‹ Le docteur Michel SarrazinChapitre 3 sur 13 · POUK SERVIE 1 L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA · texte numérisé non relu

POUK SERVIE 1 L'HISTOIRE DE LA SCIENCE EN CANADA

après un an d'épreuves, le supérieur, qui avait bien examiné ses dispositions, lui conseilla de s'attacher à la médecine. Sarrazin suivit ce conseil, étudia avec soin, devint habile, et fut envoyé à Québec où il a exercé la médecine avec beaucoup de capacité et de succès."

En quelle année et par qui Sarrazin fut-il envoyé au Canada, c'est ce qu'il nous a été impossible de trouver. Il est probable qu'il arriva à Québec vers 1685, puisqu'en 1686, comme nous l'avons dit plus haut, MM. deDenonville et de Champigny, " ayant été pleinement informés que le sieur Michel Sarrazin était très habile chirurgien, le convièrent de rester en ce pays, et pour l'y engager ils l'établirent chirurgien-major des troupes que Sa Majesté y entretenait." Cette nomination fut confirmée par M. de Seignelay et ensuite par un brevet du Roy.

Sarrazin resta au pays jusqu'en 1694, et exerça pendant tout ce temps la double fonction de chirurgien et de médecin, avec un zèle et un désintéressement qui ne se démentirent jamais. Officiers, soldats, habitants du pays, tous reçurent de sa part les mêmes soins empressés, et cela très souvent sans aucune rétribution, 1 surtout de la part des habitants,, la pauvreté étant alors très grande dans cette classe de la population canadienne.

Il fit pendant ces quelques années de fréquents voyages à Montréal, et l'on voit qu'en 1692 il signait dans cette dernière ville un acte de donation à l'église de Ville-Marie " pour la construction d'une chapelle joignant l'église pour les âmes du purgatoire, en accomplissement d'un vœu fait l'année précédente." 2 Qui sait si ce vœu n'avait pas été motivé par quelques dangers courus de la part des sauvages durant ses voyages d'une ville à l'autre ?

En 1694, " ayant crû qu'il lui estait nécessaire pour se perfectionner davantage, il a fait un cours de médecine à Paris, où il a demeuré environ trois ans, et a pris ses degrés à Rens." 3 L'abbé Laverdière, dans une lettre à M. l'abbé Verreau, du 16 décembre 1858, croit que cette dernière ville indiquée dans le registre du Conseil est bien Rennes et non pas Rheims, " où, dit-il, on ne donnait pas de tels degrés." Cependant, nous lisons dans une lettre du chanoine Hazeur, résidant à Paris, à son frère chanoine, résidant à Québec, et datée du 23 février 1*732, que le fils du Dr Sarrazin faisait alors avec grand succès à Paris un cours d'anatomie, dans le but de se consacrer plus tard à la pratique de la médecine. Vers la fin de la lettre, nous lisons ce qui suit : "Je lui faits recommencer sa philosophie sans cependant le détourner de son anatomie affin qu'il puisse passer maistre ès-arts à Paris, car pour le bonnet de docteur il pourra le prendre à Rheims." Le mot est parfaitement écrit ; par conséquent on donnait alors dans cette ville des degrés en médecine. La ville de Rheims jouissait-elle du même privilège en 1694 ? il nous a été impossible de nous en assurer, de même que nous n'avons pas pu trouver les documents où l'abbé Laverdière avait puisé ses renseignements à ce sujet.

