il va falloir
ce d'aller chez ne suis pas de
rrière lui, Talait il songeait.
uaient, et, toutifié qu'il avait
phale, doté de a dit rien qui dans le nid des comprendre...
Moi, pour temps |! Il est à la critique,
n'était plus le
quième étage, mais un petit hôtel entre cour et jardin. Au rez-de chaussée, sur une
Île antichambre, s’ouvraient le salon, la salle à manger, et un parloir. Le premier e, auquel on accédaic par un escalier en bois sculpté, comprenait l'atelier très vaste umoir et la chambre à coucher. La porte fut ouverte à l’aliéniste par Rosalie, qu rendait utile pendant les deux heures qu'elle passait à attendre sa maîtresse, Un nc sourire épanouit son visage à la vue de Talvanne. Elle dit familièrement :
—Ah | c'est le docteur... Monsieur vient pour voir le portrait ? Je ne m'y connais
, mais je trouve que c'est uire merveille... Pour un peu, Madame parlerait ! Si Moneur veut, je vais l’annoncer.…
—Merci, ne vous dérangez pas : je connais le chemin...
La vieille bonne rentra dans le parloir et Talvanne s'engagea dans l'escalier de bois ji conduisait au premier étage. Il gagna la porte du fumoir, et là, les sons d’un ano, joué dans l'atelier, frappèrent son oreille. Il murmura :
—Si c'est comme cela qu'il travaille au portrait, les séances peuvent durer |
Malgré lui il s'arrêta à écouter, (C'était une ravissante romance de Mendelssohn e Munzel chantait en s’accompagnant. Le sens des paroles n'était pas distinct, mais expression du chant était caressante et tendre. Il ouvrit la porte et pénétra dans le imoir dont les fenêtres voilées de stores ne laissaient pénétrer qu'un jour discret. Dans tte demi-obscurité, sur le tapis moelleux qui étouffait le bruit de ses pas, Talvanne sta un instant immobile. La mélodie palpitait sur ces vers amoureux :
Et sur ta lèvre en fleur Je cueillerai les roses...
Soudain, l’accord se brisa, comme si la main crispée avait frappé les dernières notes u hasard ; le son s’éteignit et, dans le silence devenu profond, frémit le bruit d’un bai: r. Talvanne se seuti blémir, un froid mortel pas a dans ses veines, il fit brusquement uelques pas, leva, d’une main tremblante, la portière qui séparait le fumoir de l'atelier, t, assis devant le piano, il aperçut Conchita et Frantz aux bras l’un de l’autre. Le baiser, dont il avait entendu le doux murmure, unissait encore leurs lèvres. Au même moment, il distingua la voix de Conchita qui disait : « Qu'y at-il donc ? » Et celle de Munzel qui répondait : « Quelqu'un vient. » Alors épouvanté, comme si c'était lui qui vait commis le crime, Talvanne s'enfuit à travers l'appartement et ne s'arrêta que devant l'escalier, à la rampe duquel il s’appuya pour ne pas tomber.
A peine avait-il opéré cette retraite que Munzel parut et, le reconnaissant, s’écria, avec une satisfaction affectée :
—Eh ! c'est ce cher ami!
Les deux hommes demeurèrent une seconde immobiles, en face l’un de l’autre, se dévorant des yeux, puis, baissarit la tête, Munzel fit passer l’aliéniste devant lui, et dit :
—Madame, c’est Talvanne !
Le docteur entra dans l'atelier. Debout près du portrait, tournant le dos au jour, Conchita attendait. Elle attacha son regard sur le visage bouleversé de son ami, puis, d’un geste nonchalant, elle lui tendit la main. Il ne la prit pas et, parlant avec un reste de suffocation :
—Je suis chargé, madame, par votre mari de vous avertir qu'il ne pourra pas venir vous chercher ici et de vous prier de retourner chez vous sans l'attendre,
— Bien, dit Conchita avec tranquillité.
Elle se dirigea du côté du portrait qui, sur le chevalet, était exposé dans un jour favorable. 7
—Comment le trouvez-vous ? demanda elle,
Le front de l’aliéniste s'assombrit, ses traits se contractèrent et. sans même jeter un
| coup d'œil sur la toile, il répondit :
— Admirable |
Ses regards se fixèrent menaçants sur Munzel qui s’effurça de les soutenir avec sang-froid. L’attitude de Talvanne n’avait pas échappé à la jeune femme. Elle devine que si elle partait, laissant les deux hommes en présence, il fallait tout craindre, et, affectant un air riant :
—Puisque.mon mari m'abandonne, ainsi qu'à son habitude, vous, ne m’accompagnerez-vous pas ?
‘—Vous n'avez pas besoin de moi, répliqua sourdement Talvanne, Rosalie est là ‘qui vous attend.
—Je la renverrai et vous viendrez avec moi, dans la voiture.
—Excusez moi, j'ai disposé de mon temps.
—Vous changerez vos dispositions. :
Et, comme Talvanne allait résister encore, sans lui laisser le temps de parler, d’un air impérieux elle ajouta :
—Je le veux- ;
Il acquiesça de la tête et silencieusement, sans même saluer Munzel, il gagna le fumoir. Elle prit son manteau, son chapeau et, dans un fébrile serrement de main faisant comprendre à Frantz tout ce qu’elle n'osait lui dire, elle partit. Talvanne était debout auprès de la portière du coupé. Elle monta, le fit asseoir à côté d'elle et dit au cocher : ‘* À la maison.” La voiture roula, et tous deux, Talvanne et Conchita, demeurérent silencieux, s’observant, hésitant à prendre la parole et sentant bien que le premier qui parlerait allait ouvrir une discussion terrible. Ce fut la femme qui, la première, perdit patience et, audacieusement, fit cesser toute équivoque. Elle regarda Talvanne avec des yeux enflammés, et d’une voix âpre :
—Vous avez eu devant votre ami, tout à l'heure, une étrange contenance.
—Oh! pardon, madame, interrompit l’aliéniste, avec une violence qu'il faisait effort pour contenir mais qui débordait malgré lui, l’homme dont vous me parlez n’a jamais été mon ami, grâce à Dieu! Je ne me suis jamais mépris sur son compte. Dès le premier jour, il m'a été antipathique et depuis je n'ai point changé... Je lai toujours jugé déloyal, menteur et lâche ! Non, non! Il n’est pas mon ami à moi, mais 1l est celui de votre mari! :
A ces mots, prononcés avec un accent de douloureux reproche, Conchita tressaillit, Une rougeur ardente monta à son front, et agitée d'une horrible palpitation :
—Talvanne, s’écria-t-elle, que soupçonnez vous donc ?
