IO
il se livrait à ses recherches historiques? Lisons quelques extraits de lettres inédites adressées à son ami Jacques Viger, cet autre chercheur qui a rendu tant de services à notre histoire. Mais auparavant faisons plus ample connaissance avec le personnage auquel elles sont adressées, et qui a déjà été nommé plusieurs fois dans cet ouvrage.
Jacques Viger était cousin germain de Denis- Benjamin et de L,ouis-Michel, mais d'un tempérament tout différent: (*) ceux-ci, Denis- Benjamin surtout, se livrèrent presque exclusivement à la politique ; lui, paraît y avoir été à peu près indifférent et étranger toute sa vie. Il s'occupa activement de milice ; et M. Verreau nous apprend « qu'il servit avec honneur dans la guerre de 1812». Il s'intéressa beaucoup aux affaires municipales de sa ville natale et fut le premier maire de Montréal. Il s'occupa aussi d'éducation, et donna tout
( 1) Les trois Viger se trouvèrent un jour réunis à Saint- Charles, à l'occasion du mariage de l'un d'eux, Louis- Michel, que l'on appelait le beau Viger, On trouvera dans l'Appendice l'acte de ce mariage.
son concours à M. Holmes, lorsque ce prêtre distingué fonda les Ecoles Normales en 1837. Mais il fut surtout le grand « chercheur historique » de son époque.
Il avait la passion des documents inédits : il avait le culte des textes, et ne pouvait souffrir qu'on y fît la moindre altération en les citant. Doué d'un grand sens historique, il avait du flair pour discerner et choisir les matériaux qui sont la base et comme le tissu de l'histoire. Riche, il ne reculait devant aucune dépense pour se les procurer. A une époque où il n'y avait pas encore de chemins de fer, il prenait une voiture, parcourait les campagnes, allait de presbytère en presbytère, où il était toujours bien accueilli et avait un accès facile à toutes les archives ; il copiait ou faisait copier ce qui pouvait lui servir ; puis il rentrait à Montréal chargé d'une riche moisson, qu'il engrangeait dans sa saberdache (1).
(1) Cette saberdache, léguée par Jacques Viger à M. l'abbé Verreau, appartient maintenant au séminaire de Québec.
Cette saberdache faisait envie à tons les travailleurs. Viger n'était pas précisément avare de ses trésors, mais il aimait qu'on se rappelât — ce qui n'était d'ailleurs que justice — qu'ils étaient bien à lui, et qu'il les avait acquis à la sueur de son front :
« Je suis seul en possession de tel manuscrit », disait-il.
Ecrivant un jour à M. Bibaud :
<( Parlez, M. Bibaud, disait-il, et tous mes trésors sont à votre disposition : mais au moins que celui qui le peut en fasse autant que moi (1). »
Aujourd'hui que nous avons des archives publiques déjà si riches et relativement si complètes, cette saberdache a perdu, sans doute, de sa valeur : on y trouve pourtaut encore des choses qui ne sont nulle part ailleurs, comme par exemple ces lettres de Labrie à Viger, que nous donnons ici telles qu'elles sont, dans leur aimable simplicité. Le docteur écrit
(i) Mémoires de la Société historique de Montréal \ Règne militaire en Canada, p. 8.
de Saint-Eustache à son ami le 23 janvier 1827 :
« Mon cher ami, En venant me voir, apporte-moi donc, si tu veux bien, tout ce que tu as sur 1775, et nommément ce morceau dont tu m'as lu la traduction (*), car je vais commencer la semaine prochaine cette époque intéressante de notre histoire . , . »
Dix jours plus tard, le 2 février, il écrit de nouveau à son ami :
« Mon cher Jacques, je renvoie M. Boucher et les Ordonnances dont j'ai extrait ce qui pouvait me servir. Mille et mille remerciements.
« La traduction d'Allen sera prête la semaine prochaine ; j'y annexerai une petite préface en réfutation du Canadian Review, si tu peux me le procurer.
« Si tu ne peux me procurer ce bon livre, je t'enverrai la traduction simplement et tu en tireras le parti que ton patriotisme et ton bon goût reconnus ne manqueront pas de te suggérer . . .
(1) Traduction départie des Mémoires d'Ethan Allen, un des officiers Bostonnais qui prirent part à l'invasion du Canada en 1775.
