PREAMBULE
A propos d'une Histoire du Canada du docteur Labrie.— Somme votée par l'assemblée législative pour sa publication. — Coup d'œil sur l'assemblée législative du Bas-Canada en 1831. — Paroles de MM. Papineau, Morin et Mondelet. — Le manuscrit de Labrie périt dans un incendie. — L'œuvre est détruite, mais la mémoire de l'auteur reste.
LE 30 novembre 1831, l'assemblée législative du Bas-Canada, formée en comité général sous la présidence de M. Roch-Charles de Saint-Ours, député de Richelieu, votait une somme considérable pour la publication d'un grand ouvrage en trois ou quatre volumes in-
octavo, consistant en une histoire complète du Canada depuis son établissement jusqu'à la campagne de 1812, la première histoire de notre pays depuis celle de Charlevoix, et couvrant près d'un siècle de plus que cette dernière.
On lit en effet dans les Journaux de la C hambre :
« Résolu qu'il est expédient de faciliter la publication de V Histoire du Canada composée par feu Jacques Labrie, écuyer, en autorisant l'achat, au nom de la province, de tel nombre de copies dont le montant, ou prix de vente d'icelles, sera le plus près et n'excédera pas la somme de cinq cents louis courants. »
Jetons un coup d'œil sur l'assemblée législative qui vient de passer une résolution à la fois si généreuse et si patriotique. Elle siège dans la chapelle de l'ancien palais épiscopal de Mgr de Saint- Vallier, qui occupe le premier échelon du promontoire de Québec. Cette chapelle et ce palais servent d'édifices parlementaires depuis l'établissement de la Constitution de 1791, et ont été convenablement
aménagés pour cet objet : cela s'est fait, du reste, avec l'agrément de l'évêque, qui a volontiers loué sa propriété au gouvernement, dès 1778, (cpour le Secrétariat de la Province et autres offices publics (x))), et est allé se retirer modestement dans le vieux séminaire de Mgr de Laval (2).
Etrange destinée des choses ! Ces constructions élevées à grands frais par Mgr de ' Saint- Vallier, un peu en opposition aux vues de son prédécesseur, disparaîtront bientôt pour
fi) Mandements des Evêques de Québec, t. ni, p. 82
(2) Mgr Hubert écrivait en 179.1 :
uDepuis 1766, les évêques ont demeuré ordinairement au séminaire de Québ -c, m i\< mènent une vie simple et frugale, mangeant à une même table avec les directeurs, et dans un même réfectoire avec les jeunes cUrc^ qu'on y élève » \Ibid., t. ir, p. 4771
11 y ftvait, à cette époque, une petite rue qui passait devant l'évêché actuel, et conduisait à la porte du séminaire qui existe encore lu côte de l'évêché. Rn entrant an séminaire, à gau< h -, i y avait an par oir : de là lr nom de «rue du Parioir. » \ droite étaient les appar tements de l'évê me. Le secrétaire avait son bureau et les ir mives dans la vi -il. n uson qui existe encore entre le séminaire et l'é êch ;.
Me >as confondre la <r 1 • l 1 Parloir)) dont nous venons <\ - parler, avec celle qu s ibsiste aujourd'hui près des Urs dues.
faire place à de véritables édifices parlementaires, lesquels disparaîtront eux-mêmes à leur tour ; et il ne restera plus rien à cet endroit pour rappeler le souvenir du deuxième évêque de Québec. Etiam periere ruinœ . . . L'on ne songera pas même à donner son nom au parc qui y sera établi : ce parc s'appellera le jardin Montmorency-Laval.
L'assemblée législative de 1831 compte quatre-vingt-quatre députés, la plupart Canadiens français. Ils n'étaient que cinquante l'année précédente, et les divisions électorales que représentaient ces cinquante députés portaient presque toutes des noms anglais : Bedford, Buckingham, Cornwallis, Devon, Effingham, Hampshire, Hertford, Kent, Leinster, etc. On avait découpé le Bas-Canada en pays conquis, on y avait semé comme à plaisir une quantité de noms anglais, avec l'intention évidente d'anglifier le peuple canadien. L'on n'avait pas compté avec la résistance passive et latente, mais forte, de nos ancêtres. Tous ces noms anglais, qui ne disaient rien à l'âme canadienne, ont disparu comme par enchantement pour
faire place à des noms bien français : Rouville, Nicolet, Lotbinière, Portneuf, Beauhartiois, Bellechasse, Chambly, Montmorency, Richelieu, etc. Première victoire patriotique, qui sera suivie de bien d'autres.
