‹ Le docteur Michel SarrazinChapitre 2 sur 13 · POUR SERVIR À L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA · texte numérisé non relu

POUR SERVIR À L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA

unique but est de faire mieux connaître un homme de mérite, un savant distingué, qui, comme naturaliste et surtout comme anatomiste, n'a pas eu de supérieur au Canada. Pour plusieurs, le nom de Sarrazin n'est connu que par la dédicace faite par Tournefort à son ami de Québec du genre Sarracenia. Or, Sarrazin mérite mieux que cela. Quelque imparfait que soit notre présent travail, nous osons nous natter d'en dire assez pour faire voir dans ce médecin québecquois un savant qui fait honneur à son pays, et que la postérité devrait mieux connaître et surtout mieux apprécier.

Dans les pages qui suivront on remarquera peut-être que le nom du Dr Sarrazin est écrit tantôt avec un s et tantôt avec un z. Le fait est qu'on ne sait trop à quelle orthographe s'arrêter, vu qu'on trouve des variations dans les mêmes ouvrages, et même dans les mémoires de l'Académie des Sciences.

En date du 26 novembre 1858, l'abbé Ferland écrivait à M. l'abbé Verreau : " Avec cinquante de ses signatures sous les yeux, je ne puis vous dire s'il écrivait Sarrasin ou Sarrazin. Quelques signatures me font pencher vers s. Cet s ou z est une figure insondable et incommensurable, style des grands jours. Les contemporains instruits écrivaient tantôt avec une lettre, tantôt avec l'autre."

Quelques jours plus tard l'abbé Laverdière écrivait également à M. l'abbé Verreau : " A propos de cette signature (celle de Sarrazin) tu remarqueras qu'il l'écrivait par un s ou un z, on n'en sait rien ; mais ce que j'ai remarqué dans les registres du Conseil et dans nos archives, c'est qu'on écrivait généralement Sarrazin.'''

L'acte de mariage de Sarrazin, fait à Montréal, le 20 juin 1*712, porte un z. De même dans les registres de Varennes, où l'on voit souvent figurer le nom de Madame Sarrazin de Varennes, fille du Dr Sarrazin, qui avait épousé le sieur Hippolyte Gauthier de Varennes, ce nom est toujours écrit avec un z. M. l'abbé Tanguay, dans son Dictionnaire généalogique, adopte la même orthographe. Il en est de même du chanoine Hazeur, résidant à Paris, beau-frère de Sarrazin, et de qui nous avons plusieurs lettres à son frère à Québec dans lesquelles il est question de la famille Sarrazin.

D'un autre côté, Moreri adopte Ys au lieu du z, Charlevoix et Kalm également ; M. L.-W. Marchand, dans son édition du voyage de Kalm, et M. le chanoine Bois écrivent aussi Sarrasin.

Si on consulte les mémoires de l'Académie des Sciences, on trouve que dans les premiers mémoires c'est l'crthographe de Moreri qui est suivie ; plus tard on emploie le z. Ce qui laisse croire que Sarrazin, ayant vu comment on écrivait son nom dans ces pièces

enseignée. A ces recommendations on ajoute celles de s'enquérir, par tous les moyens possibles, de l'usage que font les Indiens de certaines productions de la nature, plantes ou minéraux.

" Cet intéressant écrit a élé rédigé sur l'ordre du marquis do La Galissonnière, par M. Gauthier, médecin du Roi à Québec, corrigé ensuite par le marquis lui-même, et annoté de sa propre main. Il en a commandé plusieurs copies qu'il a fait envoyer aux différents forts et aux savants qui voyagent dans le pays. L'écrit se termine par une injonction faite aux officiers de transmettre au gouverneur général les noms des simples soldats qui auront apporté le plus de diligence dans la découverte et la collection des plautes et autres curiosités naturelles, attendu que Son Excellence se propose, lorsque l'occasion s'en présentera, de leur donnor de l'avancement, suivant leurs capacités respectives ou de les récompenser d'une manière quelconque. J'ai trouvé que les gens de distinction, en général, ici, ont bien plus de goût pour l'histoire naturelle et les lettres que dans las colonies anglaises, où l'unique préoccupation de chacun semble être de faire une fortune rapide, tandis que les sciences sont tenues dans un mépris universel.

