‹ Le docteur Labrie [microforme]Chapitre 5 sur 9 · LA · texte numérisé non relu

LA

Benjamin Viger donnait des leçons publi-

ques sur le Droit (1) ; à Québec, Louis

Plamondon avait ouvert un cours public et gratuit de procédure civile : il donnait ses leçons, tous les vendredis, dans la salle des séances de la cour d’appel. Le lendemain de sa première leçon, le rédacteur de la Gazette de Québec écrivait : ‘“ Son discours a montré beaucoup de jugement et de recherches ; il a été prononcé avec cette grâce et cette facilité d’élocution que M. Plamondon possède à un si haut degré. ” “ Louis Plamondon était doué d’un esprit supérieur, dit M. Bibaud. Il avait acquis des connaissances étendues en littérature et dans sa profession, et se proposait de publier prochainement un ouvrage important sur les lois du pays. ” Qu” l’enseignement primaire, voici ce «rivait en 1825 M. Bibaud (2):

eme

(1) Dans son opuscule sur la Constitution britannique, le Dr Labrie cite, en appendice, un assez long travail de M. Vizer sur les Procès par jurés en matière criminelle.

(2) Bibliothèque Canadienne, t.1, p. 23.-Dansla même année, 1825, M. Bibaud prouvait, au mo

“ L’instruction fait tous les jours des progrès parmi nous : il est présentement peu de paroisses un peu considérables, où il n’y. ait une école tenue sur un pied plus ou moins respectable, sans parler de l’enseignement privé qui s'étend aussi de son côté, et peut-être dans une plus grande proportion encore que l’enseignemen public. ” ; Dans ce prodigieux mouvement de l’éducation au Canada, où l’on vit à l’œuvre tant de citoyen distingués, entre autres M. Joseph-Françoïs Perreault et le Dr Blanchet, à Québec, M. Michel Bibaud, à Montréal, le Dr Labrie prit une

yen d’un tableau statistique, qu’il y avait plus de 13,000 Canadiens-français sachant lire, et près de 2,500 en état de souscrire à des journaux. Il avait, pour sa part, près de 499 abonrés à sa revue, la Bibliothèque Canadienne. ‘‘ Ce serait peut-être, disait-il, l’occasion de faire voir ‘aux étrangers, et même à une partie des regnicoles, qu’il y a parmi les Canadiens plus d'éducation et plus de goût pour la lecture, les lettres et les sciences, qu’ils ne se l’imaginent....’’ (Ibid, p. 120).

ni

part remarquable :‘ Il fonda sur un grand pied à Saint-Eustache, dit M. Bibaud, des écoles-modèles ou académies pour les deux sexes, et il les surveilla sans cesse. ” De son côté, M. Papineau disait en chambre :

“Le Dr Labrie a senti toute l'importance de l’éducation ; il l'a propagée tant que ses moyens le ii ont permis. Il a fait d'énormes sacrifices pour l'éducation du peu- A ps

“Jacques Labrie de Saint-Eustache, dit le Dr Meilleur, avait établi deux écoles supérieures en cette paroisse, l’une pour les garçons tenue par M. Paul Rochon,(1) et l’autre pour les filles, tenue par plu-

sieurs personnes du sexe. Il les dirigeait toutes deux et prenait part à l’enseigne-

(1) Le Dr Labrie avait beaucoup d’estime pour cet instituteur. Celui-ci étant un jour descendu à Québec, il le recommande en ces termes à M. Cazeau, secrétaire de l’archevêché : ‘ Si le porteur avait besoin de vos amis, vous m'’obligeriez en les lui donnant. Il sera étranger dans Québec, et pourrait peut-être désirer d’avoir des protecteurs. C’est un excellent jeune homme. ?’

ment avec autant de zèle et de talent que de succès.

Son école de filles était une véritable école normale ; et les examens publics de

ces deux écoles étaient regardés comme-

autant de fêtes littéraires et scientifiques auxquelles les amis de l’éducation de l’e:idroit, de tout le voisinage, et surtout de la ville de Montréal se rendaient en foule.

