‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 7 sur 51 · PROLOGUE : IS · texte numérisé non relu

PROLOGUE : IS

les bateaux a. la haute mer. À une assemblée nobles, de bourgeois, d’artisans catalans, Jayme dit bientôt : « Illumina cor meum.…. ».

Mais ton maître au moins t’a-t-il assez enseigné le

latin... ? S’interrompait Don Ramén.

— Je ne l’entends point trop mal, attestait l’élève, une lueur de fierté sous les paupières, et. c’est à son étude que j’excelle le mieux.

— Soit. Le roi dit ainsi : « Illumina cor meum, Domine, et verba meo de Spiritu Sancto. Implorons Dieu Notre Seigneur et sa très Sainte Mère la Vierge

Marie, à cette seule fin que tout ce que nous dirons

serve notre plus grande gloire avec la vôtre, vous qui écoutez. Que nos paroles soient pleinement apréablés à notre Sauveur comme à sa Mère et Seigneuresse. Nous avons projet de traiter de telles bonnes œuvres que nous tenterons et qui doivent procéder des volontés de la Providence. Notre naissance, vous l’avez su, fut un miracle de Dieu. Vous savez, tout de même, que nous sommes votre Seigneur naturel, que, nos parents n ’ayant pas eu d'autre fils, nous n’avons point de frère et qu’enfantelet encote, arrivant parmi vous, nous trouvâmes la rebellion aux Etats d'Aragon et de Catalogne. En

lutte, les vassaux entrétenaient Ia discorde, tel

opposant à tel autre ses prétentions. À de si tristes « dams », nous ne pûmes remédier que par l’assistance de la volonté divine. Au jour d’ huy, pour d’autres causes, '— la première est Dieu, l’autre est le lien que nous avons avec vous, — nous vous prions, avec toutes nos forces, de nous porter aïde

et conseil, pour que nous sachions tenir en paix

notre terre, pour que, comme il sied, nous servions le Seigneur dans l’attaque que nous pensons conduire contre Mayorque et autres îles, pour qu’enfin

vous me marquiez comment cette entreprise pourra être menée ad majorem Dei gloriam. Et, pour ce, je vous ai tous appelés ».

La croisade baléare est approuvée par tous, en ce 24 Décembre 1228. On chante grâces à la cathédrale. Le roi prie à l'autel, jusqu’à l’aube, et communie.

Les préparatifs se prolongent pendant des mois. Enfin, on part, aux premiers jours de Septembre 1220. J'étais sur le navire même de mon roi (1). Le plus beau matin que j'ai vécu est celui où nous vîmes au loin les côtes de l’île promise. Quand nous fûmes rapprochés, nous aperçûmes et entendîmes les Infidèles sur les falaises. Ils s’appelaient à grands cris et insultaient nos étendards dès l'instant déployés. Alors, commença la guerre pour Dieu, faite de deuils et de joyeuses journées. Et puis, ce fut le triomphe. Notre flotte portait trente mille intrépides enfants de notre Seigneur Jésus. L’adversaire se défendit avec rage. Palma résista à un terrible siège. Nous la prîmes enfin, d’assaut (2), le 31 Décembre et la conquête s’avança dans les terres. I! fallut combattre plusieurs mois encore. Cinquante mille musulmans périrent et trente mille furent emmenés en captivité. Le roi ne quitta l’île qu'après un an. D’avance, il avait donné des domaines en fiefs à beaucoup d’entre nous. Je reçus une belle part, et les habitants eurent des lois humaines (3). Les impôts furent épargnés aux chrétiens, aux juifs, aux sarrasins eux-mêmes. De Provence et de nos pays.

(1) Ce navire avait été baptisé le Montpellier.

(2) Pour le siège de Palma, on employa des fonebols (boulets de pierre) que lançaient des trébuchets, des alquarradas et des almaianachs (Voir Voyage à l’île Majorque, par Jules LECLERC, Paris, 1919).

(3) C'est le 1* juillet 1232 que fut signé l'acte de distribution des terres entre les conquérants.

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