—Je n'ai point de soupçons, répondit le docteur, j’ai une certitude. Je vous ai sur. prise, en arrivant, dans les bras de ce misérable... Oui, vous, vous à qui j'avais voué tant d'affection, de dévouement et de respect, j'ai le désespoir d’être obligé de vous juger avec la dernière sévérité l.. Et votre mari. cet homme si grand par l'esprit et par le cœur, qui a pour vous de l’adoration, vous l'avez saerifié à un Munzell!... A quui sert d être supérieur à tous, d’avoir du génie, d’être admiré universellement, si le premier gratteur de palette venu, avec quelques airs de tête langoureux, quelques phrases creuses et sonores, peut vous voler la joie de votre existence et vous déshonorer |! Ah! c’est mal! c’est mal, ce que vous avez fait là! Nous vous aimions tant! Vous étiez notre préoccupation exclusive, nous ne pensions qu’à vous plaire, à vous rendre heureuse. Et, en un moment, vous avez sacrifié tout cela, et à quoi, je vous le demande ?.… Oui, à quoi? Ah! vous avez été mauvaise et ingrate, et je ne vous le pardonnerai jamais |
Il s'était attendri, peu à peu, et sa colère s'était éteinte dans les larmes. Conchita, plus émue de sa douleur qu'elle ne l'avait été de sa violence, n’osait pas parler. Elk le regardait le visage inondé de pleurs, les lèvres tremblantes et, sans pose, se laissant aller à l'excès de son chagrin. Il s’essuya les yeux, et tâchant d’assurer sa voix :
—Et quelle imprudence ! Vous exposer à être vue par n’importe qui, par un visiteur, par un valet! Quand je pense que, sans un hasard que je bénis maintenant, votre mari venait avec moi... Et c'était lui qui vous surprenait !... Savez-vous qu’il était homme à vous tuer tous les deux P
Elle dit tout bas:
—Je le sais,
Il se tourna vers elle, et avec plus de douceur :
1 —Voyons, chère enfant, écoutez moi, je vous en prie, avec votre cœur et avec votre raison. Il est impossible que vous soyez aussi coupable que les apparences peuvent le faire croire. Vous avez cédé à un entraînement d'une heure, mais vous êtes une bonne et honnête femme. Vous ailez vous reprendre, redevenir ce que vous devez être... Voyez tout ce que vous compromettez follement, tout ce que vous perdez, sans compènsation véritable. Sorgez à vous, songez à votre mari.
Le regard de Conchita devint noir sous son sourcil froncé. Son visage prit une expression de haine sauvage, et les dents serrées par une contraction violente, les narines pincées par une cruelle angoisse intérieure :
—Mon mari, fit-elle, c'est lui qui est cause de tout ! C'est lui qui m’a conduite au 11 C'est lui qui est responsable de ma faute ! —Lui! s'écria Talvanne, lui? C’est monstrueux, ce que vous dites là ! —Cela est! Et s'il était devant moi, à votre place, je le lui crierais et il n’auroit h à répondre. Comment me feraitil un crime d’avoir cédé à un entraînement des ds, lui qui ne croit qu’à la matière? Pour lui, les êtres humains ne sont guidés que r leurs instincts. Il les met au niveau de la brute. Par quoi donc aurais-je été arrê- ? Par le sentiment des devoirs? Mais ce sentiment c'est la conscience, et la consnce c’est l’âme! Vous savez bien qu'il n’y croit pas ! J'ai l'oreille encore pleine de ses: anements lorsque, pauvre esprit rempli de superstition, comme il disait, j'essayais de Biendre ma croyance. Vous avez été témoin de ces scènes, vous preniez mon parti, : hs obtenir d’autre résultat que de vous faire bafouer, avec moi, par son orgueilleuse ilosophie. 11 a abattu, comme à plaisir, toutes les barrières qui m'auraient retenue ? s commandements de mon Dieu me prescrivaient la fidélité et le respect: il m’a claré que ce Dieu n'existait pas et que le ciel était vide. Ma mère, dès mon enfance, avait enseigné qu'il faut être honnête et bon dans cette vie, afin d'être récompensé ans l'éternité: il m'a prouvé que rien de nous ne subsiste après la mort. Et par quoi t-il prétendu remplacer cette foi si consolante et cette crainte si salutaire? Par de gues principes de morale, variables, puisqu'ils sont la conception d’esprits qui peuvent hanger ; fragiles, puisqu'ils sont d'essence humaine. Et vous vous indignez parce que: dis qu'il est cause de tout ce qui est arrivé, parce que je le rends responsable de ma ute ! Oui, je le répète, s’il y a crime, il est le véritable criminel, et il ne m'en paraît e plus exécrable, car j’surais pu être aimante, fidèle et dévouée, il a fait tout ce qu’il llait afin de m'en détourner et c’est pour moi un immense désespoir. — Mais il vous a aimée, il vous aime passionnément, s'écria Talvanne, bouleversé . ar cette confession.