« Hughes n'est pas encore arrivé. Je le regrette, et s'il a les ordres généraux de l'époque de la conquête, ou de toute autre, nous les aurons certainement, dussè-je lui donner plusieurs dîners,
« Adieu, cher ami, continue tes recherches, louables au delà de toute expression : sans toi notre histoire serait peut-être demeurée fort longtemps encore dans un état d'imperfection désolante ; par tes soins, elle se débrouille et promet d'atteindre la perfection . . . »
Evidemment les deux amis travaillaient en collaboration : l'un faisait les recherches ; l'autre* indiquait ce qu'il fallait trouver à tout prix, mettait toutes choses à leur place, arrangeait, coordonnait, faisait un livre ; et il n'épargnait rien, de son côté, pour compléter les recherches, comme nous le verrons dans la lettre suivante, datée du 8 février :
« Mon cher Jacques, tu seras sans doute surpris de ne point recevoir l'écrit en question. Mais il ne faut point me condamner sans m'entendre. M'étant procuré le livre d'ordres de Hughes, je me suis occupé à le parcourir et à en faire quelques extraits, ignorant combien
de temps il me le laisserait en mains. Malheureusement il manque dix-sept pages au livre, qui paraît avoir commencé au Ier janvier 1761. L,a première page, du 8 février, contient un article annonçant que le lendemain, à 1 1 heures du matin, le roi Georges III sera proclamé. Puis les pages suivantes sont écrites avec de l'encre si blanche qu'on ne peut presque rien déchiffrer jusqu'à la page 25, où commence le mois d'avril. Je n'y vois conséquemment rien de semblable à ce que nous cherchons. Beaucoup de cours martiales de garnison et générales. J'y vois quantité de soldats fustigés, et... quelques Canadiens, pour vols, infractions de la paix, insultes à des soldats, etc. Les punitions extrêmement sévères : un Canadien, pour avoir été trouvé avec des outils du Roi en sa possession, condamné à quatre cents coups de fouet ; d'autres étaient condamnés à des amendes pour avoir vendu des liqueurs sans licence ou avoir enivré des soldats ; d'autres fustigés pour avoir recelé des objets volés ; deux marchands anglais, condamnés, l'un à ^30, l'autre à ^20 d'amende, et à demander pardon à un enseigne Nott, pour l'avoir insulté, etc. Mais point de causes pour dettes. D'où il paraîtrait qu'on avait réservé à ces cours
martiales à juger des choses qui se traitent maintenant aux sessions de quartier.
« Il y a dans ce livre plusieurs choses qui peuvent donner une idée de l'administration de cette lépoque obscure de notre histoire ; mais aucune pièce qui puisse nous apprendre de quelle manière on jugeait des dettes jusqu'à 1761 ou l'ordonnance de Gage. Peut-être y aurait-il dans Montréal des livres contenant les ordres qui ont suivi immédiatement la reddition de cette ville.
« Je vais aujourd'hui au Lac des Deux- Montagnes et y prendrai quelques notes sur l'histoire ecclésiastique antérieure à la conquête. Demain je continuerai mes notes sur le livre de Hughes, et la semaine prochaine t'enverrai l'écrit en question. , .
<( Plamondon m'a envoyé l'ordre général ou l'ordonnance de M. Jacques Murray en l'automne de 1760. Il tient toujours à ce que tout était militaire.
« Le manque de temps m'empêche de te répéter quelques petites anecdotes venues dernièrement de Québec, et que j'ai mises dans la lettre de Kimber. Il t'en fera part, je pense.
« Adieu, cher ami. Si tu pouvais venir me voir, nous causerions encore, et examinerions
ensemble les ordres. Dans le cas contraire, je te communiquerai mes extraits, qui contiendront tout ce qui s'y trouve de relatif aux habitants du pays ...»
L'écrit dont il est question dans cette lettre et la précédente est évidemment la traduction des mémoires d'Allen, document anglais que Jacques Viger avait confié à son ami. Le docteur Labrie possédait en effet parfaitement la langue anglaise, et ses amis en profitaient largement. Il écrit encore à Jacques Viger le 22 mars:
« Mon cher Viger, Je n'ai que le temps de te demander les Mémoires dont tu m'as parlé, s'ils sont prêts.
