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CHAPITRE VII

JACQUES I,ABRIE, MEDECIN

A Edimbourg. — Description de cette ville et des environs ; l'Université. — A Saint-Eustaehe. — Le docteur Labrieet l'abbé Paitjchaud.

FNans son numéro du 27 août 1808, le Cour- *"^ rier de Québec annonçait le retour au Canada de son fondateur Jacques I^abrie. Il avait été absent, en tout, une année.

Nous nous sommes souvent demandé à qui il pouvait être redevable de cette année d'études à Edimbourg, et des frais considérables que le voyage et le séjour à l'étranger avaient dû lui coûter. Sa famille • n'avait certainement pu lui venir en aide d'aucune manière. L,e fonds, peu considérable d'ailleurs, légué par le curé Sarault à ses paroissiens, était destiné à l'éducation secondaire— ou « moyenne », comme on

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l'appelait alors — nullement à l'enseignement professionnel.

Il est probable que c'est le docteur Blanchet lui-même qui, à la vue des talents et de l'application au travail de son élève, n'avait pas hésité à l'envoyer en Europe pour mettre le dernier sceau à son éducation. Il était riche et généreux : quel plus bel emploi pouvait-il faire de sa fortune que de léguer à son pays un citoyen capable de lui faire honneur ?

Il n'eut pas à regretter les sacrifices pécuniaires qu'il avait faits. Le jeune Labrie avait si bien profité de son temps, qu'il revenait d'Ecosse avec tout le prestige d'un lauréat d'une grande université, et membre de la Royal Physical Society d'Edimbourg.

On aimerait à connaître ses impressions de voyage ; mais il ne paraît les avoir confiées à aucun journal. Avait-il passé par la France, et visité Paris? Nous n'avons pu nous en assurer.

Il ne manquait pas de jeunes Canadiens qui dès cette époque faisaient leur tour d'Europe et allaient à Paris. Mais il y en avait peu qui

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se rendaient en Ecosse. Labrie dut être un des premiers.

Encore aujourd'hui, qui sont ceux qui, allant en Europe, tiennent à passer par l'Ecosse, à visiter Edimbourg ? Et pourtant l'Ecosse est un des plus beaux pays du monde, Edimbourg, une des plus belles cités de l'Europe, une des mieux situées, une des plus richement et artistement bâties. On lui a donné le nom ô? Athènes moder7te, non seulement à cause de ses grandes institutions scientifiques et littéraires, mais à cause de l'architecture grecque de ses édifices publics, tous ornés de magnifiques colonnades ioniques ou corinthiennes, qui rappellent les monuments d'Athènes.

Elle est bâtie sur trois ondulations de terrain. Le vieil Edimbourg est au milieu : c'est là qu'est le Château, ou la Citadelle, et la fameuse High Street, si intéressante par ses vieux souvenirs. Edimbourg s'est développée de chaque côté, sur les deux autres ondulations de terrain.

A l'époque du voyage de Labrie, il n'y avait guère encore que le vieil Edimbourg. Ah !

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que le jeune Canadien dut être agréablement surpris à la vue du Château, bâti sur un rocher très abrupte d'un côté, qui lui rappelait d'une manière si frappante celui de Québec et sa citadelle ! Il le visita, sans cloute, avec un vif intérêt, s'arrêtant tout spécialement dans la petite chapelle de sainte Marguerite d'Ecosse, si pieuse et si bien conservée, puis admirant, dans un palais voisin, les Regalia, souvenirs précieux des anciens rois de ce noble pays, qui a uni son sort à celui de l'Angleterre, mais n'a jamais été conquis.

Et tout autour d'Edimbourg, que d'agréables promenades pour le jeune étudiant, dans ses heures de loisir : l'incomparable palais de Holyrood, avec ses appartements remplis des souvenirs de Marie Stuart, et les ruines imposantes de la chapelle gothique de l'ancienne abbaye; en arrière, la colline renommée du roi Arthur, d'où l'œil embrasse de merveilleux horizons ; du côté opposé, la colline de Calton, sur laquelle s'élèvent aujourd'hui le monument National et la colonne Nelson ; Leith, le port de mer d'Edimbourg ; puis à quelques lieues

de la ville, la chapelle de Roslin, ce bijou d'architecture, immortalisé par les poètes ! Il n'y a pas de cités dont les environs soient aussi charmants.

L'université d'Edimbourg où le jeune Labrie alla terminer ses études médicales, remonte à 1582 ; c'est cette année-là qu'elle reçut sa charte du roi Jacques VI. La grande réputation dont elle jouit dans le monde entier comme école de médecine, elle la doit tout spécialement aux trois célèbres docteurs Monro, qui, de père en fils, à partir de 1720, illustrèrent sa chaire d'anatomie. C'est le troisième docteur Monro qui occupait cette chaire du temps de Labrie : notre jeune canadien était l'un des six ou sept cents élèves du Maître.