C'est Papineau (*) qui est le grand excitateur du patriotisme canadien. Entré en chambre en 1808, à l'âge de 22 ans, président de l'assemblée depuis 18 15, il est, pour ainsi dire, le chef-né, reconnu comme tel, des Canadiens français :
ce Son éloquence, dit De Celles, lui a conquis la province de Québec, du sommet de la société aux rangs les moins élevés du peuple. Des hommes de l'importance de MM. de Saint- Ours, Debartzch, Cuthbert, de même que tous ses amis et le clergé se montrent empressés à prendre le mot d'ordre de Papineau et à accepter sa direction (2). »
Sa mission est d'enseigner à ses compatriotes à se servir de la Constitution de 1791 pour
(1) Louis-Joseph, né en 1786, décédé en 1871 : fils de Joseph Papineau et de Marie -Rosalie Cherrier.
(2) Papineau, p. 43.
revendiquer leurs droits politiques. Accoutumés à l'obéissance passive sous le régime français, ils ne se souciaient guère du self government, dont ils n'avaient jamais joui. Après les jours relativement heureux du Règne militaire, ils s'étaient vus privés, durant dix ans, de leurs lois françaises, et traités en parias dans leur propre patrie. Mais l'Acte de Québec de 1774 leur ayant rendu leurs bonnes vieilles lois, et assuré la jouissance tranquille de leurs propriétés, la conservation de leur langue et de leur religion, ils se trouvaient heureux sous ce régime facile et semblaient dire comme le berger de Virgile à qui on avait rendu son troupeau et le petit champ qu'on lui avait d'abord volés :
« O Metibœe, Deus nobis hœc otiafecit . . . Ille meas errare boves, ut cernis, et ipsum Ludere quœ vellem calamo permisit agresti. »
Le croirait-on ? La première fois qu'il fut question d'octroyer aux Canadiens la Constitution qui leur fut donnée en 1791, et les faisait prendre part aux affaires publiques, ils
protestèrent contre le projet, «qui s'offrait à leurs yeux avec toutes les terreurs de l'inconnu (x). » Ils furent assez longtemps sans savoir se servir de l'instrument qui leur avait été mis en mains.
Papineau apparaît alors sur la scène : et commencent ces luttes mémorables de nos pères sur le droit exclusif des représentants, du peuple de voter les subsides et de créer les impôts : luttes qui furent quelquefois poussées à outrance, mais finirent par nous assurer le gouvernement responsable : luttes auxquelles notre éminent gouverneur général, Lord Grey, rendait hommage, naguère, dans une circonstance solennelle (2), en les assimilant à celles que les Anglais soutinrent contre les Boers en Afrique :
« Nous avons combattu pour les principes, dit-il, nous avons combattu pour assurer des droits égaux à l'Anglais et au Boer ; nous avons combattu pour délivrer le Sud- Africain
(i) Papineau, p. 32.
(2) L'inauguration du monument de la place l'Esplanade, à Québec, le 18 août T905.
britannique de la domination insupportable d'une oligarchie égoïste et corrompue ; nous avons combattu pour les principes de Papineau en opposition à ceux du Family Compact (x). »
« La carrière de Papineau, dit De Celles, se divise en deux parties bien différemment remplies, et dont les erreurs de l'une ne doivent pas faire oublier les mérites de l'autre. Quel homme que le Papineau de 1820! Il incarne à ce moment toutes les revendications des Canadiens, alors que leur existence nationale court un grand danger. C'est bien la voix de la patrie qui éclate dans ses harangues, dénonciations emportées des complots tramés contre les libertés de ses concitoyens. De 1820 à 1835, on ne voit pas de plus belle figure dans notre histoire. Son existence, pleine de gloire, mais d'une gloire payée de sacrifices constants, est immolée à la plus noble des causes, qu'il soutient sans fléchir,
(1 ) « We fought for principles, we fought to secure equal rights between the Briton and the Boer; we fought to rescue British South Africa from the insupportable domination of a corrupt and exclusive oligarchy ; we fought for the principles of Papineau as opposed to those of the Family Compact. » (Cité dans le Soleil du 19 août I905).
bien que le triomphe final soit incertain (x) . »
Et quel beau groupe de députés autour de ce grand patriote ! Les Taschereau, les Viger, les Archambault, (les Morin, les Quesnel, les Dorioa les Lagueux, les Cuvillier, les Mondelet, les Bourdages, les L,afontaine, les Neilson, pour ne citer que ceux qui sont le plus en vue. Quel souffle énergique de patriotisme dans cette noble assemblée !
