HOMMAGE
temps que son éminent confrère M. le D'' Magnan, — et il avait reçu, en 1879, la direction d’une division dans ce même asile d’où la mort seule devait le faire sortir.
A quelque point de vue qu’on la considère, sa vie est un enseignement.
11 fut un laborieu.x et un utile. On m’a dit, — et, à l’avoir vu, je le crois, — qu’il aimait la science pour elle-même, que son activité était elléctive et raisonnée, que son labeur était discret et fécond, qu'il pensait de haut, et qu’il ne mesurait son zèle ni à l’importance, ni aux chances du succès. — Il n’en avait pas moins acquis, comme clinicien, et notamment dans le traitement de la mélancolie, une réputation universelle et qui n était due qu à la seule élévation de son mérite.
Le D‘' Bouchekeau fut aussi un bon citoyen.
Lorsque vint l’année terrible, on le vit relever les blessés sous le feu; — et, dans cette lutte entre l’humanité et le fléau de la guerre, être lui-même frappé d’une balle sur le champ de bataille de Chàtillon.
Déjà d’ailleurs, en 1866, — renouvelant un de ces ti-aits dont s’honore l’histoire de la grande famille médicale dans 1 histoire du pays, il avait fait preuve d’un courage plus grand encoie, en se jetant, pour la combattre, au sein d'une redoutable épidémie cholérique.
Mais, Messieurs, le D‘ Boucuereau ne fut pas seulement savant et brave; il fut vraiment homme en ce qu’il fut bon, et en ce qu il eut 1 intuition profonde de ce que nous pouvons appeler les devoirs nouveaux. Ses yeux à jamais fermés eurent ce rayon de douceur qui, tout de suite, apaise et soulage les désespérances.
Vous avez eu, presque tous, la bonne fortune de voir le D'' BoucnEREAU dans son service même, et j’ai pu recueillir ainsi l’écho des sentiments qu’il vous a inspirés. — On m'a dit combien vous avez été frappés de la tenue, de l’aspect heureux, de ce service, de rattachement que les malades marquaient à leur médecin. — On m’a dit aussi, — et la simplicité du cadre avivée encore le tableau, — qu’une pauvre malade infirme avait demandé à être portée auprès du lit mortuaire du D*’ Boucuereau pour le revoir une dernière fois Je ne sais aucune récompense qui, à l’heure suprême, puisse égaler celle-là, aucune scène qui, davantage, doive tenter le pinceau d’un grand artiste.
AU DOCTEUR BOUCHKREAU.
On m’a appris que cette bienveillance s’étendait à tout son personnel; on m’a montré avec quelle insistance, dans ses rapports annuels, le D'' Boucuereau revenait sur l’organisation d’un service de veille qui permît aux infirmières de se reposer la nuit, — et j’ai vu avec quelle chaleur il remerciait des améliorations obtenues. — Ici même, vous l’avez entendu prendre la parole pour signaler des réformes à poursuivre, notamment au sujet du régime alimentaire et au sujet de l’organisation d’ateliers pour les malades. Il fut un des précurseurs dans cette voie du travail des aliénés, — et, à ce point de vue comme à bien d’autres, son service était considéré comme un modèle. Il contribua puissamment aussi à créer les colonies de traitement familial ; il s’était montré, dès la première heure, partisan résolu de ce mode d’assistance, et c’est de son service qu’est parti le premier convoi de malades à destination de Dun-sur-Auron.
En proclamant, le 24 février dernier, devant une tombe ouverte, quel chef de service exemplaire fut le D’’ Bouchereau, M. Pelletier l'appréciait en ces termes : « D’un caractère franc et loyal, paternel pour ses malades, bienveillant sans faiblesse avec son personnl, maître autant aimé qu’estimé de ses nombreux élèves, sa vie présente une admirable unité, c est-à-dire un dévouement absolu et sans trêve aux malheureux confiés à ses soins. Chez cette nature d’élite, les années ne ralentirent ni l’activité bienfaisante, ni les constants efforts vers le progrès... 11 laissera dans cet asile, dont il fut un des fondateurs, une mémoire pure et durable ; il y laissera en même temps l’exemple et l’enseignement d’une noble vie. »
Écoutez aussi, ces dernières lignes d’une notice publiée dans le Progrès médical par M. Boissier : « Bouchereau ne laisse derrière lui que d’unanimes et sincères regrets, sans un envieux^ sans un ennemi. »
Ainsi donc, Messieurs, le D'' Boucuereau fut un de ces hommes, trop rares peut-être, dont la vie s’est toujours développée en pleine lumière, et qui, à leur heure dernière, n ont entendu autour d’eux qu’un murmure de gratitude et de sympathie. — Avoir le don de se faire aimer ! n’est-ce pas le plus beau des rêves, et nous est-il, en vérité, permis de plaindre 1 homme qui le vit se réaliser? Il sera mieux que