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arrachent les palmes, dépouillent les arbres et leurs ramures, en font un tapis sous les pas des porteurs qui, par les rues basses et les gradins, s’en vont jusqu’à la Ca Lull, dans la ville haute, où l’Illuminé dormira une dernière nuit.
Le lendemain, un autre et plus magnifique cortège, où se mêlent en grand nombre les pagesos (1) venus du fond des campagnes, se forme derrière le cadavre, qui est transporté, visage découvert, au lieu choisi pour terme à un voyage et si long et si beau. On avait pensé l’ensevelir dans la chapelle de Saint-Marc, en l’église Sainte-Eulalie où reposaient Elisabet de Heril et don Ramén le chevalier de la conquête. Mais les Franciscains ayant justement fait valoir que Lull le Docteur avait revêtu leur robe et était frère mineur, on acquiesça à leur requête lorsqu'ils demandèrent que, dans une épaisse caisse de chêne préparée par leurs soins pieux, le corps fut déposé à la sacristie de l’église de San Francesch (2). |
(1) Paysans mayorquins.
(2) Selon une autre version, qui ne manque pas de vraisemblance, Lull aurait été d'abord enterré à la chapelle de l’église Sainte-Eulalie, et c’est là que se seraient produits les nremiers « miracles » dont parle la légende. Postérieurement, la requête des Franciscains seraii intervenue et c'est alors seulement que les restes de Lull auraient été portés à l’église Saint-François de Palma.
— « La tradition, admise par la majorité des biographes, place la mort de Ramén Lull, le 29 juin 1315, alors qu'il était en mer. au large de Mayorque. Nous ne pouvons admettre l'exactitude de cette date : 19 à cause des lettres du roi Jayme II d'Aragon, qui y déclare avoir encore vu le Docteur, le 29 octobre de la même année; 20 à cause des deux dernières œuvres que Lull composa à Tunis au mois de décembre suivant, et qui sont les dernières nouvelles certaines que nous tenons de son temps vivant. D'autre part. l’explication que l’on trouve reproduite sur une gravure adjointe au Libre de consolacié d'ermüilà, — qui est au British Museum — établit que Lull acheva ses jours à Mayorque l’an MCCCXV, c'’esta-dire, en comptant l’année depuis l'Incarnation, avant le % mars
Tout le jour défilèrent -sous les voûtes de ce sanctuaire les magistrats palmasans, les évêques, les représentants du roi, les auditeurs royaux, les bourgeois dans leur costume de deuil, les juifs convertis, les prêtres de toutes les paroisses, les religieux de tous ordres, et la noblesse confondue avec
le peuple.
« Depuis, bien des miracles se produisirent dans l’église franciscaine. malades guérirent et maint écrit en fait foi (1). » Lull se sauva luimême, un jour qu’un grand Hicendie détruisit une partie de la sacristie. Le cercueil de bois fut entièrement épargné. Mais c'était un avertissement et on l’enferma dans un sarcophage de pierre.
Au xv° siècle — 29 juin 1448 — eut lieu une translation, dans la nouvelle chapelle de la « Puritat de Maria ». Le corps, nullement anéanti après
suivant. En sorte que la mort a dû se produire entre le mois de décembre et le mois de mars, peut-être ie jour de la « Conversion de Saint Paul », le 9%5 janvier, et probablement à Mayorque, et non en mer, dans un délai plus ou moins long après le retour d’Afrique. » (Moss. Salvador Galmès. Vida Compendtosa del B' Ramôn Lull.) — Cet historien apporte là une opinion qui bouleverse en effet tous les dits de la tradition. Nous ne pouvions passer cette opinion sous silence, car selon ce qu'on vient de lire, il y a apparence qu'elle s’appuie sur des textes consistants. Malheureusement nous n'avons pu réussir à nous informer, dans ces textes mêmes, sur ce point contesté. Nous nous sommes donc limité à nous rallier à la donnée sur laquelle s'accordent la tradition et la littérature relative au sujet Ramôén Lulil, tout en obéissant à ce devoir de consciente qui nous imposait de consigner la proposition de Moss. S. Galmès.
(1) Déclare le Rév. P. franciscain Francois Marsal, en son ouvrage Ars Generalis ultima venerabilis Magistri, ac doctoris illuminati Raymundi Lulli maioricensis, tercii ordinis sancti Francisct (1643).
133 ans de sépulture, fut exposé toute une journée à la vénération des fidèles. Puis, dans un autre cercueil fermé de trois clefs, il fut disposé au fond d’une niche recouverte de drap vermeil et que surmontaient les armes de la cité. Trente ans plus tard, et par on ne sait quelle crainte des voleurs de reliques, Lull, qui n’avait point terminé ses voyages, retourna, une nuit, et secrètement, dans la sacristie, mais les Jurats et le lieutenant du roi ayant eu connaissance du fait, s’en irritèrent et obligèrent les Frères à renfermer la dépouille du martyr dans un troisième cercueil, scellé et chargé de cadenas.