Nous avons dit qu'ils étaient quatre-vingtquatre dans l'automne de 1831. Il vient pourtant de se faire un vide parmi eux ; il y a un de ces députés qui manque à l'appel : l'auteur même de cette grande histoire du Canada, pour laquelle on vient de voter une somme considérable.
Jacques Labrie venait de mourir prématurément, « à peine parvenu au midi de la vie, victime de son zèle pour l'éducation populaire. »
A la dernière session, au printemps de la même année, il était à son siège, et prenait
(1) Papineau, p. 195.
IO
part aux luttes homériques de l'époque pour la revendication de nos libertés politiques. La session terminée, il n'avait cherché de repos que dans le travail, et avait « contracté, dit le docteur Meilleur, une maladie mortelle causée par des misères et la fatigue extrême qu'il avait eues en visitant, dans l'automne de 1831, les écoles du comté qu'il représentait dans le Bas-Canada (1). »
Sa mort excitait des regrets universels : le docteur Labrie, député des Deux-Montagnes (2),
(1) Mémorial de V Education du Bas-Canada, Montréal, 1860, p. 194.
(2) Ce comté fut formé en 1829 d'une partie du comté d'York. — Le nom de ce comté vient des deux montagnes qui forment l'arrière-plan de l 'établissement d'Oka. Voici ce que nous écrivions à ce sujet dans notre étude sur L^abbé Picquet, publiée dans les Mémoires de la Société Royale de 1894 :
« Ceux qui ont visité le lac des Deux-Montagnes n'ont pu s'empêcher d'admirer cet endroit enchanteur, cette belle nappe d'eau, sillonnée par les bateaux qui descendent ou remontent l'Ottawa, ce superbe établissement d'Oka, gracieusement assis au pied de collines verdoyantes, et derrière ces collines les deux montagnes, bien garnies de bois sains et touffus, qui ont donné leur nom au lac et à toute la contrée avoisinante : sur le sommet d'une de ces montagnes se dessine un petit
avait gagné l'estime de tout le monde par sa grande bienveillance, par la franchise et l'aménité de ses manières, par son dévouement à toutes les nobles causes :
a L'humanité, disait un de ses confrères, déplore la perte d'un zélé défenseur, notre profession, un de ses plus riches ornements, et la patrie, un de ses meilleurs citoyens (1). »
Tout ce qu'il y avait de plus distingué dans
groupe d'ermitages, dont l'éclatante blancheur rayonne sur la sombre verdure de la forêt ; le touriste, en les apercevant de loin, se rappelle involontairement le célèbre pèlerinage de la M adonna del Sasso, à la tête du lac Majeur : ce sont les chapelles du Calvaire, qui doivent leur existence à M. Picquet; témoins vivants de sa foi, de sa religion, de sa piété, elles perpétuent le souvenir de son nom et proclament bien haut son zèle éclairé pour la civilisation des sauvages. »
(i) Eloge du Dr Jacques Labrie, par le Dr Xavier Tessier, président de la Société de Médecine de Québec, à un dîner de la Société donné à l'Hôtel Albion, Québec, le 9 janvier 1832, cinquième anniversaire de la fondation de la dite Société. Etaient:présents à ce dîner : MM Tessier, président, J.-B. Blanchet, vice-président, Frémont, secrétaire, Z. Nault, bibliothécaire, Painchaud, Couillard, De Sales Laterrière, Bourdages, Perreault, Noël, Taché, Drolet. {Le Canadien, 9 janvier 1832).
