‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 9 sur 51 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ble, ils traversèrent la maison, ressortirent, par le devant, et virent la foule heureuse. On s’embrassait sous la clarté des flambeaux fumeux; on jetait, au ciel, dans une immense exaltation, une oraison collective. Des prêtres, des moines couraient de groupe en groupe, s’agenouillaient, et sur les Palmesans dociles au pieux exemple, dessinaient, à grands écarts de bras, le signe de la Rédemption, avec des crucifix. Le | Le délire était si général que personne ne prenait loisir de répondre à la question réitérée par le compagnon d’armes du roi Jayme 1%. [1 paraissait évident à chacun que nul ne dût plus ignorer la merveilleuse nouvelle, puisque toute la ville, déjà,

en avait perdu la raison.

Enfin, s’étant avancé jusqu’à un vieillard, qui, ployé sur sa canne, appuyé contre un mur, reprenait haleine, le Seigneur de Manacor, de Randa et de: Pollenza renouvela sa requête. L'homme haussa un regard étonné, s’accorda le temps de tracer une croix entre ses yeux, sur sa bouche et au creux de sa poitrine, puis dit, dans un quasi état de béatitude : « Vous ne savez donc pas encore !... Un

navire est arrivé, il y a moins d’une heure et s’est

rangé devant Île palais des rois maures, et, avant même de poser le pied à terre, les mariniers qui le manœuvraient ont crié ce qui peut le mieux réjouir un chrétien : Notre bon roi Jayme vient de s’assurer l’île de Minorque et les mécréants y sont défaits jusqu’au dernier ». |

Lors, Don Ramén, remontant vers les siens, leur dit la grande victoire du vrai Dieu et, fermant avec soin la porte, ajouta : « Madame, faites allumer, ce soir, toutes nos lampes, car voilà, pour certain, une bien glorieuse journée ».

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