—Oui, parlons-en, de sou amour ! reprit Conchita avec colère. Qu'a:t-il aimé en doi? Mon corps! Il n’a cherché que ma chair. Il n’a vu que le plaisir de me posséder, arce que j'étais belle: et jeune. Matérialisme, sa passion n’a été que pour la matière, et ien de plus banal, de plus abject, de plus outrageant aue son désir. Il m’a abaissée au fang d’une fille qu’il prenait quand il était entraîné par ses sens. Il n’a voulu partager ucune de mes aspirations, contenter aucun de mes rêves, il a repoussé tout idéal. Il ui fallait une femme comme il lui faut à dîner, ni plus ni moins, et 11 m’a prise. Eh bien! Il m'a révoltée, dégoûtée, et voilà pourquoi je répète, non pas au hasard, mais délibérément, non pour me défendre, mais pour l’accuser, que c’est lui qui a été la cause de tout! Il y eut un instant de silence. La voiture marchait toujours. mais elle et lui ne faisaient pas attention au chemin parcouru. Ils étaient trop pris, l’un et l’autre, par l'im- Iportance des paroles fchangées. Talvanne était terrifié de ce qu'il entendait, Jamaisil n'avait soupçonné que Conchita eût en elle un aussi violent levain d’amertune. Il sentait bien que les arguments, qu'elle mettait en avant, étaient faciles à réfuter, mais il se rendait compte également des ravages que les théories et la façon d’être de Rameau avaient faits dans l’esprit de la jeune femme. Et, avec son bon sens, il enrageait de voir la cause de ison ami si bonne, sans pouvoir nier qu’il n’eût commis toutes les imprudences et toutes : les fautes qui devaient amener le désastre. L Que de fois il avait discuté avec lui les effets destructifs du matérialisme sur l'esprit ? des femmes ! Du moment que tout était enfermé, pour l'humanité, entre les bornes étroites de la naissance et de la mort, du moment qu’on ne devait espérer rien après la vie, y E avait il, ici- bas, un autre but que le plaisir à outrance? Le mot d'ordre de l'existence devenait : jouir. Il n’était plus question ni de devoir ni de sacrifice. Tout ce qui n'offraitpas une satisfaction immédiate et réelle n'était que duperie. Et on aboutissait ainsi au relâchement complet de la morale, à la licence aimable qui faisait de l’adultère le conten- | tement tout simple d’un instinct sexuel.
La jeune femme l’arracha à sa méditation. Elle lui dit : —N'allez pas croire cependant que je m’absolve, parce que j'accuse mon mari. Il: | n'a rien fait pour m'’attacher à lui par un lien indestructible, il a risqué de détruire en moi les pures croyances de ma jeunesse, maïs il n’y a point réussi. Je crois en un Dieu sévère et juste qui défend les fautes et les punit. Je me sais donc coupable et j'en souffre } cruellement. J'ai subi un entraînement, parce que je n’ai pas été protégèe contre ma propre faiblesse, mais je me maudis d’avoir été faible, et je n’ignore pas qu'il me faudra . expier.
ne. Rosalie est ]à
ps de parler, d’un
unzel, il gagna le ent de main fai.
t. Talvanne était té d'elle et dit au Conchita, demeu.
pin que le premier qui, la première, regarda Talvanne
enance, qu'il faisait effort rlez n'a jamais été . . Dès le premier al toujours jugé s 1l est celui de
pnchita tressaillit, atION :
Je vous ai surqui j'avais voué igé de vous juger l'esprit et par le ... A quoi sert t, si le premier phrases creuses rer! Ah! c'est ous étiez notre dre heureuse.
ande ?... Oui, à rai jamais | nes. Conchita, parler. Elk le se laissant aller IX :
1, Par un visi.
intenant, votre il était homme
Ir et avec votre es peuvent le tes une bonne devez être...
sans compèn-
sage prit une:
té, les narines.
Er tes pe parmi
A ces mots Talvanne releva la tête :
—Et comment expierez-vous ? BAR PA F
—Le sentiment de ma déchéance ne sera-t 1l pas une torture pour moi? Si je n'avais pas le regret amer de ma faute, pensez-vous que j'accuserais ardemment mon mari de n'avoir pas fait tout ce qui pouvait m'empêcher de la commettre? Mais ce n’est pas tout. J'ai gardé la sincérité de mes croyances, et je tremble à la pensée du châtiment. J'aurai un jour de terribles comptes à rendre. 6
©‘ Alors si vous avez tellement vif le regret de la faute, vous devez être décidée à n'y plus retomber. : À
Le visage de Conchita exprima le plus grand abattement, ses mains furent agitées d’un tremblement.
—Que me demandez. vous donc ?
Il la regarda avec sévérité, et d’une voix ferme :
—De ne jamais revoir Muñzel.
Elle murmura d’une voix faible :
—En aurai je le courage ?
—Il sera nécessaire que vous l’ayez.
— Et si ce que vous exigez est au-dessus de mes forces? Vous ne soupçonnez pas
uelle influence il a sur moi. Ils'est emparé de ma pensée, il me possède moralement
e la façon la plus complète. Mon esprit s'est identifié avec le sien, et mon cœur répond à sa voix comme un serviteur à son maître. Tout ce qu'il rêve, tout ce qu'il désire, tout ce à quoi il aspire, je le rêve, je le désire, j'y aspire. Je ne suis qu’un écho de lui-même, Nous avons les mêmes goûts, les mêmes sympathies, les mêmes croyances. Et jamais femme ne fut plus faite pour appartenir à un homme que moi pour être à lui. Depuis que je l'ai rencontré pour la première fois, j'avais la notion confuse de cet accord de nos deux natures et, instinctivement, je me détournais de lui, je faisais tout pour l’éloigner de-moi, Une volonté indépendante de la mienne nous a rapprochés ; en un instant, nos âmes se sont reconnues, et sont allées l’une à l’autre. J'ai tout oublié, tout parjuré. Je n'étais plus moi, j'étais lui, et je ne comprends pas par quel moyen j'aurais pu résister. Comment voulez-vous que je m'engage à être plus forte à l’avenir ?
—Prenez garde, s’écria Talvanne exaspéré par cette déclaration passionnée, si vous n'avez pas la force de vous éloigner de lui, j'aurai moi celle de l’éloigner de vous. J'ai pu vous parler avec douceur, parce que j'ai pour vous l'affection véritable d’un père pour sa fille, mais j'ai horreur de votre faute, et supporter qu'elle se perpétue ce serait m'en rendre complice. N'espérez pas que j'aie cette faiblesse. Je vous ai laissé développer vos griefs, tout à l'heure. Mais ne croyez pas que vous m’ayez fait oublier ceux qu'a votre mari. Il suffira d’un mot pour l'éclairer, et la situation deviendrait terrible. Ne m'obligez pas à en venir à de telles extrémités. Donnez-moi le drqit de respecter son repos, et d'assurer le vôtre. Je vais, en vous quittant, retourner chez Munzel |...
—Je vous le défends ! cria Conchita, les yeux étincelants. Pas d’explication entre vous et lui... Je vous ai forcé, à me suivre pour éviter toute querelle.
— Alors, éloignez-le, faites-le partir. Ïl est libre, et sa fantaisie d'artiste peut suffsamment lui servir de prétexte. Il faut qu'il ne soit plus exposé à se trouver en face de Rameau. OMui ci souffrira de son absence, car il l’aime, C'est l’éternelle et navrante comédie humaine ! Acceptez-vous ces conditions ?
