Mémorial de l Éducation, p
tation littéraire, de ses talents de premier ordre, de la profondeur de son génie. ‘La postérité, qui recueillera le fruit de ses travaux, a dit son panégyriste, lui assignera son rang parmi les écrivains bienfaiteurs de l'humanité.” Il paraît que l’auteur exposait, particulièrement, avec beaucoup de tact, les faits qui suivirent la cession du Canada à l'Angleterre, et les différentes phases qu’il nous fallut traverser:
avant d'arriver à une forme quelconquè de gouvernement constitutionnel. En histoire, les opinions sages, modérées, dégageant bien la vérité des nuages de la passion, ont beaucoup de valeur. Les jugements du Dr Labrie sur les hommes de son temps et du demi-siècle précédent seraient aujourd’hui très précieux pour nous.
Quoi qu’il en soit, il ne peut plus être question de cette Histoire du Canada : elle n'existe plus ; elle à été détruite. Mais l’auteur, mais l'historien, maïs le citoyen reste : je veux dire l'exemple de ses vertus, de son zèle, de sa persévérance dans le travail, de son dévouement à son pays, en un
mot, ce que Tacite appelle quelque part Jorma mentis æterna, et qu’il propose à notre imitation, quam tenere et exprimere tuis ipse moribus possis. (1)
Il m’a paru digne de faire revivre la mémoire du Dr Labrie, de cet historien aujourd’hui un peu oublié, de ce bon citoyen qui consacra toute sa vie au bien de ses compatriotes, et spécialement à la noble cause de l’éducation. Notre âge ne doit pas mériter le reproche que faisait aux hommes de son temps l’auteur que je viens de citer, d’être peu curieux de leurs gloires : ætas incuriosa suorum.
Jacques Labrie n’avait pas d'autre blason que celui de son mérite et de ses vertus. C'était un fils du peuple, dans toute l’acception du mot.
Sa familie était originaire de Saintes; et il y avait juste un siècle que son ancé-
(1) Via Agricolæ.
tre (1) était venu se fixer au Canada, lorsqu'il naquit à Saïnt-Charles de Bellechasse (2) le 4 janvier 1784.
Là maison où il vint au monde existait encore il y a quelques années: je l’ai vue bien des fois, car c'était la demeure de mon grand'père maternel, dont Jacques Labrie était le frère aîné: maison de ferme ordinaire, n'ayant rien, à l'extérieur, qui la distinguât des autres habitations du voisinage. A l'intérieur, seulement, le portrait du docteur, suspendu à la muraille, dans la grande-chambre, et précieusement conservé comme une relique de
(1) Pierre Nau dit Labrie, soldat, fils de Jean Labrie, marchand, et de Marie Martin, de #aintes. Il épousa à Québec, le 26 juillet 1692, Marie-Thérèse Garant. (Dictionnaire généalogique de Tanguay.)
(2) ‘‘ Le quatre janvier mil sept cent quatrevingt-quatre, par nous soussigné, prêtre, vicaire de Saïint-Charles, a été baptisé Zacques, né de ce jour, fils de Jacques Naud dit Labry et de Marie-Louise Brousseau, son épouse. Parrain, Jacques Naud dit Labry, grand’ père ; marraine, Marie-Louise Dalère, illétrés. (Signé) J. J. Roy, Ptre. ‘’ (Archives de Saint-Uharles.)
famille, faisait l'effet d’un beau rayon de soleil de printemps sur quelque paysage déshérité de la nature. Je n’oublierai Jamais l’impression que produisit sur moi, lorsque je la vis pour la première fois, cette figure distinguée, aux traits fins ét délicats, à l’œil vif et intelligent, au sourire bienveillant sur les lèvres.
Comment le jeune homme avait-il pu réussir à sortir de l’humble condition où sa, naissance l'avait placée, pour s'élever au rang supérieur qu’il occupa dans la société canadienne ? Son histoire est intéressante, sans doute, maïs n’a rien d’extraordinaire pour nous: c’est l’histoire d’un si grand nombre de nos hommes marquants d'autrefois |
Il y avait à Saint-Charles uu curé dévoué, qui dépensait largement en bonnes œuvrés la fortune dont il avait hérité de sa famille, Le nom de Louis-Pascal Sarault (1) est encore vivant dans ma
(1) Premier curé de Saint-Charles, où il fut nommé en 1740 et mourut le 18 octobre 1794.
