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CHAPITRE XIII

TRAVAUX HISTORIQUES DU Dr LABRIE

L5 Histoire du Canada du docteur Labrie. — Labrie et M. Cazeau, secrétaire de l'évêché. — Lettres inédites de Labrie à Jacques Viger

A u milieu des travaux de sa profession, atx- ** quels s'ajoutaient ses nouveaux devoirs comme député, au milieu de ses courses et de ses labeurs pour la cause de l'éducation, le docteur Labrie ne négligeait pas la grande œuvre qu'il avait entreprise, son Histoire du Canada, mais les choses n'allaient pas toujours au gré de ses désirs. Au mois d'août 1826, il n'était encore rendu qu'à l'époque de la conquête. Dans l'automne, il se mit au travail avec un redoublement d'ardeur ; et au printemps de 1827 nous le trouvons engagé déjà dans la période si tourmentée de 1775.

Ses amis et tous les Canadiens instruits, en général, l'engageaient à se presser, et le favorisaient autant qu'il était en leur pouvoir : on le regardait comme un des meilleurs écrivains de l'époque ; on avait confiance dans l'exactitude de ses recherches et la droiture de son jugement. Le clergé, en particulier, était sûr qu'il rendrait en toute occasion justice à l'Eglise.

M. Cazeau était alors secrétaire de l'évêché. Ce digne prêtre que nous avons bien connu, et qui restera à jamais comme le type du parfait ecclésiastique et du gentilhomme accompli, avait poussé la bienveillance jusqu'à lui permettre d'emporter chez lui quelques documents historiques dont il avait besoin. Le docteur lni écrit un jour de Saint-Eustache :

«Je profite de l'occasion de M. Rochon pour vous renvoyer les papiers que vous avez eu la complaisance de me confier... S'il arrivait que vous en eussiez découvert d'autres, qui soient de nature à m'être utiles, et que vous ne trouviez pas d'inconvénients à me les faire parvenir par le porteur, je vous aurais mille obligations. »

Puis il ajoutait :

« Vous désirez savoir si Y histoire va bien, et je dois vous dire que j'y travaille constamment, c'est-à-dire autant que les circonstances peuvent me le permettre. Mais un homme qui a une profession, une famille, et des terres, et qui est de plus astreint à remplir plusieurs devoirs publics, n'a pas tout le loisir qu'il désirerait. De tout cela vous devez conclure que la besogne va telle que telle dans les mains d'un homme qui a bonne volonté, mais qui manque un peu de moyens ; car il faut toujours chercher le pain avant tout. . . »

Lorsque ses devoirs de député l'appelaient à Québec, il lui en coûtait, sans doute, de se séparer de sa famille ; mais il était heureux, aussi, de se rapprocher quelque temps du pays natal, du séminaire de Québec où il avait fait ses études, et de plusieurs de ses amis. Parmi ceux qui lui témoignaient une confiance toute particulière, était, comme on vient de le voir, M. Cazeau. L'estime et la confiance étaient réciproques. Le docteur lui écrit un jour :

« J'espère que le seigneur évêque (M^ Panet) conserve sa bonne et heureuse santé, en dépit des années. Puisse la Providence

prolonger son existence ! Je crois qu'elle nous est bien utile ... Il s'est passé quelque chose que j'aimerais à vous conter ; mais le temps va me manquer ; il faut remettre à la première entrevue ...»

Puis, toujours préoccupé de son Histoire du Canada, et des recherches historiques qui lui restaient à compléter :

(( Répugneriez-vous, disait-il, à m'envoyer le volume des registres dans lequel je suis maintenant occupé, celui où se trouvent les papiers relatifs à M&r de Pontbriand et à M«r Briand? Je suis seul, et pourrai faire bien de la besogne, ce soir ... Je remettrai le registre demain matin moi-même. L'an dernier, ajoutait-il, on me fit la même faveur. »

Touchant exemple que celui de ce député intelligent et honnête, qui, loin de sa famille, consacre ses loisirs et ses veilles à compulser les archives pour écrire l'histoire de son pays !

Une grande culture intellectuelle, la lecture des ouvrages de premier ordre, les travaux littéraires, voilà ce qui a toujours fait l'élite des hommes publics; voilà aussi ce qui les soutient et les fortifie au milieu des vilenies, des déboires et des dangers de la politique.

Citons à ce sujet quelques lignes de Thureau- Dangin sur l'utilité, pour un homme engagé dans la politique, d'avoir quelque autre occupation « subsidiaire » :

« De quel abondant et puissant secours, ditil, les lettres ne sont-elles pas à tous les blessés de la politique, quand elles s'ajoutent à une force venant de plus haut ? Dans notre démocratie mobile, jalouse et ingrate, bien aveugle serait celui qui voudrait se donner tout entier, corps et âme, à la vie publique, comme peuvent encore le faire, en Angleterre, tel fils de lord, tel gradué d'Oxford ou de Cambridge. Le téméraire risquerait de se retrouver, au premier jour, gisant au milieu des ruines de ses espérances, peut-être de ses convictions, désorienté, en quelque sorte dépouillé, ayant perdu, en un seul coup de dé, tout l'enjeu de sa vie. La plus simple prudence oblige donc à n'entrer dans la politique qu'en se réservant un autre emploi, au moins subsidiaire, de son temps et de ses forces. Heureuse l'élite qui sait trouver cet emploi dans les travaux et les jouissances de l'esprit ! »

Voulons-nous avoir une idée du travail de Jacques Labrie et de la passion avec laquelle

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