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DR EREISME 20 PRE HART à
N'oublions pas que cela s’écrivait en 1789, et comparons la situation du Bas- Canada, au point de vue de l'instruction primaire, d’après le témoin autorisé que je viens de citer, avec celle de la France, à le même époque, c’est-à-dire, à la veille de la Révolution, d’après un autre témoignage non moins autorisé, celui de M.
Taine :
En des milliers de petits villages écartés et pauvres, dit-il, le curé ou le vicaire était le seul homme qui sût couramment écrire et lire. Dans nombre de communes plus grosses, mais rurales, sauf le sei-| gneur résident, et quelque homme de loi
ou praticien d'éducation bâtarde, nul autre que lui n’était lettré. ” (1) | Ne craignons donc pas d'affirmer qu’au
point de vue de l'instruction, le Canada]
février 1828.)—‘* Mgr Signay, dit le Dr Meilleur} a dépensé au-dessus de £5000 de ses propres fonds pour établir des écoles primaires à Quék bec, sa ville natale et métropolitaine. ”” (Mémo rial de l'Éducation, p. 178.) ; (1) Les Origines de la France contemporaine : la Révolution, t. III, p. 414.
a ait en 1 Basauction sé que France, a veille , témoi-
mr emmmdieenne :
français n'a pas été, même dans les jours sombres qui suivirent la conquête, (1) dans une situation inférieure à celle de la mère patrie. “On aurait tort de croire, dit M.
Chauveau, que la population des campa-
| gnes a été, à n'importe quelle époque, dans l cette ignorance absolue et abrutissante
dont on est encore frappé chez les basses classes de quelques pays européens. ”? (2)
| “ Le peuple canadien, dit le Dr Meilleur,
aime l’éducation, et veut sincèrement en procurer le bienfait à ses enfants, mais
| suivant ses moyens, sulvarit ses principes
religieux et le sentiment du besoin réel et bien compris.,.. Il a souvent bien des obstacles à vaincre......? (3)
À l'époque de l'enfance et de la jeunesse du Dr Labrie, ces obstacles étaient sérieux.
(1) Ce mot, appliqué au Canada, signifie tout
à simplement la cession du pays à l'Angleterre.
Le Canada a toujours eu le droit de n’être pas traité en pays conquis, mais en pays cédé à l’Angleterre, avec la jouissance des privilèges garantis par les traités.
(2) L’Instruction publique au Canada, p. 56.
(3) Mémorial de l Éducation, p. 179.
Le gouvernement, loin d’encourager léducation des Canadiens-français conformément à leurs principes, créait des établissements qui leur étaient absolument antipathiques. Le projet d’une université mixte, que combattit efficacement Mgr Hubert, (1) n'avait pas d’autre but que leur anglification et la ruine de leur foi. (2) Vint ensuite l’Institution royale, avec ses écoles communes ; le peuple en général se montra très défiant à l'égard de ces écoles, qui n'offraient aucune garantie à sa nationalité et à sa foi religieuse. On eût dit qu’il avait pris pour devise le vers du poète :
Timeo Danaos et dona ferentes.
‘ Quelles n’eussent pas été, écrit l’annaliste des ursulines, les suites de ces écoles communes, surtout à une époque où l’apathie religieuse tendait à gangrener une partie de la population canadienne !” (3)
(1) Mandements des évêques de Québec, t. IT, pp. 885 et 414.
(2) Mémorial de P Éducation, p. 71.
(8) Les Ursulines de Québec, t. III, p. 252,
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anti-
ersité , Mgr t que oi. (2) ec ses éral se écoles, sa naeût dit rs du
l’annas écoles
l’apa- 1ne par-
PCs t. II,
Cette annaliste lève ici un coin du voile qui a longtemps caché l’état religieux de la classe instruite de notre pays à la fin du siècle dernier et au commencement du dix-neuvième siècle. Ne soyons pas trop laudato“ temporis acti au détriment de notre époque. Le voltairianisme et l’impiété philosophique avaientalors beaucoup d’adeptes. Un vétéran de nos luttes parlementaires, M. Denis-Benjamin Viger, (1) disait un jour : ‘ J’ai eu fortement à lutter dans ma jeunesse, car l’incrédulité et l’immoralité étaient alors partout, et surtout au sommet de la société. ” (2)
Les ursulines de Québec, à cause du grand nombre d'élèves qu’elles recrutaient.
dans les hautes classes de la société canadienne, étaient à même de connaître et d'apprécier notre situation religieuse.
