‹ Le Docteur Gustave Bouchereau ... 1835-1900Chapitre 4 sur 11 · M. PELLETIER · texte numérisé non relu

M. PELLETIER

Chef du s e r \' i c e d e 3 aliénés

Messieurs,

D’impérieux devoirs retiennent M. le Préfet de la Seine à l’Hôtel de Ville et ne lui permettent pas de venir apporter lui-même au D'' Bouchereau le témoignage public de sa reconnaissance et le tribut de ses regrets. M. le Directeur des affaires départementales, qui devait le représenter, s’est trouvé empêché au dernier moment; mais ils m’ont expressément chargé d’être l’interprète de leurs sentiments et d’apporter au collaborateur dévoué, au chef de service éminent que la mort vient d’enlever, l’hommage douloureux de l’administration départementale de la Seine.

Les liens du D‘' Bouchereau avec le service des aliénés commencent, à vrai dire, avec ses premières études médicales. C’est en 1859 qu’il fut reçu externe des hôpitaux et attaché au quartier des aliénés des hospices de Bicêtre et de la Salpêtrière, qui étaient, à cette époque, les seuls établissements consacrés au traitement des aliénés de la Seine.

Interne provisoire en 186“2, interne titulaire en 1864, il demeure attaché aux quartiers spéciaux de ces hospices et manifeste ainsi le dessein bien arrêté de se consacrer tout entier à l’Assistance médicale des malheureux aliéne's.

L’administration préfectorale de cette époque s’était mise à l’œuvre pour doter le département de la Seine des asiles qui lui manquaient et c’est à ce moment que s’achevait l’asile clinique, édifié sur le terrain de la ferme Sainte-Anne. Cet asile comportait un bureau d’admission et lors de l’ouverture de 1 établissement, en février 1867, M. le préfet Ilaussmann

OBSKtiUES

arrêta son clioix sur le D’’ Bouchereau, en même temps que sur son ami de la première et de la dernière heure, le D’’ Magnan, pour remplir les fonctions de médecin du Bureau d’admission. Depuis cette date, c’est-à-dire depuis la fondation de Sainte-Anne, la vie du D’’ Bouchereau est, pour ainsi dire, confondue avec la vie même de l’asile qu’il n’a plus quitté et où il vient de rendre le dernier soupir.

Nommé médecin répartiteur au mois d’octobre 1870, il veut avoir sa part des dangers du siège de Paris, est attaché comme chirurgien au 136® bataillon de la garde nationale; blessé au combat de Châtillon, il est cité à l’ordre du jour de l’armée et est nommé, pour sa belle conduite, chevalier de la Légion d’honneur. Après avoir ainsi donné avec sa modestie habituelle l’exemple du devoir civique, il reprend sa place au Bureau d’admission jusqu’en 1879, date à laquelle il est appelé par M. le préfet Herold à succéder au D'' Lucas comme médecin en chef de la division des femmes. C’est dans ce poste où il est resté plus de vingt ans que la mort est venue briser les liens intimes, profonds, qui l’attachaient à cet asile depuis sa création.

Ses confrères, beaucoup plus autorisés et plus compétents, vous diront ce que fut l’homme de science et ils vous rappelleront ses mérites de clinicien et ses travaux originaux.

Il m’appartient plus particulièrement de déclarer bien haut devant ce cercueil quel chef de service exemplaire fut le D® Bouchereau. D’un caractère franc, loyal, paternel pour ses malades, bienveillant, sans faiblesse avec son personnel, maitre autant aimé qu'estimé par ses nombreux élèves, sa vie présente une admirable unité, c’est-à-dire un dévouement absolu et sans trêve aux malheureux confiés à ses soins.

Chez cette nature d’élite, les années ne ralentissent ni l'activité bienfaisante ni les constants efforts vers le progrès. Il donna à l'administration une preuve bien manifeste de son esprit ouvert aux réformes au moment où le Conseil général prit l’initiative d’un essai de colonisation familiale en 1892. Une des principales préoccupations était de ne commencer l’expérience qu’avec des pensionnaires donnant toute sécurité et pouvant, sans aucun risque, être rendues à la vie libre de la colonie. Le D® Bouchereau se montra dès la première heure partisan résolu de ce mode d’assistance ; il s'oifrit avec

DU DOCTEUR DOUCIIEREAU.

sa modeslic cl sa bonne grâce habituelles pour faire cette sélection. (. est de son service f|uc partit le premier convoi de malades de la Seine pour la colonie de J)un (pii a pris un développement inespéré.

Associé à ces premières tentatives, le D’’ Bouchereau fut aussi parmi les premiers visiteurs de la colonie, avec la délégation de la troisième commission du Conseil général. J'étais aussi de cette visite et je me souviens de la satislaction conliante qu’il montrait en voyant les heureux résultats de l’expérience qu’il avait favorisée de sa haute autorité. Je me souviens surtout de la joie touchante que manifestaient les anciennes malades de son service de l’Asile clinique lorsqu’elles le reconnaissaient au cours des visites chez les nourriciers. Ces témoignages, dans leur spontanéité, étaient le plus bel hommage rendu à la bonté familière de I homme de cœur autant qu’au médecin. A son retour de Dun, le D'' Bouchereau nous quittait à Vierzon, ne pouvant résister à la tentation d aller passer quelques heures dans son cher pays de Montrichard dont il parlait toujours avec émotion.

