SCÈNE PREMIÈRE LIA, ROGER
LIA, lui tenant la main.
Oui, mon bien-aimé, à toi tous les jours de Lia... car elle te doit tout... [Elle se lève.) Il y a un mois, j’attendais avec anxiété le retour de Mlle de la Reynerie ; mon çœur , tout occupé de toi, n’avait pas pressenti le danger qui menaçait ma chère maîtresse... Evanouie déjà, elle ne luttait plus contre les vagues furieuses qui l'allaient entraîner... mais tu avais entendu ses derniers cris de détresse, mon Roger... au risque de voir se briser ta pirogue que tu conduisais seul, tu parvins jusqu’à Mlle de la Reynerie... Et en arrivant ici, tu m’appris en même temps tout ce que tu avais fait pour moi... « Lia, ma femme, me dis-tu, rassure-toi. Ta sœur est » sauvée... »
ROGER
Mlle de la Reynerie est tout à fait remise, n’est-ce pas?
LIA
Oh ! non!... elle est toujours triste et silencieuse. A la nouvelle du danger qu’elle avait couru , tous ses amis se sont présentés à l’habitation ; elle n’a voulu recevoir personne, pas même Mme la comtesse de Keradeuc, sa cousine. M. l’abbé Landry a été seul admis et vient ici presque tous les jours. Hier au soir pourtant elle était plus calme... elle a fait appeler son notaire, M. Morand, qui est depuis une heure enfermé avec elle.
ROGER
Et elle n’a pas revu le docteur noir?
LIA
Non.
Hier, elle lui a écrit.
A Fabien?
ROGER
LIA
ROGER
J’étais près de lui quand la lettre lui fut remise... Lorsque je le quittai, il me serra la main en me disant adieu... et cet adieu était solennel, comme s’il devait être le dernier.
[Ici la porte de gauche s’ entr' ouvre .)
LIA
Mademoiselle sort de son cabinet avec M. Morand.
ROGER
Ma présence serait importune peut-être,.... Je me retire.... Je vais chercher Fabien... son adieu d'hier m'inquiète.
LIA
C’est cela... je prie pour ce bon Fabien... toi, veille sur lui... c’est que je l’aime, vois-tu... car c'est à lui que je dois Roger... que je dois mon bonheur.
(Appuyée sur le bras de Roger , elle sort avec lui par le fond , et M. Morand entre par la porte de gauche avec Pauline.)