L’une d’elles, écrivant à Paris en 1785, se plaignaïit du peu de cas que l’on faisait ‘des bonnes mœurs et de la fidélité aux
(1) Né à Montréal en 1775 ; décédé le 13 février 1861.
(2) Les Ursulines de Québec, t. III, p. 160.
devoirs du christianisme. ” Puis, reve-
nant quelques années plus tard sur le même sujet: ‘“ C’est ici comme chez vous, disait-elle, la religion dégénère peu à peu.” (1)
Les tempêtes dans l’ordre moral se propagent comme celles de la nature ; et il n’est pas étonnant que les désordres religieux de la France aient eu de l’écho en
Canada. ‘Vers 1800, écrit un correspondant, il y avait une grande incrédulité dans le pays, et les mauvais livres de Voltaire y étaient très répandus L’introduction des livres impies date surtout de 1783, l'année de la paix entre l’Angleterre, la France et les. Etats-Unis. Après cette paix, plusieurs Canadiens passèrent en France et se lièrent d'amitié avec des gens de bon ton, alors tous iinpies. Ils revinrent, emportant avec eux les livres à la mode. Ils se faisaient gloire d’être gens sans religion ; leur exemple et leurs discours tendirent évidemment à corrom-
(1) Les Ursulines de Québec, t. III, pp. 163 et 167.
pre ceux. qui voulaient vivre dans la bonne société. ....,?
‘“ La lecture des mauvais livres qui inondent lé pays, écrivait en 1794 Mgr Hubert, y a fait de grands ravages, même parmi les catholiques ...... La corruption des mœurs a fait depuis trente ans de terribles ravages dans les villes, surtout dans celles de Québec et de Montréal. Au rap> port des étrangers, elle n’est pas si avancée dans beaucoup de grandes villes d’Europe.
Heureux le jeune homme qui, comme Jacques Labrie, avait l’avantage de passer les années de son enfance loin de ces écueils, dans un village modeste et retiré, et ne quiitait le toit paternel que pour entrer dans une maison vénérable comme
le séminaire de Québec!
*x * * Saluons ce noble asile des sciences et des lettres, ce boulevard de la nationalité canadienne, cette institution admirable
qui a traversé vaillamment les époques les plus critiques de notre histoire, qui a
fourni à l’Eglise une légion d’apôtres et à l'Etat tant de citoyens instruits et dévoués. On ñe sait pas tout ce que le pays doit de reconnaissance au séminaire de Québec. |
Jacques Labrie demeura toujours respectueusement attaché à cette maison où il avait fait ses études classiques. Le séminaire ayant un jour été attaqué par un correspondant dans le Canadien, le Courrier de Québec, dont le principal directeur était Jacques Labrie lui-même, répliqua :
“ Vous ne connaissez ni cette sage maison, ni les messieurs qui la gouvernent...
Il n’y a personne qui s’efforce plus qu'eux de don, 2r aux jeunes gens des sentiments loyaux et patriotiques. Ce n’est pas parce que je leur dois mon éducation que je parle ainsi, mais parce que j'ai l’avantage de connaître particulièrement leurs
sentiments ...... Je suis fâché, ajoutait-il, que le séminaire n’ait pas un meilleur avocat que mol...... , Mais je n’ai pas
voulu laisser échapper cette occasion de prouver ma reconnaissance aux sages ins-
tituteurs qui ont guidé mes premiers pas dans la vie. Puissent tous ceux qu’ils ont instruits ne point dévier du sentier qu'ils leur ont tracé |”? (1)
Les principaux directeurs du séminaire, lorsque Jacques Labrie y fit son cours d’études, étaient MM. Gravé, Robert, Lahaïlle, Antoine Bedard (2) et Jérôme Demers. Il avait des talents brillants et un grand amour du travail : sous la direction de ces maîtres habiles, il fit de très fortes études. Dans les quelques écrits qu'il a laissés, il cite souvent les auteurs classiques, et particulièrement Jules César.
Ses connaissances en histoire étaient considérables : on peut dire que l’histoire a été la passion de sa vie.
