‹ Le docteur Michel SarrazinChapitre 11 sur 13 · POUK SEEVIR À L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA · texte numérisé non relu

POUK SEEVIR À L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA

traitées. Mais il y a tout lieu de croire que, malgré la ressemblance des noms, les nouvelles recherches n'ont pas été faites sur les mêmes animaux que les anciennes ont eu pour objet."

L'étude anatomique du porc-épic est toujours caractérisée par ce luxe et cette précision de détails que nous avons déjà admirés précédemment. Tout d'abord il distingue chez cet animal sept espèces de poils. Ecoutez-le décrire la seconde espèce, les piquants : " Ils ont trois ou quatre pouces de longueur, depuis les épaules jusque sur les hanches, d'où ils diminuent peu-à-peu jusqu'au museau ; ils diminuent de même de l'autre côté peu-à-peu jusqu'au bout de la queue. Chaque piquant a environ une demi-ligne de diamètre : il est intérieurement moelleux : il est tout blanc, excepté près du bout qui est noir sur une longueur de trois, quatre ou cinq lignes. M. Sarrazin ayant observé sa pointe au microscope, a remarqué qu'il s'en élève un filet tourné en vis. Il a encore remarqué qu'à l'extrémité des piquants, près de l'origine de la vis, il y a une dentelure garnie de pointes tournées du côté de la base, et capable de quelque résistance. On sent cette résistance, quand, tenant d'une main un piquant par sa racine, on le passe entre les doigts de l'autre main. La pointe des piquants est si fine et si délicate, que si après l'avoir posé un piquant à plat sur la main, on frappe sur le revers de cette main, quoique trèslégèrement, le piquant entre dans la partie qu'il touche, et s'y accroche si bien, que pour l'en retirer on enlève deux ou trois lignes de peau. La racine du piquant a environ une demi-ligne de long ; elle tient très-peu à la peau de l'animal."

Tout le monde sait que ces piquants une fois introduits dans la peau ont un mouvement progressif continu qui leur fait traverser des espaces considérables, quelquefois même toute la masse du corps humain. Voici comment Sarrazin explique ce déplacement : " Quelque part où cette pointe soit engagée, elle est agitée par le mouvement alternatif ou de systole ou de diastole des artères ; de ces deux mouvements, celui-là seul pousse avec succès le piquant qui tend à lui faire continuer son chemin en avant. D'ailleurs, soit en marchant, soit en agissant de toutes les autres façons qui nous sont familières, nous donnons des mouvements presque continuels à nos muscles, et ces mouvements sont des causes très-capables de faire pénétrer les piquants dans les chairs où ils se sont engagés." Cette explication parait très rationnelle.

De Réaumur, résumant toujours Sarrazin, détaille ensuite la structure anatomique du porc-épic, faisant spécialement ressortir les caractères qui le distinguent des espèces européennes et africaines.

Les habitudes de l'animal occupent une grande partie du mémoire et sont comme toujours très exactes. Il n'y a guère d'exception que pour la question de savoir si le porcépic lance ses piquants à distance. Et même sur ce point Sarrazin procède avec tant de circonspection qu'il n'alfirme rien de compromettant.

" C'est encore une grande question," dit de Eéaumur, " de sçavoir si le porc-épic lance ses piquants. Divers chasseurs ont dit à M. Sarrazin qu'ils ne lui en avaient jamais vu lancer ; les rapports circonstanciés de plusieurs autres le font pourtant pencher à croire qu'il les lance. On assure qu'il les abaisse, et qu'il les élève soudainement, qu'il leur fait faire des mouvements semblables à ceux que le vent fait faire aux épis de nos moissons, mais plus subits; que c'est dans ces mouvements que les piquants sont lancés. D'autres prétendent que ceux qu'ils lancent sont surtout ceux de la queue, que quelquefois il la frappe contre terre avec force et vitesse, et que c'est alors que les piquants partent. On cite nombre

L'ABBÉ LAFLAMME — MICHEL SABBAZIN : MATÉ BI AUX

d'exemples de chasseurs et de chiens, qui sans avoir touché de porcs-épics, se sont trouvés avoir de ces piquants.

