AMIN
toi le grand, le bon, le clément, le savant, le sage,
le subtil, le bienfaisant, toi qui as quatre-vingt-dixneuf noms, tu m'avais bien conseillé; tu avais disposé mon cœur à recevoir le commandement et la révélation. Tu m'avais rappelé, pour guider ma main, les trois versets : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé tout, qui a pétri l’homme de sang coagulé, lis, car ton Seigneur est le plus généreux » (1). « Fais que ton ennemi périsse ! »
Le soir du second jour, anxieux, il redemanda : « Est-il mort ? » On lui apprit que sa victime ne mourrait point, car la blessure était légère. Le meurtrier grinça des dents et, tourné vers l'Orient, supplia d’un cœur éperdu de foi confiante : « Pour que Mahomet soit glorifié, pour que, dans les siècles à venir, tous les peuples de la terre ne jurent que
par le figuier et par l'olivier de la Mecque, pour
que je mérite ma place dans tes vignes et dans le jardin du paradis, Allah, donne raison au couteau de celui qui a voulu te venger, après avoir remâché trois fois dans sa bouche ton formel enseignement : « Les Infidèles disent : « N’écoutez pas la lecture du Koran, ou bien, parlez haut pour couvrir la voix de ceux qui le lisent. » Nous ferons subir à ceux-là un châtiment terrible; nous les rétribuerons selon les plus mauvaises de leurs actions !l'» (2).
Comme l’ombre de la nuit, le troisième soir, léchait déjà les murs, le mécréant, repoussant son écuelle, s’informa : « Maintenant, est-il mort ? » Et on l’avertit qu’il devait renoncer à son monstrueux espoir, car le Maître, fidèle à sa promesse de quitter le lit avant trois jours, s’était fait porter au monas-
(1) Chapitre 96 du Koran, versets 1, 2, 3.
(2) Chapitre 41, versets 25, 26, 27.
tère de la Réal, hors la ville, pour remercier Dieu et consulter ses directeurs spirituels. Alors, le prisonnier baissa la tête, attendit que se fussent éloignés les pas du gardien, et murmura : « Bismillahi” rrahmani’rrahim (1), je le dis : je suis coupable d’un crime sans pardon, puisque je n’ai pas su tuer l’homme de Jésus-Christ et le précipiter dans Al-botama (2). Maître de l’univers, Souverain au jour de la rétribution, c’est donc moi qui y descendrai. Amnin ! (3). »
Et, après avoir mordu le dos de sa main (4), il se pendit.
(4) Au nom du Dieu clément et miséricordieux.
(2) Al-hotarna est un des noms de l’enfer et spécialement de l’un des lieux où tout ce qui y sera jeté sera brisé en morceaux et réduit en fétus.
(3) Amen ! |
(4) Chez les Orientaux, signe de dépit et de désespoir.