Quelle belle pléïiade de j jeunes gens l'on voyait alors au séminaire de Québec, gravitant autour des maîtres éminents que je viens de nommer : parmi les confrères de
(1) Le Courrier de Québec, t. III, p. 113.
(2) Frère de Pierre-Stanislas Bedard, le célèbre patriote, l’un des fondateurs du premier Canadien.
classe de Labrie, Louis-Joseph Papineau, (1) le futur orateur de l’assemblée législative, Antoine Parant, l’un des futurs directeurs du séminaire, Raby, Lajus, Fortin, qui seront l’ornement du clergé ; et, dans les classes les plus voisines de la sienne, André Doucet, le futur curé de Québec, Louis Plamondon, ce jurisconsulte distingué et instruit qui sera la gloire du barreau, Thomas Bedard, Pierre- Flavien Turgeon, le futur archevêque de Québec, Louis Moquin, cette autre gloire de l’ancien barreau, celui dont le grand juge du district, faisant son éloge, à ses funérailles, disait publiquement ‘“ qu’il . n'avait Jamais voulu prendre une cause
(1) M. Papineau garda toujours un boñ souvenir du séminaire et des prêtres qu’il y avait connus dans sa jeunesse. Il écrivit un jour, à ce sujet, une magnifique lettre à M. l’abbé Cyrille Legaré ; et celui-ci se proposait de l’insérer dans une monographie qu'il préparait avec soin sur quelqu’un des anciens directeurs du séminaire : tout cela, malheureusement, fut détruit dans l'incendie du 25 mars 1865, qui consuma une grandé partie de cette institution.
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sans s'être assuré par les meilleures informations qu’elle était fondée eu justice. ”
Entre tous ces jeunes gens d’avenir, avec lesquels il rivalisait par les talents, Jacques Labrie se faisait remarquer par la douceur et l’affabilité de son caractère. Il avait, paraît-il, un cœur aimant, une âme tendre et sensible. ‘“ Ce fut, dit son panégyriste, durant son cours d’études au séminaïre de la capitale, qu’il forma des liaisons étroites que le temps n'ébranla jamais. ”
Il ne connut que plus tard M. Denis- Benjamin Viger, qui avait vingt ans de plus que lui, et avait fait ses études au collège de Montréal. Sitôt que ces deux hommes se rencontrèrent, ils se sentirent fortement attirés l’un vers l’autre par la communauté de leurs vues et de leurs sentiments sur l’honneur, sur l'amour du travail, sur toutes les vertus qui font le bon citoyen et peuvent le rendre utile à.
son pays. J’ai moi-même entendu M, Viger faire le plus bel éloge de la science et du caractère de son ami.
Ce ne fut également que plus tard que Jacques Labrie connut M. Morin, lequel avait vingt ans de moins que lui ; maïs il s’attacha alors à ce jeune homme, dont les talents brillants donnaient tant de promesses. Tous deux étaient du même pays natal : (1) leurs familles n'étaient probablement pas étrangères ; et le Dr Labrie dut favoriser plus tard de toutes ses forces l'élection de son jeune ami comme député du comté de Bellechasse.
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Jacques Labrie termina son cours d’études classiques dans l'été de 1804; puis il se prépara à embrasser la carrière où l’appelaient son tempérament et ses goûts.
Il étudia la médecine à Québec, sous le célèbre Dr François Blanchet, l’une des gloires de la profession médicale en Canada, homme instruit et éminemment dis-
tingué, dont le nom se trouve mêlé à la.
oo (1) M. Morin était de Saint-Michel, concession dite Vide-poches; le Dr Labrie, de la paroisse
voisine, Saint-Charles de Bellechasse.
plupart des travaux utiles, des fondations, des grandes œuvres de l’époque.
Le bureau du Dr Blanchet n'était pas seulement une haute école de science médicale, c'était aussi une école de patriotisme. Le Dr Blanchet aimait passionné- “ent son pays, et mettait à le servir ‘out l'entraînement de sa généreuse nature. Il fonda en 1806, de concert avec MM.
Bedard et Taschereau, le Canadien. L'on sait que la grande liberté avec laquelle ce journal ne craignit pas de revendiquer les droits politiques des Canadiens-français lui valut l’animadversion du gouverueur Craig, et à ses fondateurs l’honneur d’aller en prison et d’être les premiers martyrs de la liberté de la presse en Canada.
