‹ Le Docteur QuesnayChapitre 87 sur 128 · Papiers de Mirabeau · texte numérisé non relu

Papiers de Mirabeau

» voix prêchant dans le désert. Il était encensé j) par rintérêt qui voulait profiter de son » crédit, il n'était compris par personne. )) Une dame d'un mérite distingué, dont la » raison est d'autant plus sage et le goût » d'autant plus sur que la supériorité de son » esprit est fondée sur les qualités de son )) cœur, devina le prix de ces découvertes et » de ces recherches qu'avaient méconnu tant » d'hommes d'Etat et de beaux esprits. Elle » empêcha la formule du Tableau économique » d'être prodiguée dans le Mercure. Elle » sentit que le génie créateur auquel nous » devons cette formule pouvait être utile- » ment secondé par l'éloquence patriotique » de ï Ami des hommes et concourut à lier » intimement dans leurs travaux ces deux » bienfaiteurs du genre humain ^ ».

Quelle était cette dame d'un mérite distingué ? L'éditeur du discours de Du Pont a cité le nom de M™- de Pompadour sans faire attention que l'orateur parlaitd'une personne vivant en 1773. Ce ne peut être que M™^ de Pailly, qui présidait habituellement aux dîners

1. Cari Friedrichs ron Baden brieflicher terker mit Mirabeau und Du Pont. Heidelbere. 1892.

des économistes, devant qui parlait probablement Du Pont, et dont il est question dans la lettre de Quesnay.

En 1759, cette sensible marquise, jeune alors, exerçait peut-être déjà sur Mirabeau une influence toute particulière. Sans être capable de comprendre les calculs du docteur, elle pouvait se flatter d'en avoir deviné le prix et inspirer à son adorateur l'ambition de supplanter, auprès du médecin de la favorite, Marmontel, qui avait obtenu tout récemment la fructueuse direction du Mercure.

Quesnay trouva bientôt que son nouveau disciple lui demandait un peu trop de conseils pour la rédaction de son Explication.

« Je me suis aperçu que mes misérables » brouillons vous rendaient paresseux, lui » écrivit-il. Pensez à votre tour. Vous en sa- » vez autant que moi par principes, soyez » de plus marchand en détail. Je me suis oc- )) cupé autant qu'il est en moi des calculs..., )) développez-en les mystères par le raison- » nement ; cela vous va mieux qu'à moi qui » ne vise qu'aux résultats. Cependant je » pourrai mettre en addition ce que vous » aurf^z oublié. »

» J'ai été très content du premier cha- » pitre et de la première moitié du second )), avait-il dit au commencement de sa lettre. » L'ordre manque dans la suite ; le style » y est faible, obscur et bas ; ce n'est encore » qu'un croquis d'idées qui ne peut servir » que de remémoratif à Fauteur pour retrou- » ver ses matériaux, les façonner, les mettre » en place et construire nettement, solide- » ment et en bel aspect. »

Atténuant ensuite la crudité de ses critiques, Ouesnav terminait par ces mots :

« Au reste, ce qui va. va bien pourcomplé- » ter votre gloire immortelle. C'est ici le » crrand œuvre de votre intellicrence. Pen- » sez-y bien. ))

L'assistance du maître n'empêcha pas V Explication de V Ami des hommes d'être peu goûtée du public. Les deux collaborateurs s'en rendirent compte, car, dès que les circonstances le leur permirent, ils rédigèrent une explication beaucoup plus détaillée. Tel fut l'objet de la Philosophie rurale ou Economie générale de ragricultiire, réduite à V ordre immuable des lois physiques et morales qui assurent la prospérité des empires y parue en 1763.

Une lettre d'envoi au Margrave de Bade ^ des Eléments, extraits de cet ouvrage par le marquis de Mirabeau, renseigne sur le succès qu'il avait obtenu et sur les conditions dans lesquelles il avait été préparé :

« Je prends la liberté d'envoyer à Votre » Altesse les Éléments de la Philosophie » rurale, imprimée à Paris en 1763. L'invon- » teur du Tableau économique, M. Quesnav, » et le maître primitif de la science, dont » j'étais le seul élève alors, se servit de moi » pour le grand développement explicatif du )) Tableau et de toutes ses conséquences, tel » enfin qu'on peut dire que c'est le trésor de » la science. Les circonstances ne permettant » pas alors d'imprimer, il se chargea du ma- » nuscrit et Tenrichit de plusieurs matériaux » de toute espèce, tables de progression, » etc., de manière que tout est dans cet ou- » vrage ; mais une impression furtive et nul- » lement suivie, ajoutant à l'imperfection du » manuscrit, à la profondeur des déductions » et à la manière abstraite de les rendre, a » rendu cet ouvrage quelquefois peu intelli-

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