‹ Le Docteur QuesnayChapitre 57 sur 128 · Vie prir.èe de Louis XV · texte numérisé non relu

Vie prir.èe de Louis XV

mais les cagots auront un empire absolu sur lui... Les jésuites gouverneront... Les parlements n'ont qu'à bien se tenir, ils ne seront pas mieux traités que nos amis les philosophes. )) — « Ceux-ci vont trop loin; ils attaquent trop ouvertement la religion. » — a J'en conviens, mais comment n'être pas indigné du fanatisme des autres?.. Je les exhorte souvent à se modérer... Ce sont les premiers temps du règne du Dauphin que je crains, où les imprudences de nos amis lui seront présentées avec la plus grande force, où les jansénistes et les molinistes feront cause commune et seront appuyés fortement par la Dauphine; j'avais cru que M. de Muy était modéré, mais je lui ai entendu dire que Voltaire méritait les derniers supplices. . . Les temps de Jean Huss, de Jérôme de Prague reviendront; j'espère bien que je serai mort. »

Et, poussant une pointe à [Mirabeau, ancien ami de Lefranc de Pompignan, Qiiesnay ajouta : « J'approuve bien Voltaire de sa chasse auxPompignan. » « Ce qui devrait vous rassurer sur le Dauphin^ repartit ^Mirabeau,

c'est que malgré la dévotion de Pompignan, il le tourne en ridicule. »

Le second dialogue ne le cède en rien au précédent.

Mirabeau entame encore la conversation : (( Le Royaume est bien mal; il n'a ni sentiments énergiques, ni argent pour les suppléer. » Alors Le Mercier de la Rivière intervient: «Une peut être régénéré que par une conquête comme à la Chine ou par quelque grand bouleversement, mais malheur à ceux qui s'y trouveront. Le peuple français n'y va pas de main morte. ))

M™^ du Hausset sortit en tremblant; Marign}^ la rassura, a N'ayez pas peur, rien n'est répété de ce qui se dit chez le docteur. Ce sont d'honnêtes gens, quoique un peu chimériques. Ils ne savent pas s'arrêter. Cependant, ils sont, je crois, dans la bonne voie; le malheur est qu'ils passent le but. »

Le même jour, Quesnay disait à Marigny, à propos du duc de Choiseul : « Ce n'est qu'un petit maître et s'il était plus joli, fait pour être un favori de Henri III. »

Quesnay n'avait pas cette liberté de lan«

gage uniquement chez lui dans son entresol. H osait presque autant dans Tappartement de la favorite.

L'intendant des postes, Janelle, y venait chaque dimanche montrer au roi et à la marquise le contenu des lettres qu'on avait décachetées pendant la semaine au cabinet noir. Lorsque (juesnay le voyait passer, il entrait dans une telle colère que Técume lui venait à la bouche : « Je ne dînerais pas plus volontiers avec Fintendant des postes qu'avec le bourreau, s'écriait-il, )>

«Il faut convenir, observe M'"Mu Hausset, que chez la maîtresse du roi, il est étonnant d'entendre de pareils propos et cela a duré vingt ans' sans qu'on en ait parlé. » — « C'est la probité qui s'exprime avec vivacité, disait Marigny, et non l'humeur et la malveillance qui s'exhalent. «

Le chevalier, depuis bailli, de Mirabeau, a prétendu, dans une lettre à son frère, que Ouesnay était plus audacieux en secret qu'en puljlic.

Quesnay passait au contraire à la Cour

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