I éut pour successeur son neveu, M. Jean- Joseph Roy.
paro’sse natale. C’était un prêtre modèle,
auxiliaire zélé et l’ami de son évêque.
Lorsque Mgr Briand mourut, il fit chanter à ses frais pour le vénéré défunt un service solennel dans les trois communautés de Québec, les Ursulines, l'Hôtel- Dieu et l'Hôpital général. (1)
Son attachement à ses paroissiens, son zèle pour leur éducation et leur instruction étaient sans bornes. ‘“ Il légua par son testament au séminaire de Québec diverses sommes qui fournissent la pension de deux élèves, choisis dans.la famille du testateur, ou, à leur défaut, parmi les jeunes gens de la paroisse de Saint-Charles. ” (2) Que de prêtres et de citoyens remarquables doivent leur éducation à M. Sarault !
C’est lui qui distingua, entre tant d’autres, le jeune Labrie, et recommanda à son neveu, qui lui succéda comme curé, de le placer au séminaire de Québec. ‘“ Ses premiers pas vers l’éducation furent le fruit
(1) Les Ursulines de Québec, t. III, p. 271.
(2) Catalogue des élèves du séminaire de Québec, 1848, p. 15.
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r d . des contributions, soit la plupart du temps p P d
du vénérable pasteur du lieu dont tant d’autres citoyens utiles ont partagé les bienfaits.” (1)
Uu curé qui appréciait ainsi l’instruc-
tion ne pouvait laisser sa paroisse dans
l'ignorance. J'ai consulté les anciens de Saint-Charles, et tous m'ont affirmé qu’à aucune époque, même dans les jours les < plus sombres de notre histoire, la paroisse
n’a manqué d'écoles, soit rétribuées par
gratuites. (2) Lorsque Jacques Labrie entra: | au séminaire, vers 1776, il devait savoir lire et écrire. J’ai vu dans son acte de mariage, (3) à Saint-Eustache, la signature nette et ferme de son frère cadet, Joseph Labrie: c’est évidemment dans quelque école de Saint-Charles que le jeune hom- 15 a me avait appris à signer son nom.
(1) Eloge, par le Dr Tessier, | (2) M. Garneau dit qu'après l'établissement | de la constitution de 1791, ‘‘on vit des instituteurs offrir leurs services pour instruire les #5 enfants du peuple gratuitement, ”” (Histoire du BR Canada; t. III, p. 77.) | (3) 12 juin 1809.
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Dans un document officiel, Mgr Hubert, neuvième évèque de Québec, écrivait en 1789 : “On trouve facilement dars chaque paroisse entre vingt-quatre ou trente personnes capables de lire et d’écrire. ” Puis, répondant à un certain écrivain qui avait prétendu ‘“ que le clergé de cette province s’efforçait de tenir le peuple dans lignorance, pour le dominer : ” ‘“ Je ne sais, disait-1l, (1) sur quoi il a pu fonder cette proposition téméraire ; elle est démentie par les soins que le clergé a toujours pris
| de procurer au veuple l'instruction dont
il est susceptible. ” (2)
(1) Lettre de Mgr Hubert en réponse au président du comité nommé pour l’exécution d’une
| université mixte en Canada, 18 novembre 1789. E (Mandements des évêques de Québec, t. IE, p. 385.)
(2) ‘ Par tout le pays, il a été établi un grand
M nombre d'écoles, par l'influence du dernier et du présent évêque (Mgr Plessis et Mgr Panet), Bainsi que par les curés des différentes paroisses.
Ces faits prouvent mieux que ne feraient des volumes, que le clergé catholique n’est point oppo-
sé à l'éducation.” (Le Quebec Star, cité dans la Bibliothèque canadienne, t. VI, p. 102, No de