« Aurais-tu quelque moyen de te procurer de M. Papineau, père, ou de quelque autre, des renseignements sur l'expédition des 600 Canadiens dont parle le Canadien ? Avec quels généraux ou officiers commandants marchèrent-ils? jusqu'où furent-ils? est-ce bien en 1762 ou 1763? Le Canadienne 1762, mais je crois que c'est 1763. Cette affaire m'a occupé tout un jour, cette semaine, et je n'en ai rien pu faire, après tout . . . Mais voilà le courrier, adieu . , . »
Puis dès le lendemain, 23 mars, le docteur Labrie reprend la plume pour écrire à son ami :
(c Mon cher ami, tâche donc de m'envoyer les deux volumes du Canadian Review que tu m'as dit avoir à ta disposition, je désire voir cette capitulation de Montréal. Ramsay, dans son histoire de la révolution, affirme que Montgomery dit aux Montréalistes, « que « n'étant point dans un état de défense, ils ne « pouvaient point espérer la faveur d'une capi- « tulation, mais qu'il leur promettait, sur son « honneur, qu'il respecterait leurs propriétés « et qu'ils auraient le libre exercice de leur « religion. »
« Autre anomalie. La Gazette de Québec dit que Carleton y arriva le 19 novembre au soir, étant parti le 16 de Montréal. Le mémoire de Bouchette dit la même chose. Smith dit que la flotte sous Prescott fut prise le 17 novembre à Sorel. Comment, s'ils étaient partis le 11 de Montréal (car ils ont dû en partir avant la capitulation, que tu me dis avoir eu lieu le 12), comment, dis-je, auraient-ils pris tant de temps pour se rendre à Sorel, quand ils savaient, ou devaient savoir, qu'on les y
guettait et qu'ils dussent sans doute souhaiter d'échapper à l'ennemi ?
« Il est certain que Carleton n'a pas pu rester à Montréal après la capitulation. Où se serait-il donc tenu ? Le mémoire de Bouchette dit, « qu'ils laissèrent Montréal le soir, « firent force de rames pour dépasser Berthier « dans la nuit, — ce qu'ils effectuèrent en effet « après avoir couru de grands dangers — et « arrivèrent le lendemain aux Trois-Rivières, « où ils ne purent rester que quelques heures, « l'ennemi y étant arrivé par un côté de la ville « pendant que Carleton et Bouchette s'embar- (( quaient de l'autre et poussaient au large. » Tout cela est difficile à accorder. Parles-en donc à M. Papineau, père.
ce Je voudrais bien aussi savoir ce que devinrent les seize Canadiens pris avec Allan. As-tu vu l'original de la capitulation ? N'y aurait-il pas quelque erreur dans les chiffres?
« Dis-moi donc quels citoyens de la ville furent au devant de Montgornery, pour lui demandera capituler? Quel jour Montgornery entra-t-il dans la ville? Est-ce le 16 (nov.), jour du départ du général Carleton ? »
Jacques Labrie fit un petit voyage à Mont-
réal au commencement d'avril, et le 13 écrivit de nouveau à son ami :
ce Mon cher Jacques, la presse où j'étais dans mon dernier voyage ne m'a permis que de te voir un instant, malgré que j'eusse mille choses à te dire. Il ne me revient point si je t'ai dit que la traduction d' Allan était prête, et qu'elle est à ton service quand tu voudras l'avoir, corrigée ou gâtée, tu en jugeras. C'est bien le morceau historique qui m'a donné le plus de peine à traduire, de longtemps. Je ne te l'envoie pas aujourd'hui, car il faut que je le relise, ne l'ayant pas fait encore depuis que Rochon l'a copié.
« Tâche donc de m'envoyer ces mémoires sur 75, et les réponses du père Papineau au sujet des seize Canadiens. Tâche aussi de tirer de lui : premièrement, si Carleton partit de Montréal en même temps que la flotte ; deuxièmement, quel jour il partit de Montréal. Le père Franchère, si tu le connais, pourrait te dire cela peut-être.
« J'ai fait de nombreux et copieux extraits, depuis quelques jours, de mémoires très intéressants : la défense de Vaudreuil, de Joncaire, de Duverger, de Saint-Blin, de Boishébert, Bréard, tous impliqués dans les malversations
du Canada. Tu verras cela. Renvoie-moi le P. Noiseux(1), si tu en as fini. Je désire voir ce qu'il dit de Le Loutre et autres.
ce M. Boishébert dit du bien de Ménach, que Smith décrie. Je vois qu'il faut absolument se tenir en garde contre cet écrivain. Il écrit, je vois, sous l'impression de la haine que sa nation portait aux Acadiens et à tout ce qui leur touchait.