L'édifice universitaire était tout récent : il avait été commencé en 1789. Sa façade est très belle, vraiment monumentale : malheureusement elle donne sur une rue presque aussi étroite que celle de notre université Laval, ce qui en gâte l'aspect.

Nous avons eu nous-même le plaisir de visiter cette université, il y a juste vingt ans,

et voici quelques lignes que nous écrivions à cette occasion dans notre journal, à la date du 26 octobre 1883 :

<( J'ai visité aujourd'hui la fameuse université d'Edimbourg : immense construction quadrangulaire, avec une vaste cour au milieu, entourée de portiques : édifice solide, imposant, d'apparence grave et monumentale, mais sans prétention à la parure : les Ecossais visent plus au fond qu'à la forme. Il y a là au moins trois mille étudiants, dans les différentes facultés. On y vient de tous les pays du monde, des Indes, de la Chine, du Japon. J'ai vu un grand nombre de ces jeunes étudiants, tous bien mis, affables, bien élevés. On leur laisse beaucoup de liberté : ce sont même ces étudiants qui élisent le recteur de l'université. L'élection doit avoir lieu ces jours-ci : il y a trois candidats sur les rangs : Sir Northcote, conservateur, et M. Trevelyan, libéral, puis un troisième, qui est en dehors de la politique, M. Blackie. Les étudiants font entre eux beaucoup de cabale, et l'on ne sait encore qui sera élu. M. Gladstone, député de Midlothian, le comté où est Edimbourg, a été longtemps recteur de l'université. J'ai visité la biblio-

thèque, les appartements du recteur3 les principales salles : tout cela est splendide.

« Ce qui m'a agréablement frappé, surtout, dans la visite de cette noble institution, c'est que les inscriptions, les avis, les comptes rendus, tout est en latin : ce qui m'a fait croire que cette belle langue, soi-disant morte, est encore bien vivante. »

De retour d'Edimbourg au Canada, Jacques Labrie alla s'établir à Montréal, « dans la maison de M. Cardinal, 131, rue Saint-Paul. » Mais le séjour de la ville ne convenait guère à sa santé délicate. Quelques mois après, il quittait Montréal pour aller se fixer définitivement à Saint-Eustache, où son confrère de classe, M. Lajus, venait d'être nommé vicaire.

Nous n'avons aucune compétence pour apprécier le docteur Labrie comme médecin.

Qu'il nous suffise de dire qu'il jouissait à un haut degré de l'estime de tous ses confrères de la faculté. Les études sérieuses qu'il avait faites à Québec et à Edimbourg lui donnaient beaucoup de prestige et d'autorité dans l'exercice de sa profession. Le président de la Société

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de médecine de Québec fit son éloge en termes flatteurs au banquet annuel de cette société, au commencement de 1832.

On conserve dans les archives du collège de Sainte-Anne de la Pocatière un document qui prouve la considération dont jouissait le docteur Labrie comme médecin et l'importance que l'on attachait à son opinion. C'est une consultation adressée au vénéré fondateur de cette maison, en réponse à quelques questions que celui-ci lui avait soumises au sujet de la fameuse pratique de l'embryotomie, aujourd'hui formellement condamnée par l'Eglise. A cette époque, elle ne l'était pas encore ; mais elle préoccupait avec raison tous les bons esprits. Iy'évêque de Québec avait chargé M. Painchaud de consulter sur ce sujet les hommes les plus éminents de la faculté, au Canada. L,abrie fut consulté un des premiers, le 17 octobre 1827 ; îl répondit le 10 novembre.

Ayant étudié à Edimbourg, on comprend que son opinion était favorable à l'embryotomie ; il l'expose avec beaucoup de franchise, de conviction et de clarté. On connaît d'ail-

leurs suffisamment ses sentiments religieux pour affirmer qu'il n'aurait pas hésité un instant à se soumettre aux décisions de l'Eglise si elle se fût formellement prononcée dès lors contre la pratique en question.

Du reste, la consultation est longue et toute technique : qu'il nous suffise de citer les quelques lignes de la fin :

((Je termine ici, monsieur, la réponse aux questions que vous m'avez envoyées. J'ose me flatter que si elle ne rencontre pas votre approbation, elle obtiendra du moins votre indulgence, et que tout en condamnant la doctrine, vous ferez à l'auteur la justice de croire qu'il a fait de son mieux pour répondre à vos vues. Au reste, je suis loin de regarder mcn travail comme parfait; il s'en faut de beaucoup que j'aie traité la question avec la clarté, la précision et les connaissances nécessaires à un sujet si vaste et si délicat ; mais au moins j'ai esquissé ce qu'il y avait de plus concluant pour l'objet que vous avez en vue. Je me réjouis d'ailleurs de ce que l'évêque vous ait chargé de cette besogne ; il ne pouvait faire un meilleur choix ; et tous ceux qui vous

connaissent conviendront avec moi que personne ne pourrait mieux que vous rendre justice à la question. . . »

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