C'est là que vont être transportés ses restes, accompagnés des regrets émus de tous ceux qui l’ayant approché, l’ont tout de suite aimé. C’est là qu’il va reposer pour toujours ; mais il laissera dans cet asile, dont il fut un des fondateurs, une mémoire pure et durable; il y laissera en même temps l’exemple et l’enseignement d’une noble vie.

Puissent ces témoignages et ces regrets adoucir pour sa veuve en deuil et. pour sa famille la douleur de la séparation définitive? Nous la prions d’agréer nos respectueux hommages et à \ous, cher et très regretté D‘' Bouchereau, j’adresse, au nom de M. le Préfet de la Seine, un suprême adieu.

UlSCOUllS

M. DAGONET

Mfdfcin kx cm: F a i, ’Asii. e ci.imoue

Messieurs,

Cédaiil à la demande qui m’en a été laite avec insistance par M. le D'' Magnan, je viens apporter au D*' Boucherai!, le (.lernier hommage de son personnel et de ses malades. Cet hommage eut été assui-ément beaucoup mieux exprimé par M. le !)'■ Magnan, mais son émotion et son alTection profondes ne pouvaient lui permettre de prendre la parole, devant le cercueil de l’ami excellent dont il vient d’être si cruellement séparé.

D’autres, mieux que moi, pouvaient dire tout ce que nous perdons en ce maître vénéré, dont l’érudition, le savoir, la compétence en tout ce qui touche la médecine mentale, étaient universellement reconnus.

C’est au sortir de l’Internat des hôpitaux de Paris que le D'' Bouchereau a choisi la carrière des asiles vers laquelle le portaient tous ses goûts. Le médecin aliéniste doit être bon avant tout. C’est dans son service, au milieu de ses malades, que la bonté, la générosité naturelle du D*' Boucbereau ont pu se développer librement et arriver à leur complet épanouissement.

Pendant ses études, le D‘’ Bouchereau avait été pour ses camarades, un ami dévoué et lidèle,etces qualités ne se sont pas démenties; il fut un ami fidèle et dévoué pour ses malades, comme il l’avait été pour ses collègues.

Je ne puis m’empêcher de citer ici les paroles qu’il prononçait lui-méme, le :29 mai dernier, à l’Association mutuelle des médecins aliénistes de France en rappelant la mort de M. le D’’ Semelaigne.

IS

OBSÈQUES

11 disait de son collègue : (fVotre qualité mailresse était la bienveillance », et il ajoutait : « On n’avait pas de peine à découvrir tout ce qu’il cachait de valeur sous une modestie réelle. » Ces paroles ne s’appliquent-elles pas à vous, mon cher maître.

Ne gardons-nous pas de vous un souvenir pareil, nous qui avons véeu à vos cotés, sans vous voir jamais une défaillance, nous qui assistant à vos derniers moments, avons admiré votre inébranlable fermeté et votre admiralDle courage au milieu d’atroces souffrances et qui vous avons vu sourire à votre compagne si dévouée, et à vos amis désolés, qui vous entouraient de leurs soins impuissants. Vous avez montré devant la mort le courage et la bonté, qui ont caractérisé toute votre vie. Je ne puis dire la douleur de tous quand ou a appris la fatale nouvelle. L’une de vos malades que vous aimiez, et vous les aimiez toutes, malgré les souffranees et la faiblesse qui la clouaient sur son lit, a voulu être portée dans votre chambre et vous contempler, une dernière fois, sur votre lit mortuaire.

Vos malades, auxquelles vous avez consacré votre vie, nous tous qui avons eu mille preuves de votre inépuisable bonté, nous sentons profondément votre perte, c’est que vous aviez vraiement le don de vous faire aimer, c’est que vous étiez l’homme de bien, riiomme de cœur. Aussi le vide que vous laissez parmi nous, ne sera-t-il jamais comblé.

Avant de terminer, je tiens à dire encore que vous n’avez pas été seulement un travailleur infatigable et le plus consciencieux des hommes, mais que vous avez été aussi un patriote. Pendant la guerre de 1870, vous vous êtes consacré de toute votre âme, à l’organisation des ambulances. Vous avez obtenu l’évacuation en province de trois cents malades de l’asile Sainte-Anne et dans tous les services vous avez donné des lits aux blessés, que vous alliez, vous et votre collègue de l’asile, ramasser sur les champs de bataille. Vous avez apporté dans cette tâche, toute l’ardeur de votre cœur, et vous avez été vous-même blessé par une balle qui vous a traversé la jambe.

Vous avez donc noblement payé votre dette à la Patrie, Mais vous avez eu la tristesse de mourir sans avoir vu se réaliser « les réparations consolantes, sur lesquelle ont le droit de compter, ceux qui ont foi dans la justice ». Tous,

DU DOCTEUR lîOUCHEREAU.

nous conserverons pieusement la mémoire de l’ami excellent, du médecin dévoué, de l’homme de bien, du patriote, que fut le D'' Bouchereau.

Au nom de votre personnel, mon cher Maître, au nom de vos malades, au nom de tous ceux qui vous ont connu et aimé, je vous adresse un éternel adieu.

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