IL — DEVANT LES ANCÊTRES, EXEMPLES DES PLUS HAUTES VERTUS
Notre bienheureux Raymond était Île fils d’un des nobles catalans qui avaient suivi Jacques I“ à la conquête ïe Mayorque et étaient restés dans l'île redevenue un royaume chrétien.
I y naquit à Palme en 1232.
(MARIUS-ANDRÉ, Préface de la traduction de l'ouvrage l’Anii et l'Aimé.)
— Une nuit, — c'était en l’an de grâce 1228, notre bon et bien aimé roi, que Dieu tienne en sa sainte garde, soupait, avec les meilleurs de sa cour, chez Pierre Martell, l’un des plus hardis marchands
de la cité de Barcelone. Notre Jayme le Conquérant,
roi d'Aragon, seigneur de Montpellier, à cette époque de son règne comme au jour d’huy, tenait pour ses amis autant les gens de négoce et le peuple que les seigneurs eux-mêmes. Il allait écouter les refrains à leurs mariages, les hymnes à leurs funérailles, et, dans les champs, au bord des vignes, arrêtait son cheval pour parler, avec son cœur, aux paysans. Martell, à la fin du repas, dit ce qu’il avait vu, aux îles des anciens Almoravidès, chez qui il avait eu le courage de se porter, pour ses entreprises. Il montra ces îles fortunées et captives, ce paradis de Dieu tenu par les gens d’Islam. Il dit la saveur des vins, l’épaisseur des toisons, tous les parfums : de fleurs et de fruits qui flottaient dans l’air, la chair fondante des oranges, le grain savoureux des figues, la finesse du chanvre: la vigueur des palmiers, la griserie des myrtes, la dureté des marbres, la beauté des criques que creuse la mer dans la
roche ; il ne cacha rien de bien d’autres merveilles, en sorte que le prince, qui écoutait, déposa sa coupe au milieu des roses, se leva, et dit : « Je n’avais pas encore six ans que je luttais déjà contre des vassaux rebelles. J’ai triomphé de tout et de tous. J'ai battu mes ennemis maîtres de Saragosse, de Huesca, de Jaca et d’autres lieux. En cette année que voici, j'ai soumis enfin tout ce qui m'affrontait en Aragon. Je puis reprendre la guerre contre les Maures. S'il plaît à Dieu et à la Vierge sa très Sainte Mère, il faut, mes arnis, conquérir les îles. Dans moins de quatre saisons, nous aurons le pied sur Mayorque. Comme ceux de Valence et de Grenade qui appellent au secours, ceux des Baléares nous attendent ! Allons à eux ».
Don Lull appuyait une paume sur le front de son fils. Il sentait que s’y étaient atténuées les chaleurs de la colère. Lui-même adouci, il demanda :
— Comprenez-vous tout ce que je vous dis ?
— Oui, mon père, affirma l’enfant, car il est parlé de notre roi, et je l’aime depuis que Jje sais ce que vous fîtes de grand avec lui.
— Rassemblez donc bien ce que vous avez connu, Ramén, et ce que je vais vous faire connaftre, et si vous en mesurez toute la leçon, instruit de si hauts faits, vous rentrerez homme dans cette maison d’où vous êtes sorti n1#0.
Elisabet ébauchait le mouvement de caresser la joue de son « petit». Avec une douce fermeté, le père éloigna la main maternelle.
— Au lendemain du vœu solennellement En devant les convives du marchand, reprit-il, toute la ville préparait le glorieux voyage de la délivrance. Le clergé, les ricos hombres, la population entière, dans le royaume eût voulu voir, au prochain jour,
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