FRANÇOIS D’ASSISE ET THOMAS D’AQUIN
Thomas, ne concluait-il pas en ces termes, l’article XIII de sa question x11 : Comment nous connaïssons Dieu : « La connaïssance de Dieu que nous avons en cette vie par la grâce est plus parfaite que celle qui nous vient de la raison naturelle (1). » R'‘en ne s’opposait à la conjugaison de deux « moyens » qui n'étaient assurément pas ennemis et contraires (2).
S’il restait au vieux « Sénéchal du Christ »
assez de vie pour concrétiser en actes utiles un si noble espoir, il aurait bien employé son passage sur cette terre. Qui sait même s’il ne trouverait pas là des forces suffisantes pour mener de front l’idéal de sauver l’Europe et de sauver les mécréants ? Qu’un pape soit élevé demain et se place assez haut pour dominer l'immense vilenie du siècle, qu’il
rappelle les hommes à la paix et à l’union, qu’il
soit assez grand pour être écouté des plus grands, et la raison avec la foi triompheraient ensemble. Alors, une chrétienté apaisée tournerait-elle, logiquement, les veux vers le Tombeau ? Entendrait-
| elle l’appel de l’Orient ? Qui donc pourrait assurer
qu’un tel revirement fût à tout jamais impossible ?
{1) Article XHI : « A-t-on, par la grâce, une plus haute connaissance de Dieu que par la raison naturelle ? »
(2) Ramôn Lull ne savait pas que, bien nlus tard, et encouragés par les sévères décisions romaines qui frappèrent alors nombre de ses propositions, certain ordre religieux, — qui n'était pas celui des Franciscains. — s'associa aux violences dont furent l'obiet tels souvenirs lulliens dont s’offensait l’orthodoxie du clergé séculier, aux Baléares. C’est ainsi que furent détruites, par des réguliers, la plupart des modestes constructions qui, sur le sommet de la Randa, ranpelaient le séjour fe l’ermite palmasan. La grotte qu'il avait creusée dans le roc n'écharpa point à ces navrantes repré saîlles. Nous l'avons vue, ruinée par la main des hommes, et les Franciscains de Nuestra Sefñora de la Cura ont eu la délicatesse de ne pas vouloir nous désigner « ceux qui avaient commis cette faute envers un saint personnage ».
Ainsi Lull, parti des sommets de la métaphysique, redescendait malgré lui dans les plaines de Judée et quoiqu’il se dît déterminé à employer ses forces dernières au salut de ses frères en Dieu, ne renonçait pas à la mission, toujours inféconde, toujours renouvelée, d’aller raisonner l’ Arabe et le Juif pour leur démontrer l’inconstance de leurs Fois, En ces longues polémiques avec lui-même, dans Montpellier son refuge et son poste d’observation, il se leurrait pour se consoler, et traînant, d’un pas lourd, sa magnifique illusion avec ses espoirs généreux, sur les remparts de la ville, il voulait se persuader que le fardeau des ans, que le faix des adversités ne sont rien, ne pèsent rien aux épaules d’un Croyant, quand il s'appuie sur un bâton d’où renaissent toujours de petites feuilles vertes, symboles de l’éternelle jeunesse du cœur et de l’esprit.