" Peut-être que les deux sentiments opposés se peuvent concilier. On a imaginé, et les expressions des anciens tendent à le faire croire, que le porc-épic décoche ses piquants, comme on décoche une flèche. Le porc-épic ne fait rien de pareil, et c'est ce que n'ont point vu, et que peut-être s'attendaient à voir, ceux qui disent qu'ils rie lui ont point vu lancer de piquants. Mais ces piquants tiennent si peu au porc-épic, qu'il n'est guère possible qu'il se de une des mouvements vifs, sans que quelques-uns se détachent ; les mêmes mouvements qui les détachent peuvent les porter à quelque distance de l'animal. Ceux qui les ont vu aller le plus loin, disent qu'ils sont poussés à quatre ou cinq pieds ; la distance n'est pas grande, et peut-être y a-t-il beaucoup à en rabattre.

" M. Sarrazin a observé lui-même que quand le porc-épic est pris, il ne lance point ses piquants, que tout ce qu'il fait alors est de s'applatir contre terre."

De 1*121 à 1*730, nouveau silence de Sarrazin dans les mémoires de l'Académie. Il avait dû cependant envoyer précédemment à 172*7 une monographie anatomique du sifffeux, puisqu'il en est fait mention par de Réaumur dans le compte-rendu qu'il donne à l'Académie en 1*72*7 du travail de Sarrazin sur le porc-épic. Il ne nous reste rien de ce travail.

Les recherches de Sarrazin n'ont pas porté uniquement sur le règne animal. Les plantes ont eu une large part dans ces études, et sans aucun doute la plupart des espèces canadiennes que l'on trouve décrites dans les mémoires de l'Académie, depuis l'année 1695 jusqu'à 1*730, ont dû être transmises à l'Académie par l'intermédiaire de Sarrazin. Il fut le correspondant attitré de Tournefort jusqu'à la mort de ce dernier arrivée en 1*708. Ce fut cet illustre botaniste qui donna à la Sarracénie le nom qu'elle porte en l'honneur de son savant ami de Québec. 1 Mais de plus Sarrazin fit encore une foule d'observations sur des plantes indigènes du Canada, observations dont malheureusement il ne nous reste plus que fort peu de choses. Peut-être découvrira-t-on un jour dans la famille de Varennes, dont une branche descend de notre savant, quelques-uns de ses mémoires. Ce sera une bonne fortune pour la science canadienne. !

Ce fut lui qui reconnut le premier le ginseng dans les forêts du Canada, alors que cette plante faisait tant de bruit en Europe. Les mémoires de l'Académie des Sciences de l'année 1*718 contiennent à ce sujet les lignes suivantes : " M. Sarrazin, conseiller et médecin du Roy à Québec, très-habile botaniste et correspondant de l'Académie, ne fut pas plutôt au Canada, qu'il le remarqua parmi les plantes singulières de ce pays, il le mit sous le nom d'Araha humilis fruclu majore parmi celles qu'il envoya à M. Fagon, en 1*704, pour le jardin du Roy." Il est encore vraiment remarquable de voir Sarrazin trouver entre quelques-unes des essences végétales américaines et celles de la Tartarie des ressemblances telles, qu'elles lui donnent l'idée de migrations possibles d'un pays à l'autre.

Nous terminerons cette étude à la fois trop longue et trop courte des travaux scient i-

1 John Josselin, New England Karities 1672, figure et décrit cette plante sous le nom de Hollow-leared

Lavender.

2 Parmi les plantes canadiennes envoyées par Sarrazin en Europe les Mjmoires de l'Académie nomment les

suivantes: Evonymoïdes Canadensis, scandms, foliis serralis ; Artemisia wlgaris ; Yirga aurea major; trois espèces

d'Aster ; Hieracium ; Prenanthes ; Vilmrmim.

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