‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 36 sur 51 · FRANÇOIS D'ASSISE ET THOMAS D’AQUIN · texte numérisé non relu

FRANÇOIS D'ASSISE ET THOMAS D’AQUIN

science, à son cœur, et à Dieu, ce qu'il doit faire pour harmoniser sa foi agissante et la molle inertie où $e complaît le siècle. Et il en est venu à reconnaître qu’il ne pourra jamais plus faire descendre l'Esprit dans la matière, animer un limon pesant qui ne veut plus se laisser pétrir.

Que tenter ? Quel emploi donner à cette sève qui monte toujours dans un chêne pourvu d’une si large ramure qu’elle a prétendu couvrir le monde ? N'était-ce pas orgueil et folie ? Le Créateur voulait-il cela de sa créature ? Toute une vie de prosélytisme n’aurait-elle été qu’une immense erreur ? Tant de courage n’aurait-il été dépensé qu’au profit d’une cause périmée ? Jésus lui-même n'’était-il pas devenu indifférent au fait que son tombeau restait aux mains des mécréants et n’appelait-il pas les hommes, non plus à la vaine croisade, mais à l’instatlation de Sa vérité, apaisante, conciliatrice, souveraine guérisseuse, dans les Etats chrétiens, que partageaient la haine et la convoitise ? L’œuvre du croisé n'’était-elle pas tout entière en Europe, et les Jérusalems à conquérir, ne fallait-il pas les reconnaître en ces âmes de rois où, pires que le Sarrasin et l'adorateur de fétiches, régnaient l'esprit de conquête, celui de discorde avec les sepr péchés capitaux ? Le devoir ? Ne revenait-il point à s’en aller demander le droit d’accès aux portes de tous les palais royaux, à parler aux princes, à leur certifier que s’ils persévéraient dans leurs errements, ils feraient la plus impardonnable offense à Celui de qui ils tenaient la couronne ? Pour un

long avenir de siècles, ils embrouilleraient l’écheveau “où la civilisation devait trouver les fils dont elle

tisserait la plus belle tapisserie, au canevas de l’histoire. Convenait-il d’aller supplier ces puissants,

pour l'amour fraternel entre tous les hommes, comme ils avaient été implorés pour la guerre des guerres au service du Très-Haut ! Le temps réclamait-il qu’un apporteur de prophéties se levât, parcourût les nations, montrât la hideuse faute de déchirer le christianisme, avertit que ces conflits

entre les pouvoirs temporels et les pouvoirs spirituels

ne pouvaient aboutir qu’à de plus grands malheurs, à un morcellement de la communion universelle, peut-être à la ruine de l'Eglise ? N'était-ce pas l'obligation de celui qui avait été repoussé par les Arabes, d’aller crier devant les grands bergers des peuples, en France, en Angleterre, en Allemagne, partout : « Voulez-vous, insensés, détruire l’édifice bâti au cours de treize cents années, et sur ses décombres, voir édifier des schismes qui ajouteront à l’aigreur de vos âmes et qui, jusque dans vos royaumes mêmes, jetteront l’un contre l’autre, front contre front, comme des béliers et des loups, tous les enfants chéris du Seigneur ? Est-ce cette dispersion de votre troupeau, Papes, que vous préparez en vous arrachant l’un à l’autre la tiare et en ceignant sur la robe de Saint-Pierre la cuirasse des capitaines aventuriers ? (1) »

Quelle arme employer pour vaincre l'hodre:

dont le véritable nom était Satan ? Comment retourner contre le Démon un combat entrepris au profit du Christ ? Qui définirait la méthode la plus sûre pour ne le mal et écarter le péril ?

(1) Ce jour-là, Ramôn Lull n'entrevoyait rien moins que les futurs désordres de l'Eglise, la Rétorine, les guerres de Religion, l'émiettement de la chrétienté et une multitude de croyances dont l’antagonisme dogmatique devait exercer, et continue à exercer une si désastreuse infiuence sur le libre épanouissement de la civilisation.

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