‹ Le Docteur QuesnayChapitre 106 sur 128 · Lettre sur le langage de la science économique · texte numérisé non relu

Lettre sur le langage de la science économique

1759, à une époque voisine de celle où il était entré en relations avec Vincent de Gournay, il avait mis en marge d'un manuscrit de Mirabeau : « Il ne faut que faciliter le débit et laisser faire. »

Les principaux disciples que la création du Journal de V Agriculture, du Commerce et des Finances groupa autour du docteur furent Du Pont de Nemours, directeur de cette revue, ^lirabeau. Abeille, que son Corps d'observations sur la Bretagne avait fait connaître, Le Trosne, écrivain de mérite, toujours clair et souvent spirituel, Butré, Saint-Peravy et Le Mercier de la Piivière ; mais en même temps, les adversaires de la nouvelle école se multipliaient.

Le principal était Forbonnais, qui mettait dans sa réfutation du Tableau économique une aigreur que des considérations d'ordre scientifique ne suffisent pas à expliquer.

Yauban et Boisguilbert, disait-il, sont les seuls auteurs que Tinventeur du Tableau semble avoir lus. Il dénature les faits, il prend ceux qui sont favorables à sa thèse et écarte les autres ; ses calculs sont viciés par des erreurs et des omissions. Son évaluation de

la richesse agricole possible de la France est un « roman » où, après avoir évalué les récoltes en blé à 37 millions de setiers, il suppose qu'elles pourront augmenter de 24 millions sans tenir compte de l'avilissement des prix qui serait la conséquence de cet énorme accroissement. Forbonnais trouvait « regrettable d'entendre donner des leçons à la nation sans avoir aucune connaissance », et de prétendre faire de la philosophie en mettant tous les faits à l'écart.

Il est incontestable que, sur les détails, Forbonnais triomphait; sa supériorité disparaissait pour les théories.

Partisan du régime réglementaire, bien qu'il eut toujours le mot de liberté à la bouche, il se refusait à voir les effets funestes de l'intervention gouvernementale dans les questions économiques.

La seule de ses critiques théoriques qui frappait juste portail sur le luxe queQuesnay condamnait inconsidérément. Au sujet de la classe stérile, Forbonnais avait senti que le système du médecin de M™^ de Pompadour reposait sur une erreur ; mais il ne voyait pas d'où elle provenait. 11 acceptait même

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la proposition fondamentale du système : « Les travaux de l'industrie ne multiplient pas les richesses », et ne savait plus, dès lors, comment en combattre les conséquences. Il était plus faible encore lorsqu'il parlait de Tarofent et de la balance du commerce.

« La confiance enthousiaste dans un système de liberté générale et indéfinie » le troublait sans qu'il trouvât des arguments contre elle. A propos du commerce des grains, il distinguait entre les vérités générales et les « vérités locales » dont « l'administration doit suivre le cours et l'instabilité. »

Ses critiques étaient celles d'un érudit, soucieux des points sur les i, et négligent des vues d'ensemble. Elles étaient d'ailleurs à peu près aussi obscures que le Tableau économique. « Ce sera, dit plaisamment Grimm, le seul côté par lequel l'auteur se fera estimer de son adversaire. >>

Les Eléments du commerce avaient valu à leur auteur une place d'Inspecteur général des monnaies créée pour lui en 1756.

Choiseul en arrivant au pouvoir l'avait consulté. Silhouette lui avait offert, sans le con-

naître personnellement, une place de premier commis aux finances. Forbonnais avait refusé, mais sur Tordre du roi, il avait prêté son concours au ministre sous le titre de garde du dépôt du contrôle général. 11 avait alors proposé des réformes dont une partie fut mise à exécution \

Mais le Dauphin lui demanda des mémoires ; Silhouette apprit le fait^ s'imagina que son subordonné voulait le supplanter et se fâcha. Forbonnais dut s'éloigner.

De retour à Paris, à la chute de Silhouette, il fut de nouveau consulté par Choiseul ; en 1763, après la paix, le ministre lui demanda un plan de finances dont il se servit pour harceler Bertin. Le contrôleur général se défendit ; M™® de Pompadour fut hostile à Forbonnais qui fut exilé dans ses terres.

Ainsi, après avoir été considéré comme l'homme le plus compétent en économie politique, et après avoir pris part aux affaires, Forbonnais avait été frappé par la favorite et par Bertin. Les économistes ne l'avaient pas d'ailleurs ménagé; le marquis de Mirabeau

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