—Je les subis.
—Veillez, en tous cas, à ce que ce départ n'ait pas lieu brusquement et sans préparation. Nous aurons tous un rôle à jouer pour que votre mari ne soupçonne rien. Et c’est là l'important. Un homme tel que lui, si utile à ses semblables, ne doit pas être à la merci d’un malheur vulgaire qui pourrait obscurcir son admirable intelligence, L'époux
. a été sacrifié, au moins ayons le respect du savant.
Conchita hocha gravement la tête :
— Prenez garde Talvanne, s'attacher à lui c'est aller au-devant du danger. L’athée attire la colère du ciel... Tout ce aui l'entoure sera frappé par le malheur | Pour moi ce sera un juste châtiment, mais pour vous...
L'aliéniste regarda la jsune femme, puis, avec un tranquille sourire :
—Advienne que pourra, madame, Depuis vingt-cinq ans j'aime Rameau comme un frère et, croyez: moi, je suis bon catholique, mais je vous atteste que j'aimerais mieux aller en enfer avec lui, qu’en paradis avec quelqu'un que je sais,
offrit maisc
trion avec de C
oi? Si je n'avais t mon mari de € n'est pas tout.
âtiment, J'aurai
tre décidée à n'y
furent agitées
PupÇonnez pas de moralement n cœur répond ‘il désire, tout > de lui-même, Fe Et jamais lui, Depuis accord de nos ur Péloigner n instant, nos Parjuré. Je S pu résister,
nnée, si vous e vous. J'ai le d’un père ue ce serait laissé déve.
Oublier ceux terrible, Ne >specter son
cation entre
peut sufñ:
en face de et navrante
ans préparien, Et Pas être à e. L'époux
, L'athée Jur mOi ce
u comme is mieux
maison.
: ’œuvre de Munzel Salon eut lieu et l’œuvr ln ét Î lus tard, l'ouverture du Sal L lle perfection et, Ë Foie Mob le talent du peintre para A le portrait triompha. “3 J4 A’ e, Exposé dan , âle étincejusti t crier au chef-d'œuvre, oir, son front p avec justice, on put crie bl rds. Toute en noir, te d'ostadé 1e à ement les rega iel avec un air d’extase, de Conchita attirait invinci ds yeux levés vers le ciel a bras ni dés, ses grands ye te au coude, son brast lant sous ses cheveux ondés, ji De sa manche ouverte au cout t. la petite j tent d'ane beauté sublime, it, comme distraitement, la pe jeune femme é les plis de la robe. Sa main tenait, Le badre ; es plis de la r F sombre.
pe HA pes pas », seule note claire de ce tableau | toufle . deuil. omplet.
it d’ lait porter le deuil. k bonheur comp . ia ra sh eh de son ami, n'eut Vs ah Une lettre de ee ) ières joies : ' uvelles oûter les premi k . 4, et les rares no Lg pt a Stuttgard, depuis un mois déj, lassait pas “avait subitement appelé à Stuttgard, d r Le docteur ne se 5 père l'avait su : issaient pas prévoir son retou ilieu des groupes qui ae un Le pari de Conchita SARA de a 2 MT à la d'aller regarde RES jouissait délicieusemen hercus { RGs QU JOUISSAIL: CUHRIQUAGU car sa stature se formaient devant la cimai i. Bientôt reconnu, s Étacoek talent de son ami. ion, ilse sauvait pour échapp beauté de sa femme et au ; à attirer l'attention, il se Ven alone tardait pas à a : journaux, notant les éloges, léenne et sa tête de lion ne loi ll lisait avec soin les jour s T I lui fallait oire. ‘ indre critique.
aux embarras de sa propre g il n'admettait pas la moin À : lui-même, et il n i lui tenait doublement au cœur. comme s’il se fût agi de lu vre qui lui tenait doubler rtrait RUE ? our cette œuvre qui lui te duit devant le portrait, l'unanimité de 1 je P l'avait indigné. L'aliéniste. con Sollicité i avait indign sque muet. 50 La froideur de Talvanne l'avait it resté maussade et presque dèle et : £ striction ; il étai | is l'admiration du mo n'avait point formulé de re . + il s'était complu dans était contenu, de donner son opinion, { it le peintre. Rameau s il Le absolue, en ce qui concerna ingt personnes. Mais i avait gardé une réserve absolue, en tentourés de plus de vingt pet + Le oi Ç ue: c : ils étaient e p + ser facilement.
il n'avait rien dit à son ami : ils ête i ne devait point se pas £ i demanda + ; irritation qui n soirée, lui l'avait a ee Saint-Dominique. Nes pas dans la 5 , Éo AOIpIS A8 0e qui ge sfait, dit il et je voudrais t'entendre expliquer, . , H , S sati . MX] $ —Je vois bien que tu n’es pa trait... SE ; ï re bone PAR qUoe te au Pie dus de la table, É che, jaillit de ps , ita, qui trav À ne flèc fie “a a s'agitérent. UR regis DELA cfa de la lampe. : il pause erel la tête pour ne pas se trouver dans à éviter une discussion qui pars elle T Mente faisait la sourde oreille, Ro Né | Ne en la violence, Rameau repr je n’ai pas compris sentait devoir om ; ce portrait? Situ PURABRES quels pas vs valeur de —Oui, que lui r Fr pi roir à l’ex osition, et que 1e e le suc- ; ‘ ‘onduit le voir P 4 u’est-ce qu CR PAORAUENS JS Las rte devant toi ? Tu n’es pas É que ce succès peut tes mines, quand on 4 Le immmense et indiscutable, —oui, qu uis longtemps être fixé cès de eut le bon de te questionner, je ab P . ais 16 Sul f . ntz x bits t-là tu as toujours été jaloux de Fra lence. Moi? Je. arda Me Moi! cria Talvanne, en se levant «2 ri W à révéler sa pensée cachée. Il reg Re 1: it la bouche, pr ; este indigné, ouvri : t calmé: ien de To hodha lentement la tête et A al tout, dit il. à J° He trouve rien d 9 Ê DA] .