‘“ J'ai rencontré, ajoute-t-il, dans le cours de mes visites en qualité de surintendant de l’éducation, quelques institutrices qui avaient été formées à l’école du Dr Labrie, et je puis dire qu’elles faisaient preuve de connaissances exactes et approfondies dans les branches d’instructions qui étaient de leur ressort, et d’un grand talent dans l’enseignement et la tenue de leurs écoles respectives.”(1)

Cenx qui ont visité le beau village de Saint-Eustache ont pu admirer la longue et large avenue bordée de tilleuls, qui eonduit à la place de l’église. C’est ‘dans la partie qui avoisine l’église st qui a été consumée ” dans l’affaire de 1837, que se trouvait la résidence du Dr Labrie, “belle

(1) Mémorial de l Education, p.198.

maison en pierre à deux étages, ornée d’un superbe portique. ”

“ Sur une pointe parallèle à celle où l'église est construite, en face du jardin du presbytère, se trouvait la maison du Dr Chénier, autrefois le pensionnat de demoiselles, si célèbre, établi par le Dr :

Labrie. C'était une vaste construction en :

bois, environnée d’une galerie couverte, et placée dans un site fort agréable ; le confluent des deux rivières est précisément à quelques pas de la porte....? (1)

On le voit, non seulement le Dr Labrie avait fait de son académie de filles à Saint- Eustache, une excellente école au point de vue des études, une véritable école normale où se formaient des institutrices de premier ordre, mais il en avait fait un séjour agréable et attrayant pour les élè-

(1) Journal des événements arrivés à Saint-Æustache pendant la rébellion du comté du Lac des Deux- Montagnes, etc, par un témoin oculaire. Montréal, 1838, p. 65.—Je dois à l’obligeance de M. Philéas Gagnon, l’extrait cité de cet opuscule. L’aimuble bibliophile m’écrit que l’opuscule est attribué à M. Pâquin, curé de Saint-Eustache de 1822 à 1847.

ves : il était vraiment un précurseur pour toutes les bonnes idées modernes en fait d'éducation. Ce que l’on réclame aujourd’hui, et avec raison, c’est que l’école soit irréprochable au point de vue hygiénique, qu’elle soit dans un beau paysage, dans un lieu aimable, où les enfants se sentent attirés de quelque manière, qu’ils y aient de l’air, de l’espace, de beaux points de vue : tout cela se trouvait au pens’ anat de Saint-Eustache, maison vaste, confortable et bien aérée, plantations, préaux, site agréable au confluent de deux rivières.

Chaque été, vers la mi-août,—c’était généralement la date où commençaient les vacances, à cette époque, —le village de Saint- Eustache revêtait un air de fête inaccoutumé, et l’on y voyait affluer des visiteurs des endroits les plus éloignés, même de Québec. ‘ Les examens de l’académie du Dr Labrie étaient, dit M. Meilleur, de véritables fêtes littéraires : chacun voulait y assister. ” Quel triomphe pour la cause de l'éducation populaire ! Comme cette cause avait fait du chemin dans le Bas-Canada |

Laissons parler ici un chroniqueur de l’époque, qui nous fait le récit d’un de ces examens de Saint-Eustache, celui de 1826:

‘“ Les . exercices publics de l’école de demoiselles de la Rivière-du-Chêne, sous la direction du Dr Labrie, ont eu lieu en présence d’une assemblée nombreuse.

‘“ Aux deux premières séances, les écolères furent examinées sur la grammaire française et la grammaire anglaise, sur l’arithmétique, la mythologie, l’histoire, et la géographie. La seconde classe, principalement composée d’enfants au-dessous de douze ans, montra beaucoup de progrès dans l'étude des grammaires, pour le peu de temps qu’elle s'en était occupée ; mais la première classe fit l’application des règles avec ure assurance étonnante.

C’est surtout en écrivant sans faute sous la dictée, que ces élèves montrèrent qu’elles savaient mettre en pratique ce qu'elles avaient appris. On admira pareillement la promptitude avec laquelle les calculs arithmétiques s’exécutèrent, et lexactitude avec laquelle se firent les réponses sur la géograrhie et les opérations sur les cartes des différents pays.

‘“ Ces premiers exercices, entremêlés de quelques pièces de musique, et de quel-

ques tonpéreitiôns dans les deux langues, furent terminés par la représentation de l’Aveugle de Spa en anglais.

‘ Dans la dernière séance, après que les cahiers d’écritüre, les ouvrages de dessin et de broderie, etc., eurent été examinés, on s’occupa principalement de l’usage des globes, de quelques éléments de physique, de la géographie et de l'histoire du Canada, ces deux dernières composées par le Dr Labrie. On vit avec plaisir mesdemoiselles Labrie, Dumouchel et Lantier parcourir cette vaste étendue de pays que comprend l’Amérique britannique du Nord, et entrer dans quelques détails au sujet du gouvernement, des lois, des productions et du commerce de cette partie de l'Amérique septentrionale. L'histoire du Canada commanda ensuite toute lattention de l'auditoire pendant plus d’une heure, et le récit n’en fut interrompu que pour donner place à des applaudissements mérités, qu’on ne pouvait plus conterur.

“ Cette dernière séance fut terminée par un drame français, aussi composé par le directeur de l’établissement. La justesse de la composition et le jeu parfait des actrices excitèrent le plus vif intérêt parmi les spectateurs, et firent verser des larmes à plusieurs.

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