« Il faut absolument tâter le séminaire de Montréal. Ils doivent avoir plusieurs des mémoires imprimés pour la défense des accusés : ceux de Bi^ot, de Martel, Varin, Péan, Cadet, etc. ; les décisions prononcées et portées par la commission du Canada ; aussi, des mémoires relatifs aux démêlés des Jésuites avec l'intendant, etc.
« J'ai la Relation des voyages de M. Plessis dans le golfe, Terreneuve, Ile Saint- Jean, Cap- Breton, etc. C'est fort bien dit et très intéressant. Je la fais copier, et tâcherai d'obtenir la permission de la livrer à l'impression. . . »
Nous avons encore deux lettres de Labrie à son ami Viger. Il y revient sur les événements
(i) Auteur d'une Liste chronologique du clergé canadien.
de 1775, qui l'occupaient évidemment à cette époque. D'après lui, on aurait pu s'attendre à ce qu'il y eût plus de Canadiens qui auraient pris fait et cause pour les Américains. M. Garneau nous semble donner à ce sujet la note juste :
« Les souvenirs du passé, dit-il, avaient depuis longtemps confirmé les habitants dans leur résolution de laisser la métropole et les colons de race anglaise régler leurs différends ensemble, car ils ne voyaient dans les Américains que d'anciens ennemis (1). »
Quant à ce que dit lyabrie du général Burgoyne, nous croyons que de nouvelles recherches, plus approfondies, l'auraient ramené à ses premières ((impressions.» Burgoyne se montra trop injuste à l'égard de la petite poignée de Canadiens qui eurent le courage de le suivre dans son expédition du lac George et se firent massacrer dans l'affaire de Bennington, pour qu'on soit porté à lui accorder le bénéfice des circonstances atténuantes à propos du désastre qu'il subit à Saratoga :
(1) Histoire du Canada, t. III, p. 30.
« C'était, dit Laverdière, un officier d'une ambition et d'une suffisance que ses talents militaires étaient loin de justifier (1). »
Mais citons textuellement le docteur Labrie ; il écrit de Saint-Eustacïie, le 27 avril, à Jacques Viger :
« Mon clier ami, Je te renvoie Allen, avec remerciements. Il faudrait peut-être publier cela, avec un bout de préface, pour montrer que M. Lindsay (2) et ses compatriotes écossais ont exagéré sans droit ni raison le nombre des Canadiens qui ont pris les armes à cette époque contre le gouvernement. Il y en a eu beaucoup moins qu'il n'aurait dû y en avoir, si l'on considère la manière dont ils avaient été traités généralement depuis la conquête.
L'Acte de Québec qui réparait en partie le mal, ne leur était pas, ne pouvait pas leur être encore connu. Il y aurait tout un livre à écrire sur ce sujet.
« J'ai lu et relu la communication de Dominique Mondelet dans la Bibliothèque Cana-
(1) Histoire du Canada, p. 184.
(2) Le Canadian Review publiait à cette époque un journal manuscrit, de M. Lindsay sur 1775, où les Canadiens ne sont guères épargnés. (J. V.)
dienne : c'est excellent. Ça complète les renseignements que peut invoquer l'historien pour donner une idée complète de la jurisprudence suivie à Montréal, (après la conquête). Il ne nous reste plus que Québec et les Trois- Rivières. Continue tes recherches, tu réussiras et tu mériteras une couronne civique. J'ai interrompu mon travail sur cette époque (du régime militaire), je le reprendrai, quand la Bibliothèque nous aura donné toutes les pièces originales qu'il sera possible de se procurer.