ure qui ne me ite et déloya — C'est de la rs l'artifice, du truc. Un art the à franc ni de sincère. ts, comme s’il en avait souffleté u rtume. Il faut que tu manques A rrn ji lui! interrompit Rameau avec de late et que j'aime. — Ajoute : comme lu i, d'un homme que ‘ evant moi, n : vanne, de cœur pour parler on de cœur, dit ee El is de nouveau très calme, DRAC ts côté de Conchita. Elle tn ra pendant lequel nus Il dirigea ses yeux ières baissées. Au bout d’u , t tendant le front pa ot te LA se leva, fit un tour dans le salon, & un lourd silence, la
son mari :
-40 k LE DOCTEUR RAMEAU
—Je suis fatiguée, je monte... Et puis, vous n'êtes pas amusants avec vos discussions... :
Elle donna la main à Talvanne et sortit. ; x
—Tu vois, tu as fait partir Conchita, reprit Rameau à son ami. Elle n’a pas voulu te dire qu'elle te trouvait stupide et incovenant, elle a préféré s'en aller. Ÿ À
*—Bon, bon | grogna l'aliéniste, en s'allongeant dans un fauteuil... Je ferai demain ma paix avec elle. A Î
—Elle a besoin de ménagements, reprit Rameau... À toi je ne cache rien... Je puis dunc te confier notre espoir... La nature bienfaisante :emplace ce qui meurt par ce qui naît. Elle a pris Conchita sa mère, elle lui rend un enfant. ë
Talvanne demeura immobile, on eût dit qu'il était pétrifié. Ses gros sourcils se rapprochèrent seulement un peu et il parut plongé dans une laborieuse rêverie.
—Voilà comment tu accueilles une nouvelle qui me comble de joie ? fit Rameau après un silence. En vérité, je me demande, par instants, si tu as la moindre affection pour moi, et si tu n’es pas le plus détestable égoïste qu’il soit possible de rencontrer. Un enfant, dans cette maison, ce sera du mouvement, du bruit. Cela va te déranger, n'est-ce pas ? Tu ne l’appelles pas de tous tes vœux, toi, ce petit être dans lequel on se survit, sur la tête duquel on fait reposer toutes ses espérances d'avenir, qui est la joie de vos derniers jours, qui vous adoucit la mort et vous ferme les yeux... Un enfant ! Ce sera un intrus. Pourquoi vient-il ? !
Rameau s'était levé, il marchait, secouant sa rude chevelure et bombant ses puissantes épaules. Il sentit qu'une main l’arrêtait. Il vit Talvanne devant lui, T'alvanne un peu pâle, qui souriait avec des larmes dans les yeux : :
—Non, ce ne sera pas un intrus, dit-il avec émotion, cet enfant que tu désires et que tu demandes. Il suffira que tu l'aimes, mon bon Rameau, pour qu’il me soit cher. Si c’est un garçon, sois tranquille, je t'aiderai à l’élever et à linstruire. Il sera à nous, bien à nous, rien qu'à nous. Il grandira sous nos yeux. Nous en ferons un savant, comme son père, et, pour lui, nous aurons des ambitions que nous n'avons pas pour nous-mêmes. :
—Ah ! mon brave Talvanne, je te retrouve ! s’écria Rameau, en étouffant son ami entre ses bras.
L'aliéniste se dégagea, et doucement :
—Mais si c’est une fille ?
—Eh bien ! nous lui souhaiterons de ressembler à sa mère. Ce sera suffisant.
Un nuage assombrit de nouveau le front de Talvanne. Mais la verve joyeuse de Rameau fit une heureuse et prompte diversion. Et causant, fumant, les deux amis passèrent le reste de la soirée à former de ces beaux projets, qui charment l'heure présente, mais que l'avenir réalise si rarement.
Conchita eut une fille, qui fut nommée Adrienne par Talvanne, son parrain. Munzel, qui voyageait depuis trois mois en Grèce, envoya ses plus tendres vœux pour l'enfant qui venait de naître, et de superbes bracelets anciens pour la mère. Rameau fut triste de ne pas avoir son ami auprès de lui, le jour du baptême, mais la satisfaction rayonnante de Talvanne le dédommagea. L’aliéniste s'était pris d’une véritable adoration pour ce petit être blanc et rose, qui souriait dans son berceau. Il s’asseyait, penché sous les rideaux, et regardait dormir sa filleule. Il fallait se fâcher pour l’empêécher de la prendre dans ses bras et de la dodiner. Il lui faisait la conversation et l'enfant connaissait si bien le vieux garçon, qu’elle se mettait à rire, dès qu’elle le voyait.
—Tu seras ma fille, lui disait-il, je ne suivrai pas l'exemple de ton papa qui s'est marié, je resterai célibataire et tu n’auras pas de rivale dans mon cœur, Tu seras très belle, et je me promènerai avec toi, et nous nous arrêterons à toutes les boutiques, car moi je ne suis pas un homme illustre : j'aurai des loisirs, et je me mettrai à tes ordres. Tu seras heureuse, je te le promets. Le vieux Talvanne sera là pour assurer ton bonheur. Dors, ma mignonne, et fais de beaux rêves : au fond, c'est peut-être ce qu'il y a de meilleur dans la vie,
. Rameau écoutait, en souriant, et il aimait un peu plus Talvanne pour la tendresse qu'il témoignait à l'enfant. Il lui disait quelquefois : —Tu es un étonnant animal ! Tu t’'empares de ma fille, tu m’expropries, je n'existe plus ! Sois raisonnable, laisse-m'en un peu.
—Tu ne connais rien aux enfants, grondait l’aliéniste, va faire tes cours.
VEC vos discus-
le n’a pas voulu Je ferai demain
ache rien... Je ui meurt par ce
sourcils se rapie.
