‹ Le Docteur QuesnayChapitre 12 sur 128 · Marie- Anne qui ne savait pas signer · texte numérisé non relu

Marie- Anne qui ne savait pas signer

seule, mourut en 1730, après avoir eu à soutenir plusieurs procès contre des voisins ou des débiteurs. Quesnay vendit sa part d'héritage qui comprenait la maison familiale et une autre petite maison, la première, moyennant une rente foncière de 120 livres, rachetable pour 2.600 livres, la seconde moyennant une rente foncière de 24 livres.

Il nous a retracé, dans une brochure écrite en 1748, la vie du chirurgien de village, allant saigner ou panser dans les campagnes et administrant quelques médicaments, de la tisane, un purgatif, d'autres remèdes simples, bien que l'exercice de la médecine lui fût interdit. Mais le chirurgien ne réclamait de salaire que pour la saignée et donnait ses soins médicaux par-dessus le marché. Les règlements étaient ainsi éludés, à la satisfaction du menu peuple qui évitait Tobligation d'avoir à faire appel aux lumières coûteuses d'un médecin.

Quesnay, ainsi qu'il Ta déclaré, faisait comme tous ses confrères, et exerçait la médecine autant que la chirurgie. Il ne se bornait pas d'ailleurs, en tant que chirurgien, à saigner et à panser; le diplôme qu'il avait

reçu à Saint-Côme lui permettait de pratiquer la grande chirurgie, c'est-à-dire de faire des opérations et des accouchements.

M. Grave nous le montre accouchant secrètement, en 1727, une fille de qualité, se chargeant de mettre Fenfant en nourrice, le présentant au baptême et assistant ensuite, comme témoin, au mariage réparateur.

A ses titres de maître ès-arts, chirurgien reçu à Saint-Côme, Quesnay joignit celui de membre de la Société académique des arts^ qu'avait récemment instituée à Paris le comte de Clermont avec l'agrément du roi, et il y joignit aussi, d'après les biographes, celui de chirurgien major de l'Hôtel-Dieu de [Niantes- En cette qualité, il aurait eu à déployer ses talents, car THôtel-Dieu aurait servi d'asile pendant plusieurs années à un grand nombre de blessés d'un régiment employé à la reconstruction d'une partie du vieux pont sur la Seine, constatation qui ne donne pas une haute idée de l'organisation des chantiers de travaux publics à cette époque.

1. Dans l'acte de décès de sa mère, il est désigné comme académicien.

Actif et très probablement plus instruit que ses confrères, Ouesnay n'avait pas tardé à se faire une bonne clientèle. Il ne refusait jamais ses soins, quel que fût le lieu et quelle que fut la saison, dit d'Albon. 11 avait surtout de la réputation comme accoucheur, ce qui le faisait appeler dans les châteaux des environs de Mantes.

Une circonstance de ce genre le mit en relations avec la famille de Noailles qui lui témoigna depuis la plus grande bienveillance, ainsi que le prouvent les dédicaces de plusieurs de ses ouvrages \

Le vieux Maréchal de Noailles avait dans les talents de Quesnay une telle confiance, racontent les biographes, qu'il conseilla à la reine, lorsqu'elle vint à Maintenon, après ses

1. Quesnay dédia en 1736 son Essai physique sur C économie animale au maréchal duc de Noailles (1678- 1766); en 1749, au fils de celui-ci, Louis de Noailles. duc d'Ayen (1713-1793), gouverneur du Roussillon,' puis maréchal, le Traité de la gangr^me; et la même année, au comte de Noailles^ duc de Mouchy, le Traité de la suppuration.

La dernière dédicace ne renferme que des formules de politesse. Dans celle du Traité de la gangrène, on lit:

« C'est à ce zèle (que vous montrez pour tout ce qui a

couches, de ne point amener avec elle de médecin. « Quesnay, précise Hévin, accompagna la reine dans le séjour qu'elle fit à Maintenon, en allant et revenant de Chartres après la naissance du dauphin ». Ainsi que Ta déjà signalé^I. Lorin, ^larie Leczinska ne fit pas ce voyage en 1729 après la naissance du dauphin, mais en 1732, après la naissance delà princesse Adélaïde. Elle partit de Versailles le 26 mai, coucha à Rambouillet, alla dîner à ^laintenon le 27, et coucha le soir à Chartres où, le lendemain, elle fit des prières pour remercier le ciel, non de lui avoir donné sa fille, mais de lui avoir donné précédemment un dauphin. Elle se remit en route le 29, dîna à Maintenon et coucha à Rambouillet.

On s'explique difficilement qu'un de ses médecins n'ait pas fait partie de sa suite. Eu éo;ard à la brièveté du vovao^e, l'assertion d'Hévin peut renfermer toutefois une part de vérité.

rapport au bien public) que je dois les regards favorables dont il a plu à votre Grandeur d'animer mes premiers essais et la protection aussi généreuse qu'efficace dont elle daigne m'honorer depuis longtemps ».

A cette époque, la réputation de Quesnay avait dépassé la région de Mantes ; il venait de remporter une victoire dans une querelle scientifique avec un docteur en renom de la Faculté de Paris, Silva, alors attaché à la maison du comte de Charolais.

Très à la mode, médecin des dames, en imposant à ses malades par la bizarrerie de ses prescriptions \ Silva avait publié sur la saignée un liv^re plus brillant que solide et qui néanmoins avait eu du succès. Le Journal de Verdun Tavait approuvé, Bœrrhave en avait dit du bien-.

Silva était un disciple de la vieille école médicale, imbu des préjugés que la Faculté avait érigés en préceptes. Il soutenait que, pour amener le déplacement des humeurs localisées dans une partie du corps, il fallait nécessairement ouvrir une veine dans une partie opposée. Il ne tenait point compte, dans ses explications, de la contractilité du tissu artériel et semblait raisonner sur le

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