Trois de ces médecins, MM. Blanchet, Frémont et Nault, comptent parmi les professeurs de la faculté de médecine de l'Université Laval, à sa fondation.
la chambre, à cette époque, MM. Papineau, Neilson, Morin, Mondelet, Quesnel, Demers et plusieurs autres rendirent hommage à son caractère élevé, à ses talents, à ses vastes connaissances, à l'attachement inébranlable qu'il professait pour son pays. Il n'y eut qu'une voix pour proclamer le mérite et la valeur de l'œuvre colossale qu'il avait entreprise et menée à bonne fin, mais qu'il n'avait pas eu le temps de publier :
K Cette Histoire du Canada, dit M. Papineau (x), je l'ai vu naître sous mes yeux; j'ai suivi l'auteur d'un œil attentif, et j'ai été à même de juger, de chérir et d'admirer son ouvrage. Sorti des rangs inférieurs de la société, sans fortune, sans secours, le docteur Labrie s'est élevé à une position des plus utiles et des plus honorables. Il n'a reculé devant aucun travail, aucun sacrifice, aucune privation même, pour amasser les matériaux nécessaires à la création de son œuvre. Il ne laisse pour toute fortune à sa famille qu'un nom sans tache et le souvenir d'une vie pleine de
(i) Le Canadien, 3 décembre 1831.
mérites : à son pays, il lègue une œuvre immortelle, une histoire complète du Canada. Acceptons avec reconnaissance cet héritage, et faisons-en profiter non seulement notre génération, mais toutes les générations futures. »
La requête sollicitant de l'aide pour la publication de cette histoire du Canada avait été présentée à la chambre, avec l'agrément du gouverneur général, lord Aylmer, par M. Augustin-Norbert Morin, le jeune député du comté de Bellechasse (*), l'ami personnel du docteur Labrie. On sait avec quelle conscience M. Morin pesait toujours ses paroles :
« Je connais, dit-il, le manuscrit de Y Histoire du Canada de feu Jacques Labrie, ayant eu occasion de l'examiner à plusieurs reprises, et d'en conférer avec l'auteur depuis plusieurs années, et particulièrement peu de temps avant sa mort. Je sais que M. Labrie, qui y a travaillé surtout depuis 1825, s>est procuré et a consulté, outre un grand nombre de manuscrits originaux, presque tous les écrivains français
(1) Formé en 1829 du comté de Hertford. —Voir dans l'appendice la liste des députés de Bellechasse depuis 1791 jusqu'à nos jours.
et anglais qui se sont occupés de l'histoire de cette partie du globe, depuis l'époque de sa découverte. Je regarde son histoire comme exacte et impartiale. Outre la suite des événements généraux, divisée par époques, une partie spéciale de ce grand travail, divisée de la même manière, est consacrée à l'agriculture, au commerce, aux institutions civiles et religieuses de chaque époque. L'auteur en était rendu à la fin de la dernière guerre avec les Etats-Unis d'Amérique, lorsque la mort l'a enlevé à ses amis et à son pays. J'estime que l'ouvrage pourra former de trois à quatre volumes de format octavo . . . (x))>
La chambre avait, les années précédentes, encouragé généreusement la publication de l'ouvrage topographique de Joseph Bouchette, imprimé à Londres en 1815 :
« L'histoire, dit M. Mondelet, est bien aussi importante que la topographie : celle-ci fait connaître la situation, l'étendue, les produits des terres ; l'histoire ouvre le domaine des
(1) Minutes des témoignages pris devant le comité spécial auquel a été renvoyée la pétition de Marie- Marguerite Gagnier, veuve Ivabrie. {Journaux de la Chambre d' Assemblée du Bas-Canada).
expériences humaines ; elle montre ce qu'il y a de grand et de beau, pour l'imiter, ce qu'il y a de vicieux et de criminel, pour le fuir. L'histoire joue, dans l'éducation, un bien plus grand rôle qu'on ne pense, et surtout l'histoire de la patrie. Mais cette histoire est encore trop peu connue ; elle devrait l'être généralement. »
Le crédit demandé pour la publication de VHistoire du Canada du docteur Labrie, comme nous l'avons raconté plus haut, fut voté par la chambre. M. Morin se chargeait, à titre gracieux, de surveiller cette publication, à laquelle il portait un intérêt tout particulier.