M'est avis que le jeune Labrie ne se.
laissait pas entraîner avec la même impétuosité que son maître dans le courant politique. Il y a des nuances même dans le patriotisme le plus sincère. Laissons de côté les Canadiens qui, à toutes les époques, pour des considérations per-
sonnelles, ont trahi les intérêts de leur
nationalité : ceux qui, par exemple, en 1775, consentaient à siéger au conseil législatif, où ils se trouvaient dans une infime minorité, alors qu’ils étaient censés représenter l’immense majorité de la population du pays, alors que, par un refus énergique de servir dans ces conditions, ils auraient pu, grâce à la position où se trouvait à cette époque l'Angleterre vis-àvis des Etats-Unis en révolte, obtenir tout de suite pour notre pays un gouvernement vraiment constitutionnel et représentatif, et peut-être le gouvernement respousable tel que nous l'avons aujourd’hui ;
‘ou bien encore, ceux qui, par une aberra-
tion inconcevable, votaient contre l’élection de leur propre compatriote, M. Panet, comme président de l’assemblée législative du Bas-Canada, en 1791.
Mais on peut aimer sincèrement son
. pays, et différer d'opinion sur les moyens
à prendre pour lui assurer la liberté, la jouissance de tous ses droits, ou bien sur
la mise en œuvre des moyens eux-mêmes. :
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Aux yeux d’un certain nombre, le Canadien,—remarquons qu’il s’agit du premier Canadien, celui de 1806, et non pas du Canadien ressucité par Etienne Parent en 1831—paraissait un peu intransigeant, un peu excessif dans sa manière de combattre les abus. Son épigraphe seule Fiat justitia, ruat cœlum, annonçait une guerre à outrance, et sentait la poudre. ‘“ Le Canadien, journal fondé pour soutenir les intérêts du peuple, attaquaït avec force, dit l'abbé Ferland, les abus de ladministra-
tion ; quelquefois néanmoins 1l dépassait
les bornes de la modération et de la prudence, et publiait des articles qui pouvaient être mal intersrétés par les ennemis du peuple canadien ....” (1) Jusqu'au traité de Versailles (2), qui consacra l’indépendance des Etats-Unis, un grand nombre de Canadiens entretenaient l'espoir que le Canada serait bientôt rendu à la France. Après le traité, on écrivait de Québec à Paris : “ La paix est
(1) Etude sur Mgr Plessis, dans le Foyer Canadien, t. I, p. 187.
(2) Le 8 septembre 1788. 8
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donc faite !...... Nous avons perdu tout espoir de retourner à l’ancienne patrie.
On ne saurait s’imaginer la consternation générale que cette nouvelle a répandue
dans notre pauvre pays. ” (1)
Vint ensuite la Révolution française, qui raviva les espérances. Quelques Canadiens ne pouvaient se faire à l’idée que le
pays restât soumis à l'Angleterre : ils ne
songeaient qu’au régime français. D’autres, au contraire, et c’est le plus grand nombre, s’attachaïent aux libertés constitutionnelles que l'Angleterre nous avait données, et ne regrettaient nullement l’anclen régime.
Jacques Labrie était de ceux qui, tout en soutenant fortement les droits des Canadiens-français à la conservation de leur langue, de leurs lois et de leur religion, déclaraïent qu’il fallait accepter franchement le régime anglais, s'attacher à la constitution de 1791, même avec ses défauts, combattre les abus du pouvoir, mais ne pas ébranler la constitution elle-même. On ne
(1) Les Ursulines de Québec, t. III, p. 155.
pouvait, disait-il, jouir de plus de liberté que sous la constitution anglaise. Il fallait faire dans ce sens l'éducation du peuple, il fallait lui procurer des écoles, de l'instruction, de la lumière.
Admirons la sagesse et le courage de ce jeune homme de vingt-trois ans. Il est encore étudiant en médecine. Avec Louis Plamondon, (1) qui vient de terminer son droit, et un autre dont je n'ai pu retrouver le nom, il se décide à fonder un journal, qui représentera l'opinion des patriotes modérés, et combattra énergiquement le Mercury, l'ennemi des Canadiensfrançais. Le Courrier de Québec paraîtra deux fois par semaine, et formera à la fin de l’année deux beaux volumes d'environ deux cents pages format in-octavo. Il sera imprimé au numéro 19, rue Buade, à l’établissement de M. Desbarats.