> ? fit Rameau indre affection rencontrer...
te déranger, 1 lequel on se i est la joie de n enfant ! Ce
ant ses puislui, Talvanne
tu désires et me soit cher.
sera à nous, IS un savant, ons pas pour
ant son ami
uffisant,
joyeuse de deux amis l'heure pré-
on parrain, vœux pour +. Rameau satisfaction able adoraeyait, penur l’empéersation et € le voyait, a qui s'est seras très tiques, car tes ordres, ton bone qu'ilya
tendresse
e n'existe
i i ieuse d’avoir Et il mettait Rameau à la porte. Conchita, MER ne M eh LR Mg é l'avenir de la dynastie, se prélassait dans le grand lux à CN Te était épanouie, radieuse de beauté, et contribuait pour une ge Le co Elle TRÔ : 1 de la rue Saint-Dominique, la foule qui se pressait aux r . pie ES ce "Cet it au dernier temps du règne impérial. L'opulence ba A h 2 Gens Pari pue Une ville neuve, large et brillante, faite de pue fu pie D vs ar pe ts était sortie, comme par enchantement, de la Ve a rh ra ina id La somptuosité des mobiliers avait répondu à la ue Te ce Se tinduit ie, pour orner le Paris moderne, avait produit les p e sp ape a Si on élégants. Ce n'était pas le meilleur goût, qui avait p
i i i es. Tout était de ces merveilles, mais c'était la suprême richesse, qui les avait payé
Ê issait l'être. On riche alors, dans Paris brillant et superbe, ou du man Et jamais le sods bé rait les fenêtres grandes pour jeter l'argent en cascade le :tintément des dcus pour n'ashita à une ronde semblable à celle qui se dansait, avec le Ë A itable musée.
Rameau AL os auto a PR nn ar ouvrages.
ont les journaux parlèrent presque Ke is deux ans, ï re Ca LR point noir assombrissait son . L PRE Days. lohis Munrel n'avait fait que toucher barre à ira jet Au he ve comme gén. 86 i On l'avait vu rue Saint-Dominique roid, cé hangé. Dans cons dut Rameau et avec Conchita, oh DA à Petite Ain et, leur maison il semblait être au NRpURe I toesanst t ae Ce qu'il y avait de À il l'embrassât il fallait qu’il ne pût pas faire au Te UN RE éloignement si tint pour Rameau, c'est que Talvanne paraissait tr plus s , ‘ ei ar la valeur ie ia ris eintres, vois-tu, disait l’aliéniste à son ami, ne sont saine von trie té ne di choses et des êtres. Pour eux, le fond ae 463 camard, des yeux ex el: térêt veux tu que Munzel prenne à une gamine, qui a ? Il n'étudiera pas l'éveil dde une bouche sans dents et presque pas de qe tien ce dans ce regard de Pneligencs dan apaiser de omaian par exemple iements de cette bouc e hésitan ; dans ses hailné HAL cr une imendiante hâlée, ape ; Re ! Il ne vit que bone, Lien oquert, à LA je te l'ai déjà dit las En lui le reste est nul; et puis, c'est un Fe “lieu de s'occuper de lui on . » u ñ è x a: as les enfants, parce q À ous. en ne ae uns Il s'y trouve mieux qu’auprès de n J s'occupe . S d É i : bon voyage | rer sa part. Au fond, . sr nr la tête, Lu répondre, ce qui était ga nr pas trop fatenà t, il se demandait si son ami n'avait pas raison et s his Frantz pouvait-il indiférent pos la chaude amitié dont il l'avait na Fa «le écoulées ? Et son indifférent. ] fer le souvenir , ile à Ve t donc pas était-ce possible si facilement le quitter ? Il n’avait do dé au toutiésns à Comet : à : tir aux affections de sa jeun s, Une telle misanthropie, âge mûr allait donc men l'avait auélète chagrin caché. Un rs 15 en vint à penser que en : k être causés par une souffrance sec Pre i i inexplicable, devaient avoir : t, dans cette inten ne Se Pi MA es repartir le peintre sans l'avoir interrogé. Et, réso rt ‘ ‘ l è : . n à son atelier. À ‘ r, étendu sur e D no pute le blond et pâle Munzel, AURAS es . (a uélatée avait , € é désespér es. h te sa tête des pensées dé : : ut sur une hau de ris pi s'était bronzé sous le ir On pee pour une SARA illait à un plafond commandé par utrefois, un échelle, Frantz travaillait à un p il ne poussa pas, comme a ; | ercevant le docteur, 41 descendit lentement salle de son palais. En aperce ] ur la plate-forme, il des : i de joi RARE AS PAIUS SE ir, sur le visage de son cride joie. fl rougit et, posan , her, cherchant à découvrir, sut * i i ardait s’approcher, che i vit correct, un pe am qqn cie de Moule mn qu'une LI coran ami, : ‘ i lui tendait. la main.
t, qui lui tenda À aa ent composé mais souriant, $ lus ? dit-il doucement. | & tu ne m aimes p ‘ ans ses yeux el, ue Hstendte, le peintre frémit, des larmes roulèrent d y ces m té :
un regard épouvanté : À te, sen Une nus cela ? répondit-il d’une voix tremblan
—Parce que tu es si changé, depuis deux ans, que je cherche ce qui a pu motiver ta manière d'être. Toi qui vivais auprès de moi, comme un frère, tu t'en vas maintenant, pendant onze mois de l'araée, en pays étranger, sans autre raison que ta fantaisie, On dirait que tu me fuis. Car lorsque tu es, par hasard, à Paris, c'est à peine si je te vois encore me faut-il, pour cela, faire des instances ou venir te chercher. As-tu du chagrin ? Es-tu malade ? Dois-je te guérir ? Ou puis-je te consoler ? ; j
Munzel, sombra et glacé, s’assit sans répondre, Ses regards mornes étaient baissés et, d’une main inquiète, il arrachait brin à brin l’effilé d’un tapis de soie de Chine. Il poussa un soupir, puis très bas :
—Eh bien ! oui, je suis malheureux...
Et comme Rameau ouvrait la bouche pour l'interroger : :
—Mais tu ne peux... personne ne peut rien pour moi... C'est un mal sans espoir.
—Tu aimes ?
—Oui.
—E£t celle qui te fait ainsi souffrir ?
—]Je ne peux pas la revoir. Il ne faut pas que je la revoie.…
—Elle est à Paris ?
Munzel hésita un instant, mais il répondit pourtant :
—Oui.
—Et c'est pour la fuir que tu t'en vas si loin, pendant si longtemps ? Qu’y at-il donc qui vous éloigne l’un de l’autre ?
Le peintre fit un geste d'accablement, et d’une voix brisée :
—Ne m'interroge pas davantage, tu renouvelles tous mes tourments. Je ne veux rien dire. Je suis désespéré, voilà tout. Je vais partir, cette fois, pour plus longtemps que d'habitude. Je serai peut-être deux ou trois années sans revenir. Mais ne m'accuse pas d’indifférence. Comment pourrais-je oublier tout ce que tu m’as prodigué de soins, de bontés, de tendresses.… C'est là ce qui me déchire le cœur... Et cependant il faut que j: m'éloigne..… Et rien ne pourra me retenir.
