ils fait quelques pas qu’une voix forte et striden cria ; Trahison!... Poussez les ressorts!
Tout à coup un gouffre s’ouvre sous les pieds de l’ei couade jacobine, qui roule pêle-mêle au fond d’un soute rain en poussant des cris terribles. Quand tout fut englout les deux longues trappes ({ui avaient fait bascule revinre; tranquillement ti leur place, et l’on entendit cpielques rin dans l’ombre. C’étaient des rires de joie, les conspirateu se croyaient sauvés !
Pourtant il n’en fut rien, car au lieu de se disperser ( suite, ils perdirent un temps précieux à brûler des papie et divers objets qui pouvaient les compromettre; et, quai Is voulurent sortir, ils se jetèrent eux-mêmes entre les mai' du commissaire de la commune. Ce digne fonctionnaire, ; défiant un peu de la trop grande jeunesse du citoyen Panver l’avait fait suivre de loin par un homme de confiance. G homme, après avoir yu se refermer sur l’escouade républ caine la porte; de la maison suspecte, avait entendu le c ^ formidable poussé par les jacobins au moment de leur chu dans le souterrain, et effrayé du silence qui avait suivi cri suprême, il était revenu donner l’alarme au poste. C’e alors que le commissaire s’était hâté de prendre avec lui to les hommes disponibles et de venir, à pas de loup, cerner J”' maison devant laquelle il établit la souricière où vinreEj; sans le savoir, se jeter l’un après l’autre tous les principal conjurés.