Le Courrier de Québec prit pour épigraphe ces paroles de Juvénal : (2)
(1) L’ Instruction publique au Canada, p. 819.-- Le Panthéon canadien, p. 140.
(2) D. J. Juvenalis Satyra, XIV,
Gratum est quod patriæ civem populoque dedisti, Si facis ut patriæ sit idoneus....
Dans cette épigraphe, rien de belliqueux, rien d’agressif, mais une grande et féconde idée : un bon citoyen doit travailler à se mettre en état de servir sa patrie.
Le prospectus du nouveau journal parut dans l’automné de 1806; son premier numéro, le 8 janvier 1807 ; les jeunes rédacteurs exprimaient en termes heureux le but de leur entreprise :
‘€ Chercher, disaïient-ils, à rendre utiles à son roi, à son pays, à ses concitoyens, les prémices de sa jeunesse, doit être la passion des âmes vertueuses et bien nées.
Il semble que, sur la fin de sa carrière, rien ne doit la rendre plus agréable que le souvenir d’une jeunesse consacrée uniquement à ses devoirs et à l’utilité publique. Tel fut le but qui nous engagea à entreprendre cette nouvelle publication.
‘“ Liés depuis longtemps par une conformité de goûts et de caractères, nous nous voyons souvent, nous étudions en-.
semble ; et, réellement amis du pays qui nous à vus naître, nous déplorions en
secret le peu de moyens qu’a une partie de nos concitoyens d'acquérir des connaissances, et le peu d'usage qu’en fait une autre.”
Du reste, rien de signé, dans ce journal, pas plus que dans aucune publication de l’époque. On ne peut que conjecturer, d’après les circonstances, ou d’après le sujet des articles, quel en était l’auteur.
M. Bibaud est un des premiers, je crois, qui aient avoué publiquement la paternité de leurs écrits, lorsqu'il fonda sa Bibliothèque canadienne (1) en 1825.
Dès ie premier numéro, le Courrier de Québec se montre sous ses vraies couleurs.
Il pose carrément ces deux problèmes :
(I) La Bibliothèque canadienne était une revue mensuelle, publiée à Montréal. Il y a en tout neuf volumes. Elle fit place à l’ Observateur, journal historique, littéraire et politique, publié aussi par M. Bibaud et imprimé à Montréal par L:dger Duvernay. Le premier numéro de l’Observateur parut le 10 juillet 1830. C'était une revue hebdomz:daire, paraissant tous les samedis. L’ Observateur, de même que la Bibliothèque canadienne, avait pour épigraphe : Omme tulit punctum, qui miscuit utile dulci. te
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Premièrement, les Canadiens étaient-ils.
plus heureux sous l'empire des rois de France qu’ils ne le sont sous celui des rois d'Angleterre ? Deuxièmement, peuvent-ils désirer le règne despotique et mi-
Litaire de Bonaparte ? Puis, dans une série d'articles, il s’attache à résoudre ces deux problèmes dans la négative.
Je ferai deux courtes citations, pour montrer le style et la manière de l’écrivain. Il compare la situation :ratérielle du Canada depuis la conquête avec ce qu’elle était auparavant :
‘“ Qu'est devenu le Canada, sous un gouvernement s1 différent de celui auquel il obéissait sous la domination de la France ?
‘“ La population, que les combats y avaient diminuée, s’est sensiblement accrue, et on l’estime aujourd’hui à trois cent mille âmes. La province n’a pas dû cette augmentation à de nouveaux colons ; c’est la paix, c’est la multiplication des travaux utiles qui a produit cet heureux événement.
‘ Les premières années de tranquillité ont servi à retirer la colonie de cette espè-
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ce de cahos, où une guerre malheureuse et destructive l’avait plongée. Les améliorations n’ont pas tardé à suivre.