Il fondit en larmes et, taible comme un enfant, il appuya sur la robuste épaule de Rameau son front lourd de chagrin. Celui-ci, de sa voix grave, lui donnait des consolations et des encouragements. Mais le peintre, à tout ce que disait son ami, répondait obstinément : « Non. » Ils restèrent l’un près de l’autre, pendant deux heures, et le docteur ne quitta l'atelier qu’en emportant la promesse que Munzel ne partirait pas sans venir dîner en famille.
Le lendemain, il reçut une lettre courte et triste, dans laquelle Frantzlui annonçait qu’un événement inattendu l’obligeait à s'éloigner à limproviste. Il le priait de l’excuser auprès des amis de la rue Saint-Dominique et lui envoyait ses plus affectueux souvenirs. Conchita écouta la lecture avec une souriante impassibilité. Elle avait sa fille sur les genoux et jouait avec. Quant à Talvanne, il haussa les épaules ét grommela quelques mots d’un ton bourru, sur l’ennui qu’il y a à connaître des gens absurdes. Rameau seul eut un véritable chagrin.
Leur existence reprit, peu à peu, son train régulier, et le fugitif, s’il ne fut pas oublié, cessa su moins d’être un sujet de discussion toujours passionnée. Le grand homme continua ses travaux d'anatomie et de physiologie, donnant à la science moderne une impulsion plus hardie. Le révolutionnaire d'autrefois maintenant considéré unanimement comme un des esprits les plus pénétrants du siècle. Plus heureux que bien des novateurs, il avait la satisfaction de voir ses théories adoptées et glorifiées,
Ses idées s'étaient élargies et comme régularisées en une doctrine haute et grave. Il avait cessé d’être militant, il ne montrait plus la violence d’un sectaire, mais la sécurité calme et ferme d’un maître. Il n’avait rien renié des principes de sa jeunesse, il les professait seulement avec moins d’âpre rudesse. Le feu était aussi vif: il couvait sous la cendre des années. Son cours était extraordinairement suivi et, quand il congs à faire des conférences à la Sorbonne, les gens du monde assiégeaient la salle
erson.
. Il avait, en même temps qu’une rare clarté d'exposition, un art de développement plein de séduction. La forme de ses conférences était aussi remarquable que le fond. Et, reproduites par la sténographie, ces leçons pouvaient être publiées, presque sans retouches. On l’a comparé souvent à un Michelet scientifique. Il possédait en effet le talent d'évocation de cet admirable historien et excellait à donner un corps palpable,
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SE h EAU 43
une figure tangible aux conceptions les plus abstraites et le; plus flottantes. Sa constitution de fer lui permettait, comme au plus beau temps de sa jeunesse, les excès de travail. Il avait fait de sa vie deux parts, l’une pour la famille, l’autre pour la science, et il paraissait être aussi exceptionnellement favorisé d’un côté que de l’autre.
Pourtant il n’était pas complètement heureux. Entre Conchita et lui, toujours une ombre s'étendait. Mais plus un mot de discussion, jamais de controverse, entre la religiosité def femme et la libre-pensée du mari. Ils se redoutaient mutuellement, et craignaient d'aborder ces sujets dangereux, qui les avaient si cruellement séparés, à différentes reprises. Ils restaient dans leurs positions, comme des combattants lassés, qui ont éprouvé leurs forces respectives et qui ne tiennent plus à livrer bataille, sachant d'avance que le résultat serait indécis.
Conchita cependant redoublait de ferveur et jamais ses pratiques de piété n'avaient été aussi régulières. Avec une facile tranquillité, qui lui venait sans doute de son origine espagnole, elle mêlait le sacré au profane et allait à la messe, presque au sortir du bal. Elle soupait très volontiers le samedi, à deux heures du matin, après avoir fait maigre à dîner le vendredi. Sa foi intolérante qui, dans l’ordre moral, offrait comme un ressouvenir affaibli des violences de l’inquisition, était complaisante, dans l'ordre matériel. Une femme, qui ne remplissait pas ses devoirs religieux, lui inspirait de l'horreur, et elle recevait dans son salon des mondaines d'une notoire légèreté. Son mari en plaisantait avec Talvanne, mais il ne se hasardait pas à en rire devant elle.
Il l'adorait, comme aux premiers jours, avec une passion d'homme déjà vieilli, qui a trouvé dans l’amour l'épanouissement d’une nouvelle jeunesse. Peut-être, singulier: état d’âine, l’aimait-il un peu plus à cause même de ce fanatisme, qui donnait à sa possession comme une violence de lutte. Il la sentait toujours en révolte contre lui, et, quand il l’approchait, elle éprouvait comme un frémissement haineux. Elle n'avait rien fait cependant pour s'éloigner de lui, observant sur ce point la règle de sa religion. Mais elle le subissait, et c'était tout. Lui, bon jusqu’à la faiblesse, acceptait toutes les fantai-sies de la jeune femme, la comblait de générosités et faisait couler un fleuve d’or dans ses mains indifférentes. Sa fille était pour lui, sur la terre, la divinité qu’il se refusait à admettre dans le ciel. Il passait des heures entières à causer avec elle, lui expliquait les moindres choses, de ceite belle voix profonde qui passionnait ses auditeurs et qu'il s’efforçait d'adoucir afin de se mieux mettre à la portée de l'enfant. Il jouait ce savant, avec la petite Adrienne, et il oubliait tout : malades, visites, devoirs professionnels, pour obéir au commandement de deux yeux bleus adorés. :
Car l'enfant, qui ressemblait étonnamment à sa mère, avait cependant les cheveux. blonds et les yeux bleus. C'était Conchita, moins le ton d'ébène des bandeaux naturellement ondulés, moins le noir velouté du regard. Et, élevée comme une princesse, sous la haute surveillance de la fidèle Rosalie, l’héritière de Rameau ne connaissait que la joie et le rire. Elle n'avait jamais pleuré et, quand elle souffrait, son père découvrait quelque secret médical, pour calmer sa douleur. Elle avait pour compagnon habituel. de jeu, soit dans les allées du jardin, soit aux Champs-Elysées, un petit garçon de douze ans, qu’elle appelait Rob et qui était le petit-fils du docteur Servant.