" On reprochait aussi, dans l'écrit cité plus haut, à ceux qui s'adonnent à l'étude de l'histoire naturelle de no pas rechercher suffisamment les propriétés médicinales des plantes du Canada."

L'ABBÉ LAFLAMMB — MICHEL SARRAZIN : MATÉRIAUX

officielles, dut faire des représentations aux savants français et rétablir la véritable manière de l'écrire.

Nous adopterons jusqu'à plus amples informations l'orthographe usitée dans la famille du savant, et dans les derniers mémoires de l'Académie des Sciences.

Pour la même raison nous ne tiendrons pas compte de la particule nobiliaire que l'on trouve assez souvent dans les actes publics, registres, lettres de gouverneurs ou autres. Nous croyons que ce fut par égard pour le haut mérite du savant docteur que ceux qui eurent à écrire son nom l'ornèrent de la susdite particule. Sarrazin n'avait pas, que nous sachions, de titre de noblesse.

Notice biographique.

Le Dr Michel Sarrazin naquit le 5 septembre 1659, 1 à Nuys, ou Nuits, en Bourgogne. Son père était Claude Sarrazin, juge des Seigneurs de Cîteaux, et sa mère, Madeleine de Bonnefoy. Sa famille résidait en une paroisse restée inconnue de l'évêché d'Àutun. 2

Si déjà l'orthographe du nom de Sarrazin a pu être l'objet de divergences d'opinion, on ne doit pas être surpris que tous les historiens ne s'entendent pas sur la date de sa naissance. Celle que nous venons de donner est adoptée par l'abbé Laverdière et M. l'abbé Bois. Elle s'accorde parfaitement avec l'acte de sépulture de Sarrazin, du 9 septembre 1734, qui le dit âgé de 75 ans. C'est encore celle qui se trouve dans le dictionnaire de M. l'abbé Tanguay, notre savant collègue.

D'un autre côté, l'abbé Ferland dit qu'il mourut à 70 ans, ce qui reculerait sa naissance jusqu'à l'année 1664, et l'acte de son mariage, écrit le 20 juin 1712, le dit âgé de 40 ans, ce qui le ferait naître en 1672. Cette dernière date nous paraît absolument fausse. En effet nous le trouvons en Canada en 1686, et le 12 de novembre de cette même année MM. de Denonville et de Champigny le nomment chirurgien-major des troupes du Roi.3 Or, en fixant sa naissance à l'année 1672, il n'aurait eu que quatorze ans en 1686, et par conséquent il n'aurait pas pu être qualifié le moins du monde pour remplir les fonctions si difficiles de chirurgien-major, ni être regardé comme " très habile médecin," ainsi que le disent les documents contemporains.

Nous croyons plutôt que le Dr Sarrazin, par un grain de coquetterie qui s'explique difficilement chez un homme âgé et chez un savant de sa trempe, céda à la tentation de se rajeunir. Peut-être eut-il peur de contrister sa jeune épouse qui n'avait que vingt ans, en avouant ses cinquante-trois ans. Nous ne savons rien à ce sujet. Cependant nous sommes d'opinion qu'il ne faut pas trop tenir compte de l'âge donné lors du mariage, et qu'à cette date Sarrazin avait cinquante-trois ans, et non pas quarante, comme on l'écrivit alors. M. l'abbé Tanguay nous assure d'ailleurs que ces erreurs d'âge sont très fréquentes dans les actes de mariages et de sépulture.

Nous connaissons très peu de chose sur les premières années de Sarrazin. Moreri, dans son Supplément publié à Paris en 1749, dit " qu'il exerça d'abord la chirurgie avec honneur. Sa piété lui ayant inspiré d'entrer dans le Séminaire des Missions-Etrangères,

1 Acte de mariage de Michel Sarrazin, Montréal, 20 juin 1712.

2 Second Supplément de Moreri, publié à Paris en 1749.

3 Registre des arrêts du Conseil de Québec 1694-1702.

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