“ En changeant de domination, le Canadien a oublié ses anciens penchants ; les exercices de l° -uerre, qu’il ne faisait plus, ne fui ori pa semblé mériter son attention ; les ressources précaires de la chasse ont été laïssées de côté, et l’agriculture, qui s’est élevée sur leurs ruines, a fait des progrès assez sensibles. D’abondantes moissons sont venues couronner les travaux du iaboureur, les troupeaux se sont multipliés, l’aisance s’est accrue en même temps, et le pays a pu exporter plusieurs des articles qu’il était obligé de faire venir des marchés étrangers, sous l’ancien régime...... ?”
Il fallait bien, en effet, se rendre à lévidence, et, quelque affectueux souvenir que l’on gardât pour l’ancienne mère patrie, avouer que la situation matérielle du Canada, depuis la conquête, était meil-
‘leure qu’elle n'avait été à aucune époque
du régime français.
Quant à Bonaparte, les Canadiens pouvaient le juger très sainement, d’après ses actes, le récit de ses campagnes, ses mar-
ches forcées à travers l’Europe, le bruit de ses armes, dont l'écho retentissait jusqu’en Amérique : la fameuse légende napoléonienne, qui justifie et glorifie tout, n'avait pas encore été créée. On admirait sans doute le génie incomparable du guerrier, du stratégiste ; mais on jugeait sévèrement l’homme d’Etat, qui ne sut Jjamais mettre un frein à son ambition, qui, pour l’assouvir, abusa de la générosité de la France pour lui demander durant des années le sacrifice héroïque de ses enfants, ordonna le blocus continental, mit tout à feu et à rang dans l'Europe entière, fit des milliers d’hécatombes humaines, et osa mettre une main sacrilège sur le chef vénéré de la chrétienté. Citons ici quelques lignes de l'écrivain du Courrier de Québec : on croirait lire une page de M.
Iung ou du colonel Charras :
“ Jamais, dit-1l, le plus absolu des rois de France n’exerça une autorité aussi arbitraire que celle qu’exerce le parvenu .
corse. Sujets, alliés, amis même, personne ne peut se flatter de pouvoir s’y soustraire. 5a funeste influence se fait sentir du
centre de sa capitale jusqu'aux extréinités du monde. Ses désirs, qui sont immenses,
égalent son embition, qui voudrait tout asservir. Les maux de ses semblables font peu d’impression sur son cœur endurci :
qu’il atteigne son but, et 1l est content, quelle que soit la nature des moyens qui l’y conduisent. La vie, les biens de ses sujets sont tous des articles dont il dispose suivant son bon plaisir ; et cela, sans qu'il soit permis de se récrier. On l'a vu,
et on le voit encore tous les jours, arracher du sein de leurs familles les fils chéris qui en devraient faire la consolation, les forcer de se ranger sous ses drapeaux, pour remplacer les malheureuses victimes de son ambition folle et immodérée, et en faire par là les soutiens de l'esclavage dans lequel il voudrait plonger toutes les natIONS.. ue
Je ne puis affirmer absolument que cet écrit est de Jacques Labrie : j'ai lieu de le croire, cependant, car c’est bien le style de ses articles sur l’histoire du Canada. Le Courrier n’était pas, en effet, un journal exclusivement politique, c'était plutôt une espèce de revue bi-hebdomadaire, dans laquelle on publiait des morceaux littérai-
res, des pièces de poésie, des articles sur l’agriculture et les différentes industries.
Il y avait surtout une série d’articles sur l'histoire du Canada, dont l’auteur était, suivant toute probabilité, Jacques Labrie.
Le Mercury ayant écrit, un jour, que ces articles n'étaient qu'une compilation de
* Charlevoix: “Où veut-il donc, réplique :
Labrie, que nous prenions nos informations, si ce n’est dans la meilleure histoire du pays ?—Mais ce n’est pas du nouveau ....—Veut-il que, pour lui en donner, nous composions un roman, et qu’au lieu de ce qui s’est passé, nous lui donnions des rêves et des fictions, comme on voit tous les jours ? ”
Le Courrier de Québec attaquait rarement le Canadien. Un jour, cependant, ne pouvant contenir absolument sa mauvaise humeur : ‘ Intelligenti pauca, écritil. À des sottises et des faussetés il est quelquefois plus sage de ne rien répondre. On sait assez que le Canadien loue à perte de vue, ou déchire à pleines dents.
. Toujours de l'enthousiasme ou de Pai-
greur ; er ses rois n’affigent personne. ?