En 1482, les Jurats estiment que toutes précautions ne sont pas prises contre un malheur éventuel. Ils font ouvrir une logette plus profonde dans le mur de la sacristie et installer un épais parement avec tout un dispositif de fermetures savantes dont. ils conservent les clefs et les sceaux. Ce n’est point tout. En 1492, alors que l’arrière-petit-fils de Stefano Colon découvre l’ Amérique, on creuse dans un bloc d’albâtre une urne longue et magnifique que l’on exhausse, hors de toute atteinte, contre les parois de la chapelle où on la voit encore aujourd’hui.
Peut-être imagine-t-on que .e Docteur Illuminé va pouvoir reposer dans une paix durable. On s’illusionne en le pensant. Lorsqu'il est parlé, à Rome, du procès de canonisation, en 1611, il devient nécessaire de reconnaître les reliques. Toutes les autorités s’assemblent : on descelle l’urne, on la descend, on l’ouvre (1). On ouvre, de même, les coffres de bois. C’est l’occasion de fêtes solennelles.
‘ (1) Le lundi 5 décembre 1611, en présence des jurats Leonardo Zaforteza, Juan-Auguste Garau, Jacob Morell, Miguel-Juan Cabrer, Juan-Baptisto Domenge, Juan Fiol, de l'illustre C. Coloma, repré-
Lull est-il maintenant assuré de n'être plus troublé ? Hélas, le 12 juin 1915, on se souvient que l’on n’a jamais fait l'inventaire de ses ossements ! C’est un oubli qu’il convient de réparer sans retard : on ne néglige rien dans cette mensuration macabre, pas même des restes de tendons momifiés (restes de tendons momificats). On étiquète « les clavicules, les côtes, fracturées à gauche, cinq vertèbres lombaires et les deux dernières, dorsales, de grandes masses de tissus blancs totalement momifiés recouvrant les os, neuf autres vertèbres dorsales normalement articulées, reliées entre elles par des débris de ligaments. « Le crâne, les fémurs, les tibias, les péronés, les humérus, deux côtes droites que l’on retrouve, — probablement la huitième et la neuvième, dit-on, — sont l’objet d’une attention particulière. Le crâne est « de forme gracieuse et parfaite, montre des sutures bien ossifiées et des alvéoles dentaires sans dents ». On recherche les traces des blessures et l’on reconstitue, aussi exactement que l’on peut, l’assassinat de juin 1315, à Bougie. On termine un minutieux procès-verbal en s’étonnant de ne pas retrouver « sept vertèbres cervicales, une dorsale, la clavicule droite, deux côtes gauches, dix côtes droites, les cubitus, les radius, tous les os des mains et des doigts, les tarses, les métatarses et les doigts des pieds (1) ».
Cette enquête terminée, — sera-ce la dernière ?
sentant le roi, de Miguel Martinez del Villar, chaneelier, âu ministre provincial Juliano Oliver « et tous les couvents réunis en procession sous la croix ». Une si grande multitude de peuple envahit l’église qu'il fallut l’expulser, et à grand'peine. (D’après Francisco Marsal, op. cit.)
(1) Document officiel signé Bartomeu Vanrell i Camps et Miquel Sureda ji Blanes (Ciutat de Mallorca, dia 12 de juny de 1915).
— on donne à Ramén Lull un beau cercueil de cèdre et une épitaphe empruntée à l’Arbre de Filosofia d’amor :
Act jau l’Amic mort per l'Amat e sa amor.
Amic humal pascient leyal ardit ensenyat L’arc sant e ple de tot be e qui illumina Molts amadors a honrar et servir
Son Amat e sa amor.
Ci-git l’Ami mort pour l’ Aimé et son amour...
L’Ami humble, patient, loyal, hardi, enseigna
L'art saint, rempli de tout bien et qui illumina
Beaucoup de fidèles pour honorer et servir Son Aimé et son amour.
Le cercueil fermé de deux clés, couvert de sceaux, après les fêtes dites du Centenaire, fut inséré dans l’urne d’albâtre, et le tout prit place dans une crypte, devant le grand autel, conformément aux intentions d’un évêque de Palma, Mgr Pere Juan Campins. |
Le crâne, cependant, fut isolé et on le conserve, sauf le maxillaire inférieur, dans un reliquaire d'argent.
Telles furent les aventures admirables de Ramén Lull, le Docteur Illuminé, soldat de Dieu, croisé éperdu d’amour divin, pécheur impénitent devenu saint homme s’il en fut, pendant sa vie et après sa mort.
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