‹ Le Docteur QuesnayChapitre 53 sur 128 · iJ'Argenson · texte numérisé non relu

iJ'Argenson

monde, était timide devant le roi ; il Tamusait pourtant par des boutades et c'était beaucoup auprès d'un prince accablé d'ennui et auprès d'une favorite qui cherchait à distraire le maître par tous les moyens.

M"^® du Hausset a rapporté une anecdote qui nous renseigne à ce sujet. Elle avait parlé avec mépris de quelqu'un qui aimait l'argent; Quesnay raconta qu'il avait fait un rêve. Il était un ancien Germain, possédant une vaste maison, des tas de blés, des bestiaux, des chevaux, de la cervoise, mais souffrant d'un rhumatisme et ne sachant comment faire pour aller à cinquante lieues de là boire l'eau d'une source qui devait le guérir. Un enchanteur parut et lui remit une poudre dont il suffisait de donner une pincée aux gens pour être nourri, logé et entouré de soins. C'était de la poudre de perlimpinpin. Cette poudre, ajoutait Quesnay, c'est l'argent que vous méprisez. De tous ceux qui viennent ici, quel est celui qui fait le plus d'effet, c'est Montmartel qui vient quatre ou cinq fois par an. Pourquoi? Parce qu'il a des coffres pleins de poudre de perlimpinpin. Et tirant quelques louis de sa poche : « Tout ce qui existe est renfermé

dans ces petites pièces. Tous les hommes obéissent à ceux qui en ont et s'empressent de les servir. C'est mépriser le bonheur, la liberté, les jouissances de tout genre que mépriser Targent. Quand je demande au roi une pension, c'est comme si je lui disais: Donnez-moi le moyen d'avoir un meilleur dîner, un habit bien chaud, une voiture pour me garantir de la pluie et me transporter sans fatigue. «

Un cordon bleu passa sous les fenêtres : « Celui qui demande au roi ce beau ruban^ continua Quesnay, s'ilosaitdire ce qu'il pense, dirait: J'ai de la vanité et je voudrais bien, quand je passe, voir le peuple me regarder d'un œil bêtement admirateur; je voudrais bien être appelé Monseigneur par la multitude. Tout cela est du vent; ce ruban ne lui servira de rien. Mes pièces me donneront partout les moyens de secourir les malheureux. Vive la poudre de perlimpinpin ! »

On entendit alors rire aux éclats dans la pièce voisine. C'était le roi, avec M"' de Pompadour et M. de Gontaut qui avaient écouté la parabole du docteur, a Vive la poudre de perlimpinpin, s'écria le roi en entrant;

docteur, pouvez- vous m'en procurer ? » ^1'"® de Pompadour fît de grandes amitiés à Quesnay ; le roi sortit et M'"^ du Hausset alla aussitôt enrichir ses Mémoires de Tanecdote.

Quesnay rendit d'ailleurs en sa double qualité de médecin du roi et de la favorite des services personnels à Louis XV,

Une nuit, celui-ci se trouva chez M™® de Pompadour si malade d\me indigestion qu'on pouvait le croire à deux doigts de la mort. La favorite fut très effrayée : de quel crime ses ennemis n'allaient-ils pas l'accuser? Louis XV eut la présence d'esprit d'envoyer chercher secrètement Quesnay.

Le docteur examina le malade, lui administra uncordiaP, l'inonda d'eau de senteur, lui fit prendre du thé et le reconduisit dans ses appartements. Le lendemain, il eut à remettre un petit billet du roi à M'"® de Pompadour : « Ma chère amie doit avoir eu grand peur, mais qu'elle se tranquillise. Je me porte bien et le docteur vous le certifiera. »

L'incident resta caché ^ ; au dire de M""" du

Page 1