Encouragé par le see d'abonnés qui recevaient son journa!, le jeune Labrie, toujours pour donner de la lecture au peuple, conçut un nouveau projet, celui de publier une édition de Berquin (1) :
il paraît que Berquin était alors à la mode, Il annonça son projet dans le:
Courrier :
‘“ Le soussigné, dit-il, se propose de publier, par souscription, une édition des.
meilleures pièces de Berquin, avec des.
notes.
‘ Il en sortira un volume de cent pages
par mois. La collection comprendra dix-
huit volumes.... Le prix de la souscription pour chaque volume broché est de:
trente sous, payable lors de la livraison.
“Le succès qu'ont eu en Europe les ouvrages de Berquin, le vif intérêt qu'ils y ont excité font espérer qu’une édition de ce qu’il y a de mieux sera reçue avec
(1) Arnaud Berquin, poète et prosateur français, né vers 1749 à Langoiran, dans la Gironde, mort le 21 décembre 1791.
cmpressement par ceux à qui elle est respectueusement adressée. ”
Quelque temps après, il annonçait ce
que contiendrait le premier volume : le Contre- Temps utile ; le Service intéressé, et quelques autres petites pièces ; le Page, drame en un acte.
Bientôt cependant le jeune Labrie dut se préparer à partir pour Edimbourg, où on l’envoyait compléter ses études médicales ; et il ne fut plus question de l’édition de Berquin. Le Courrier de Québec lui-même suspendit sa publication et fit ses adieux à ses lecteurs, le 27 juin 1807, c'est-à-dire, vers l’époque du départ de Jacques Labrie pour l'Europe: ce qui confirme l'opinion que c’est bien lui qui en était l’àme et le principal directeur.
Il reparut cependant le 30 janvier suivant, et continua sa publication jusqu’à “a fin de 1808, cessant alors définitivement de vivre. (1) On a trois volumes du
(1) On lit dans le numéro du 31 décembre 1808 : ‘‘Ce numéro, qui termine notre troisième volume, sera le dernier du Courrier de Québec.
(en)
Courrier de Québec, d'environ chacun deux cents pages. Les éditeurs donnèrent en appendice, à la fin du dernier volume le Voyage en Canada, par le R. P. Emma nuel Crespel, récollet, et son naufrage sur l'ile d Anticosti en 1736. |
On le voit, ce n'est pas d'aujourd'hui que l’on s'occupe de nos archives, et de leur impression. Sachons rendre justice aux précurseurs qui, avec tant de mérite, nous ont précédés dans cette noble voie.
Dans son numéro du 27 août 1808, le Courrier de Québec annonçait le retour au Canada de son fondateur Jacques Labrie. Il revenait d'Europe, membre de la Royal Physical Society d’'Edimbourg, et
. allait s'établir à Montréal, ‘ dans la mai-
son de M. Cardinal, 131, rue Saint-Paul.” Quelques mois après, cependant, il quit- Le grand nombre de gazettes hebdomadaires qui existe maintenant a engagé plusieurs gens de lettres à faire une publication tous les mois... Les éditeurs du Courrier de Québec se désistent de leur publication en faveur de la nouvelle, dont le prospectus sortira dans peu de jours. ?”
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N°1 ton | 46 LE DR JACQUES LABRIE
- tait Montréal pour aller se fixer définitivement à Saint-Eustache, où son confrère de classe, M. Lajus, venait d’être nommé vicaire.
Je n’ai aucune compétence pour apprécier le Dr Labrie comme médecin. Qu'il me suffise de dire qu’il jouissait à un haut degré de l'estime de tous ses confrères
ae de la Faculté. Les études sérieuses qu’il avait faites et à Québec et à Edimbourg | lui donnaient beaucoup de prestige et d'autorité. Le président de la Société de |
| | | | rx | | | | |
Médecine de Québec fit son éloge en termes flatteurs au banqnet annuel de cette société, au commencement de 1832. (1)
Lil Un médecin habile, honnête, dévoué à
| | la pratique de sa profession ne peut man-
| quer d'acquérir beaucoup d'influence dans
| le milieu où il est appelé à vivre. Celle
| | dont jouissait le Dr Labrie à Saint-Eus- | |
tache et dans les environs était immense.
Son jugement droit et ses connaissances
(1) Le Canadien, 7 janvier 1832.