‹ Le Docteur noir, drame en 7 actesChapitre 50 sur 63 · LES MÊMES, FABIEN · texte numérisé non relu

LES MÊMES, FABIEN

(Fabien est introduit par l'intendant A la vue de tant de monde,

il s arrête et semble hésiter. Sur un signe de la marquise, il entre, sincliae, et s’ad.esse à la marquise.

FABIEN

Madame la marquise m’a fait appeler... je me rends à ses ordres.

aurélie, bas à la dame qui se trouve de son côté.

Comment le trouvez-vous?. .. Bien, n’est-ce pas?

LA MARQUISE

Fabien, vous quittez mon hôtel... vous allez partir... aurélie, étonnée.

Vraiment! Et où va-t-il donc?

LA MARQUISE

A Bourbon.

Fabien, vivement.

Moi II [Un regard de Pauline l'arrêt*.)

sainte-luce, à part

Comme elle le regarde!...

r Fabien, avec résignation.

Quand devrai-je partir, Madame?

LA MARQUISE

Demain... Mon intendant a reçu mes instructions. .. J’ai sonsé à votre avenir. . à votre fortune .. vous pouvez vous retirer maintenant...

sainte-luce. à la marquise

Fas encore !.. . Ma tante, je solliciterai de vous un délai... un sursis à ce départ... [Il fait signe à Fabien de de cendre près ^e Itii.) Fabien, nous ne sommes plus à Bourbon... et je puis, je veux reconnaître ce qu’un jour vous avez fa t pour moi .. je tiens pour bonne I invitation que. te vous ai faite alors, et je dénire que vous assistiez à mon mariage avec Mlle de la Reynerie (aoec intention, et regard >nt ensemble' Fabien et Pauline), mariage qui sera célébré dans trois jours. [Fabien fait un mouvement; mais Pauline s'est aussitôt soulevée, et ne le quittant pas du regard, elle « posé la main sur la console qui contient le poison. Fabien, rassemblant toutes ses forces, feint d'etre calme, et se tait.)

sainte-luce, à part, les regardant tous deux.

Encore!... Oh! à tout prix, je veux savoir...

alrélie, de su place, à la mirquise.

Vous accorderez ceitegrâceà Fabien, n’esb-ce pas, ma tante?... Docteur, vous ne remerciez pas mon frère?

sainte-luce , ruvc un sourire ralleur.

Ah ! je me souvieius... il lui coûte de s'avouer mauvais prophète ... Fabien avait déclaré tout mariage impossible pour Milo de la Reynerie ..

LA MARQUISE

Lui !

SAINTE-LUCE

Oui, ma tante; il craignait sans doule de perdre une clientèle, source inespérée do fortune et de faveurs [Arec intcnion, et regardant Pauline.) O» ne peut supposer un autre motif, . mais je train* bien que la protcoton de notre connne. pour avoir été iirélkthie, exagérée peut-être, ne soit fatale à notre docteur.

“ ' AURÉLIE

Comment?

SAÏNTE-LI'CE, avec insolence.

Sans doute, à Bourbon, il lui faudra dépouiller cette enveloppe de gentilhomme qui paraît étrange, et dont on s'amuse ici .. mais qui serait une insulte qu'on châtierait là-bas... Il lui faudra sur tout déposer cette épée qui va mal an pauvre mulâtre qui no pourrait s’en servir même pour détourner la canne d'un planteur p vi' line , regardant toujours Fabien, poussant un cri concentré. Ah!

sainte-luge , avec colère.

Plus de doute ! elle l’aime !

AURÉLIE

Vous êtes cruel, mon frère.

sainte luce , avec hauteur.

Non, ma sœur, ce n'est pis moi .... c'est la raison qui remet chaque clio-e à sa place, et chaque homme à son rang... Voyez. Fabien paie déjà cher les rêves insensés qu une bienveillance imprudente a fait naître... Il souffiu. car il ne peut oublier ce qu ü a été. ce qu’il est encore... il tourmente 1 1 poignée de celte épée dont il ne |>eut faire qu'un poignard, seule arme qui doive briller dans la main qui porte encore l'empreinte d'une chaîne.

Fabien , avec rage.

Ah I

(Il porte la main à son épée, puis l’arrachant de son côté, il la brise dans ses mains et la jette à ses pieds ; puis, après ce mouvemen' qu'il n'a pu réprimer, il chancelle et porte la main à son visage qui s’inonde tout-a-coup de larmes. Mouvement général, tout le monde regarde Fabien.)

SAINTE-LUCE , regardant Fabien avec mépris Qu'est ce donc?

AURÉLIE, qui s'esl levée el qui se p’ace entre Sainte-Luce etFabün. Pauvre homme ! voyez... il pleure!...

PAULINE, se levant et ici tnt avec farce à terre son énen'ail.

Oh! je î-uià lâche el infâme! (s'élançant vers sa mère, et dune voix étouffée par la colère et les sanglots.) Ma mere, renvoyez tout le monde... i! faut que je vous parle!

la marquise, sc levant.

Quelle agitation!...

PAULINE , bas.

Par pitié, pour moi, pour vous... renvoyez tout le monde!..

LA MARQUISE, 6u*.

Vous m'effrayez, Pauline... (haut et mon'anl au fond.) Mes amis, rnj ûile usl souffrante... et son état m inquiète...

AURÉLIE . #’u vançmt près de Pauline.

Vraiment !

LA MARQUISE, d tous.

A bientôt... Et vous, chevalier, à demain.

(Tous les invités sortent .] sainte-luce, à part, avec colère.

Si vous m’avez donné en effet cet indigne rival, belle cousine... je vous ai rendu, du moins, insulte pour insulte... (d Amélie.) Ma sœur, sortons.

(Il lui prend h main et fort avec el’e; il jette en passant un dernier regard de mépris sur Fabien, qui va le suivre.)

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