‹ Le Docteur QuesnayChapitre 68 sur 128 · Economie animale · texte numérisé non relu

Economie animale

tement que ce n'est pas en opposant le dérèglement au dérèglement, c'est-à-dire en augmentant le désordre même, qu'ils éviteront les malheurs qu'ils ont à prévenir». Telles sont les idées qu'énonçait le chirurgien et qui se retrouvent plus tard dans son Traité de droit naturel, base principale de la Physiocratie. Dans V Encyclopédie, Quesnay revint déjà sur une partie d'entre elles.

Son article ne répond qu'imparfaitement au titre Evidence. Il aurait été mieux placé au mot Certitude qu'avait traité l'abbé de Pradt. Quesnay n'y parle guère qu'en passant des vérités si claires par elles-mêmes qu'elles n'ont pas besoin d'être prouvées ; il examine les idées en général depuis le moment où elles naissent jusqu'à celui où l'intelligence les prend pour bases des raisonnements.

Il débute par une déclaration remarquable, étant donné le recueil où elle prenait place :

« Il n'y a pas de contradiction nécessaire entre la science et la foi. »

Cette déclaration était-elle destinée à prouver que ^Encyclopédie n'était pas aussi impie qu'on le disait ? Etait-elle l'expression

indépendante des sentiments intimes de Quesnay ? Il est difficile de répondre.

Les biographes ont été très affirmatifs quant aux opinions religieuses du docteur.

« ^lalgré la multiplicité de ses connaissances et la vivacité de son esprit, dit Grandjean de Fouchy, il avait senti que la liberté de penser devait avoir des bornes ; il avait fait une étude suivie des matières de la religion et tous ses écrits portent Tempreinte du respect qu'il avait pour elle ; on lui a toujours rendu justice sur cet article; ses mœurs et sa conduite étaient pour ainsi dire l'image et l'expression vivante de ses sentiments à cet égard. Il en a recueilli le fruit par la tranquillité qui accompagna ses derniers moments. »

D'Albon dit aussi : « Il prit la religion pour base fondamentale de son système ; il la respecta dans tous ses écrits... Le bon usage de la vie le préserva des horreurs de la mort... Il se mit entre les mains de la religion et mourut paisiblement. »

Grimm avait écrit en 1767: « Les économistes ont en général une pente à la dévo-

tion et à la platitude bien contraire à l'esprit philosophique. »

D'Argenson a noté au contraire que Quesnay passait pour « esprit fort » : « Ci-devant, la » marquise faisait l'esprit fort devant le roi )) pour assurer son règne ; elle admettait à » sa conversation avec le roi le sieur Ques- » nay, son médecin, homme de beaucoup » d'esprit et qui se pique d'être esprit fort'. »

Il n'en fallait pas beaucoup alors pour mériter cette qualification. La Peyronie avait été taxé d'impiété pour avoir mis le Sensoriiun cominutie dans le corps calleux, sans qu'on parût se douter que Descartes et Malebranche, longtemps auparavant, avaient placé le siège de Tâme dans le cerveau.

Quesnay avait accepté l'opinion de La Peyronie ; il avait, en outre, combattu le système des idées innées et fait sortir toutes nos connaissances des sensations, ainsi que Voltaire, Diderot, et la plupart de ses contemporains. Or les anti-cartésiens passaient

1. 13 février 1756. Son opinion sur la Marquise est confirmée par d'autres témoignages, notamment par les

Lettres de Voltaire à UAlemhert.

pour impies \ Quesnay donnait d'ailleurs à l'âme des attributs en quelque sorte matériels. C'est ce qui paraît résulter du titre de la brochure à laquelle nous avons fait plus haut allusion et où on lit, d'après le catalogue des livres d'A. Smith qui en possédait un exemplaire ' :

« Aspect de la psychologie : L'âme est une » substance qui a la propriété de sentir ; la » propriété de sentir est la propriété radicale )) de toutes les affections et facultés de » l'âme. ))

Néanmoins il se déclara toujours spiritualiste, et si — comme cela résulte des conversations rapportées par M""* du Hausset — il avait horreur du fanatisme, s'il craignait de voir les « cagots », comme il disait, triompher à Tavènement du Dauphin au trône, il exhortait ses amis les philosophes à se modérer dans leurs attaques contre la religion.

Une note de lui, en marge d'un manus-

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