« La Minerve de lundi est excellente. Estce bien Morin qui a écrit l'article éditorial? Si c'est lui, on ne peut que bien augurer des travaux d'un jeune homme si avancé à l'âge qu'il a ... »
La dernière lettre de Jacques Labrie est du 25 mai, et datée du Moulin du Crochet, dans la seigneurie de l'Ile Jésus. Il est probable que le docteur y était allé rencontrer quelqu'un de ses amis du séminaire de Québec qui s'y trouvait pour la perception des rentes seigneuriales :
« Mon cher Viger, Je m'occupe actuellement de l'expédition de Burgoyne, et quoique les impressions que j'avais d'abord de ce
général lui fussent défavorables, plus de connaissances de ses opérations et des difficultés qu'il a eu à surmonter, me persuadent que Wellington même ne s'en serait pas mieux tiré. On ne lui avait pas donné de forces, ni de moyens suffisants. J'ai pris occasion de citer M. de Saint-Luc (*) (et la lettre que tu m'en as fournie) au sujet des Canadiens qui combattaient à Bennington. C'est au moins un petit acte de justice qui palliera le mal que M. Burgoyne et d'autres ont dit de nos ancêtres dans cette occasion. Je ne négligerai aucune des occasions de faire la pareille. Puissé-je me procurer tous les renseignements qui pourront me mettre en état de le faire d'une manière complète ... !»
(i) De Lacorne Saint- Luc, beau-père de Jacques Viger, commandait les sauvages dans l'expédition de Burgoyne. — Jacques Viger avait épousé en 1808 Marie- Marguerite, fille de Lacorne Saint- Luc et de Madeleine Boucher de Boucherville, — Marie-Marguerite de Lacorne, lorsqu'elle épousa Jacques Viger, était veuve de Jean Lenuox, écossais de naissance, major dans l'armée anglaise. Les demoiselles Lennox qui demeuraient chez M. Viger étaient ses filles.
Les lettres que nous venons de citer du docteur Labrie nous le montrent à l'œuvre comme homme d'étude ; elles nous font connaître sa manière de travailler, sa passion pour les recherches historiques, son attention à s'assurer de l'exactitude des faits.
Et quels furent les résultats de ses travaux ? Quelle idée pouvons-nous nous faire de son œuvre? Ce n'est pas tout de recueillir des documents : il faut y mettre de l'ordre, du mouvement et de la vie :
« Sur le squelette du document, écrit quelque part M. Doutnic, il faut faire palpiter la chair et courir le sang (*). »
Les extraits que nous avons donnés de son opuscule sur la constitution britannique, de ses lettres, de ses articles du Courrier de Québec, ne nous ont pas paru manquer de vie ni d'intérêt, et semblent justifier la bonne opinion que ses contemporains avaient de lui comme écrivain.
(t) Revue des Deux-Mondes du 15 juillet 1906, p. 450.
Son histoire du Canada a été détruite ; mais iPexiste deux lettres du docteur Labrie sur le Règne militaire, qui devaient évidemment en faire partie.
Labrie et son ami Viger avaient étudié à fond ces premières années du régime anglais : ils jetèrent une vive lumière et fixèrent la vérité sur cette époque.
Quand les lettres du docteur Labrie parurent, ce fut toute une révélation. On avait généralement cru jusque là que durant les trois ou quatre années qui suivirent la conquête du Canada jusqu'au traité de paix de 1763, — ce qu'on est convenu d'appeler le règne militaire, parce que la paix n'étant pas encore conclue, le pays restait* sous l'autorité des hommes de guerre — nos ancêtres avaient été traités rudement, militairement, conduits pour ainsi dire l'épée dans les reins. Il était prouvé, au contraire, que le gouverneur Murray, à Québec, et ses lieutenants, Gage, à Montréal, Burton, aux Trois-Rivières, avaient fait tout en leur pouvoir pour adoucir le joug aux nouveaux sujets anglais. Rien ne fut changé pour
l'usage de la langue et la pratique de la religion ; la justice, dans les causes civiles, continua à se rendre partout selon les lois françaises : les affaires criminelles, seules, étaient jugées en cour martiale. Le règne militaire fut un bienfait, comparé surtout aux dix années de régime despotique qui le suivirent.
Labrie exposait tout cela d'une manière parfaite dans ses deux lettres. Il y rendait justice aux administrations de Murray et de Carleton, comme il avait fait à celle de Prévost dans son opuscule sur la constitution britannique.
Ces lettres sont trop longues pour que nous les reproduisions ici. Qu'il nous suffise de les indiquer au lecteur, qui peut les voir dans les mémoires de la Société historique de Montréal^): elles lui donneront une juste idée de l'histoire du Canada du docteur Labrie.
(i) Mémoires de la Société historique de Montréal \ 5e livraison, pp. 23 et 65.