Notamment dans l'article Homnips inédit
)) La République ne doit pas être mise, en )) général, en opposition avec la monarchie » sans distinction des Etats... La monarchie » est un corps organisé qui change cons- )) tamment de tète, ce qui rend ce genre de )) gouvernement fort redoutable... Le gou- » vernement monarchique peut-il être régu- )) lier, peut-on espérer de Funiformité dans » une suite de princes si différents par la » capacité, par les passions ?... La constitu- )) tion d'une bonne monarchie, établie sur les » qualités requises dans une suite de monar- » ques, est une monarchie idéale et la vérité )) est moins l'incapacité du souverain que » Tabus de Tautorité confiée à des ministres )) qui est redoutable. Gomment les pré- » venir ?... »
Lorsque fut dressé le Tableau cconoinique^ la doctrine physiocratique, telle qu'elle nous a été transmise par ses derniers défenseurs, n'était pas encore entièrement constituée. Mais elle prenait un corps et c'est ce qui explique l'enthousiasme des disciples pour ce travail obscur. En perdant son aspect mystérieux, le Tableau n'a pas gagné en intérêt ; il conserve toutefois un rang important dans l'his-
toire économique parce qu'il dénote un grand effort' et parce que, plus qu'aucun autre écrit, il a contribué à assurer le triomphe de Fécole libérale sur Técole mercantile et réglementaire; il a été le drapeau autour duquel se sont groupés les Physiocrates.
Les propos très osésqui setrouventdans les Maximes lui donnent en outre le caractère d'une œuvre de circonstance, qui a dû influer sur l'esprit des gouvernants. A cette époque, les donneurs de conseils étaient nombreux, mais ils étaient guidés par des vues empiriques ou naïves -. A leur tête était le Parlement qui, rétabli en septembre 1757 sous la présidence d'un des Mole, faisait sentir aux
1. « Il est la première exposition synthétique du mouvement de la richesse auquel se ramène la vie organique des sociétés, dit M. Denis, et quand je considère l'effort de génie qu'il fallut pour le concevoir, j'avoue que je suis bien près de partager Tenthousiasme de Mirabeau. »
2. {( Il ne faut pas confondre, disait Quesnay, les principes de la science du gouvernement économique avec la science triviale des opérations spécieuses de finances qui n'ont pour objet que le pécule de la nation et le mouvement de l'argent par un trafic d'argent où le crédit, l'appât des intérêts, etc., ne produisent, comme un jeu, qu'une circulation stérile. »
ministres le besoin qu'ils avaient de lui pour rétablissement de nouveaux impôts :
« Vous avez vu d'autres tableaux ces jours- » ci, avait écrit Quesnay à Mirabeau en lui » envoyant la première épreuve du Tableau. » Il y a de quoi méditer sur le présent et sur » l'avenir. Je suis de la dernière surprise que » le Parlement ne présente d'autres ressour- » ces pour la réparation de l'Etat que dans » l'économie ; il n'en sait pas si long que Tin- » tendant d'un seigneur qui dépensait plus » qu'il n'avait de revenu et qui le pressait de » lui trouver des ressources ; celui-là ne lui dit » pas : épargnez! mais il lui représenta qu'il » ne devait pas mettre les chevaux de carrosse )) à l'écurie et que, tout étant à sa place, il » pourrait dépenser encore davantage sans se » ruiner. Il paraît donc que nos remontrants » ne sont que des citadins bien peu instruits » sur les matières dont ils parlent et sont là » d'un faible secours pour le public.
» Votre dernière lettre remarque bien que » les efforts des particuliers sont fort stériles ; » mais il ne faut pas se décourager^ car la crise » effrayante viendra, et il faudra avoir recours » aux lumières de (la) médecine. Vale. »
La préoccupation de Quesiiay est visible; elle se retrouve dans une des Maximes \ A la politique d'expédients que suivaient les ministres, à la politique terre à terre que préconisait le Parlement, il voulait opposer une politique à longue portée ayant pour but d'augmenter les ressources du Trésor par l'augmentation de la richesse du pays. Il voyait venir la crise effrayante et cherchait les moyens de la conjurer. On ne peut s'empêcher de rapprocher sa lettre prophétique du propos que tint chez lui, dans son entresol, son disciple préféré, Le Mercier de la Rivière, et que nous avons déjà rapporté, et aussi de cette réflexion que Du Pont de Nemours fit à Mirabeau fils en 1779 : « A la mort de !M. de Maurepas, tout sera en confusion. Le roi aura le hoquet, et qui sait ce qui arrivera ? * »