Au Canada, on trouvait que le séjour de Sarrazin se prolongeait outre mesure. Il était d'ailleurs assez naturel que l'on craignît qu'un homme de sa capacité ne fût retenu à Paris, au moment où l'Académie des Sciences, qui comptait déjà une vingtaine d'années d'existence, groupait autour du trône de Louis XIV les hommes les plus remarquables du royaume. De plus, le besoin d'un médecin capable se faisait vivement sentir. Aussi, dès le 6 novembre 1695, voyons-nous l'intendant de Champigny écrire au ministre pour

1 Eegistre des arrêts du Conseil de Québec, loc. cit. 2 Archives de Montréal.

3 Arrêts du Conseil de Québec, loc. cit.

L'ABBÉ LAFLAMMB — MICHEL SARRAZIN : MATÉRIAUX

" le supplier très instamment " d'envoyer un médecin en Canada. Il désire surtout le retour de M. Sarrazin qui, " après avoir acquis une expérience consommée dans les fonctions de chirurgien-major en ce pays, pendant six ou sept ans, a été en France pour achever de se perfectionner dans l'étude de la médecine." L'intendant demande que Sa Majesté lui accorde un traitement de six cents livres par an. " Il trouvera, dit-il, le surplus de son entretien dans le pays."

Nous voyons souvent dans la correspondance officielle des gouverneurs et des intendants se répéter ces demandes relatives au traitement du Dr Sarrazin. En 1700, MM. de Callières et de Champigny écrivent au ministre pour que ce traitement soit porté à mille ou douze cents livres. " L'argent, disent-ils, ne saurait être mieux employé. Les soins qu'il prend pour la médecine ne l'empêchent pas de s'appliquer à la recherche des plantes et à l'anatomie des animaux les plus rares de ces quartiers dont il envoie ses observations à Messieurs de l'Académie des Sciences et une caisse de nouvelles plantes à Monsieur le premier médecin."

Une autre lettre, du 5 octobre 1701, remercie le ministre d'avoir augmenté les appointements de Sarrazin de trois cents livres. Mais on voit que la crainte de voir partir l'illustre médecin est encore grande, et on demande un nouvel octroi de trois cents livres en répétant les mêmes éloges relatifs à son zèle et à son désintéressement.

Un peu comme de nos jours, les augmentations de salaire se faisaient longtemps attendre. Les ministres, paraît-il, sont obligés de procéder avec une sage lenteur quand ils disposent des revenus publics. Aussi, malgré toutes les supplications des gouverneurs et des intendants dont nous venons de parler, le salaire de Sarrazin n'était encore en 1702 que de six cents livres. Voilà pourquoi MM. de Callières et de Beauharnois reviennent à la charge et demandent une augmentation d'appointements.

Plus tard ces demandes changent de forme. Les gouverneurs appuient moins sur les services que Sarrazin rendait aux Canadiens en sa qualité de médecin. Ils font valoir surtout " les belles connaissances qu'il a acquises, son zèle pour la recherche des plantes et des animaux, et les observations que l'Académie lui demande." Et n'osant pas sans doute espérer un accroissement de salaire proprement dit, ils supplient de lui donner une gratification de cinq cents livres par an pour subvenir à ses dépenses. Cette faveur finit par être accordée en 1720, et en 1721 on demande au ministre de la continuer.

Nous avons voulu citer sans interruption ces différentes démarches des autorités canadiennes auprès des ministres, pour bien faire comprendre la considération et la confiance dont jouissait le Dr Sarrazin dans la colonie. Non seulement on le regardait comme un médecin savant et distingué, mais encore on ne cessait de parler de sa haute valeur comme homme de science, du dévouement inaltérable et du désintéressement complet qu'il déployait dans les soins donnés aux malades, surtout aux malades des hôpitaux.

En voilà assez pour faire comprendre avec quels sentiments de joie toute la population de Québec le vit arriver en 1697 avec le titre de médecin du Roy. Cependant nous ferions erreur si nous affirmions que la seule raison qui fit alors revenir Sarrazin au Canada fut la demande de l'intendant de Champigny citée plus haut et datée de l'année 1695. Pour nous, le principal motif de son retour au Canada se trouve clairement indiqué dans les quelques lignes suivantes extraites des Arrêts du Conseil de Québec, 1694-1702 : " Et comme il y a lieu de l'apprendre que le Sr de Sarrazin a eu d'autres veuës en revenant au Canada que celles de traiter seulement les malades, s'appliquant beaucoup aux dissections

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