L'année -sui vante, cependant, le conseil législatif, qui ne paraissait exister que pour contrecarrer l'opinion des députés du peuple, modifia les résolutions de la chambre d'assemblée. La somme qui avait été votée pour encourager la publication de V Histoire du Canada fut accordée à la Société littéraire et historique de Québec, afin de lui permettre d'acheter des héritiers du docteur Labrie, « pour l'avantage du public et pour l'encou-
ragement des connaissances et des recherches historiques, » tous les manuscrits, notes et documents qu'il avait laissés à sa mort. Ces manuscrits, une fois acquis, devaient rester sous la garde de la dite Société, et devenaient sa propriété (1).
Qu'arriva-t-il ensuite ? La Société littéraire et historique de Québec fit-elle des démarches pour se procurer les manuscrits du docteur Labrie? Ces démarches furent-elles infructueuses ? Les héritiers du docteur Labrie refusèrent-ils, avec une fierté bien légitime, de se dénantir d'une propriété qui faisait leur gloire et leur orgueil ?
Ce qui est certain, c'est que, six ans plus tard, le manuscrit de V Histoire du Canada du docteur Labrie était à Saint-Benoît, sous la garde de M. Girouard, cet autre ami de l'éducation, qui avait succédé au docteur Labrie comme député des Deux-Montagnes, et qu'il devint la proie des flammes lors du sac et de
(i) Journaux du Conseil législatif du Bas-Canada, 14 février 1832.
l'incendie de Saint-Benoît en 1838 (1). Habent sua fata libelli.
Pour nous faire quelque idée de ce malheur, snpposons qu'au moment où notre grand historien, M. Garneau, commençait à publier son immortel ouvrage, il nous ait été enlevé par une mort prématurée, et que son manuscrit lui-même, ses notes, ses documents aient été complètement détruits par le feu ou quelque autre accident : quel désastre ! quelle perte nationale !
Certes, nous n'avons rien qui nous autorise à mettre sur le même pied cette œuvre magistrale, qui a reçu la sanction du public et de la renommée, cette œuvre si remarquable à tous les points de vue, même au point de vue littéraire et philosophique, et l'autre, qui, nécessairement, n'a pu être connue et appréciée que d'un petit nombre d'amis.
Pourtant, les éloges donnés au docteur Ivabrie par ses contemporains s'imposent à
(1) Le Panthéon Canadien de M. Bibaud, p. 140. — Mêmo^ rial de V Education , p. 194.
notre attention: même en faisant la part de l'hyperbole, celle de la vérité reste encore assez large. On l'a appelé le Tite-Live du Canada ; on a parlé de sa réputation littéraire, de ses talents de premier ordre, et même — ce qui paraîtra évidemment excessif — de la profondeur de son génie. « La postérité, qui recueillera le fruit de ses travaux, a dit son panégyriste, lui assignera son rang parmi les écrivains bienfaiteurs de Phumanité. » L'auteur exposait, particulièrement, avec beaucoup de tact, les faits qui suivirent la cession du Canada à l'Angleterre, ce que l'on a appelé d'une manière un peu équivoque le Règne militaire, et les différentes phases qu'il nous fallut traverser avant d'arriver à une forme quelconque de gouvernement constitutionnel. En histoire, les opinions sages, modérées, dégageant bien la vérité des nuages de la passion, ont beaucoup de valeur. Les jugements du docteur Labrie sur les hommes de son temps et du demi-siècle précédent seraient aujourd'hui très précieux pour nous.
Quoi qu'il en soit, il ne peut plus être
question de cette Histoire du Canada : elle n'existe plus ; elle a été détruite. Mais l'auteur, mais l'historien, mais le citoyen reste : à savoir, l'exemple de ses vertus, de son zèle, de sa persévérance dans le travail, de son dévouement à son pays, en un mot, ce que Tacite appelle quelque part forma mentis œterna, et qu'il propose à notre imitation, quam tenere et exprimere tuis ipse moribus possis (1).
Il nous a paru digne de faire revivre la mémoire du docteur L,abrie, de cet historien aujourd'hui un peu oublié, de ce bon citoyen qui consacra toute sa vie au bien de ses compatriotes, et spécialement à la noble cause de l'éducation. Notre âge ne doit pas mériter le reproche que faisait aux hommes de son temps l'auteur que nous venons de citer, d'être peu curieux de leurs gloires : œtas incuriosa suorum.
(i) Vita Agricoles.