Des revers de fortune avaient atteint la famille du brave médecin de Lagny, et son fils, chef d’escadron d'artillerie, était mort au Mexique, laissant sa femme et son unique enfant dans une situation précaire. Mais Rameau était là et, se souvenant de ce qu'il. devait à son vieil ami, il avait fait créer, pour la veuve, une fonction d'inspectrice de la. Société maternelle de secours à l'enfance, et, par une supercherie dont l'administrateur s'était rendu le complice, il avait obtenu qu’on doublât les appointements de la place. C'était lui, secrètement, qui payait la différence. Il s’était en outre chargé de l’éducation du petit Robert. « Il sera mon successeur, » disait-il à Mme Servant, et, au fond de sa pensée, en voyant Rob se faire l’esclave patient de la petite Adrienne, d’autres pro-jets d’avenir se formaient, souriants et doux. ;
Talvanne, arrivé à la cinquantaine, l'air très vieux, avec sa figure rasée, encadrée de cheveux blancs qu'il portait longs, avait vu sa situation grandir avec les années. Comme médecin légiste, maintenant, il était sans rival. Consulté, chaque fois qu'un grand criminel tombait sous la main de la justice, il cédait, dans l'honnêteté de son âme tendre, à la manie d'excuser volontiers les assassins, en les considérant comme irrespon-sables. Mais, dans les cas difficiles, sa haute compétence professionnelle s'affirmait pardes observations ingénieuses et des conclusions d'une remarquable netteté. Très bon,.
LE DOCTEUR RAMFAU
il profitait de la vogue européenne de sa maison de santé, pour faire de secrètes et innombrables charités. 11 avait presque autant de pensionnaires gratuits que de pensionnaires payants. Et il s'intéressait bien plus aux pauvres qu'aux riches.. À
Cet homme parfait avait pourtant une haine. Il ne pouvait souffrir les journalistes, Quand, par hasard un reporter, avide de renseignements, se présentait à son cabinet, pour lui faire subir un interview, à propos de tel criminel célèbre qu’il avait examiné, ou au sujet de tel pensionnaire en vue dont il s'était chargé, l’aliéniste se hérissait, comme un dogue de combat, et mettait à la porte l'indiscret, non sans s'être répandu en paroles amères sur l'appétit de scandale et sur l'audacieuse mauvaise foi de tous ceux qui noircissent du papier. Quand il parlait des journaux, c'était avec une horreur indignée, et il résumait généralement son opinion sur eux en disant: «Ce sont des agences d'empoisonnement public.» Au demeurant, il n’eût pas levé le petit doigt pour restreindre 'a liberté d'écrire et, quand un journaliste donnait, trop clairement, des preuves de f ‘:e ou d'imbécilité, il le soignait avec autant de dévouement qui: si ce, malheureux n'eût jamais tenu une plume. Il était aussi heureux, qu'un homme peut . l'être. Il aimait la science, possédait la liberté et, sans s'être marié, avait une petite héritière qu'il soignait, caressait, comme si elle fût née de lui.
L'existence de cette famille, car on peut ranger au nombre des parents un ami tel que Talvanne, s’écoulait ainsi paisible, douce et brillante. En un instant, le décor changea. La ville éclatante, luxueuse et enivrée devint un vaste camp. Les fêtes cessérent, on n’entendit plus que le bruit des armes. Une agitation fébrile, avant la bataille, une stupeur indignée, après la défaite, s'empara de cette population, habituée à l'idolâtrie universelle, et qui n’admettait pas qu'on sût lui résister. L'orgueil blessé se tourna en furie. Ne pouvant repousser l'invasion, les Parisiens renversèrent l’Empire. A défaut d’une victoire, ils eurent une révolution. Certains s’en félicitèrent. Un flot descendit de Belleville et de Montmartre, roula boueux par les rues, brisant les aigles des enseignes, mutilant les façades des monuments, et mettant en déroute un gouvernement affolé, qui n’attendait qu’une légère secousse pour s'effronder. Puis, tout retomba dans le silence morne des lendemains. d'orgie. La ville, si habilement disposée pour ‘les fêtes, se prépara pour un siège. Les arbres du Bois de Boulogne, à l'ombre desquels, la semaine précédente, roulaient les équipages des élégantes, s’abattirent sur les routes soigneusement sablées. Une virile trist-sse remplaça soudain la gaieté insouciante, et il apparut clairement que Paris, après avoir scandalisé le monde par sa folie, allait Tétonner par son héroïsme.
Rameau n’avait pas songé un instant à partir. Son cœur de patriote avait été ‘cruéllement atteint par les désastres foudroyants du début de la guerre. Dès le premier
. jour, il prévit l'investissement de la capitale et prit ses mesures en conséquence. Il fit d’amples provisions de vivres et engagea Talvanne à rendre aux familles un grand nombre de ses pensionnaires. Dans la maison de santé, les deux amis organisèrent une ambulance, ou deux cents blessés purent être recueillis. Rameau, désigné à l’atten- ‘tion du gouvernement de la Défense par sa grande illustration, avait été mis à la tête du service des secours. Il avait accepté cette tâche très lourde avec une ardeur généreuse,
.… Cet homme, doué d’une si merveilleuse puissance de travail et qui ne savait rien ‘faire à demi, donpa ses jours et ses nuits à l’œuvre de salut qui lui était confiée. Par le vent, par la neige, vêtu de son costume civil, car il avait horreur de l'uniforme et des galons, linsigne à croix rouge de la Société de Genève seulement au bras, ii allait des hôpitaux aux avant-postes, du Palais de l'Industrie, centre de son service, à l’'ambulance de Talvanne : l'œil et la main à tout, réglant les détails de l'administration méti- ‘culeusement, s’arrêtant au bord d’un lit pour visiter un pansement, survcillant ses infirmiers, et, au besoin, retroussant les poignets de sa chemise pour faire, lui-même, une ‘opération difficile.
On le voyait le matin, dans la journée, le soir, au milieu de la nuit, à l'improviste, ‘tenant tout son monde en haleine, avec une activité si prodigieuse qu’on se demandait “comment ses forces suffisaient à sa besogne. Il ne s'était jamais mieux porté et aucune ‘trace de fatigue n'apparaissait sur son visage aux traits énergiques. Seulement il s'était adouci. . Ses élèves ne le reconnaissaient plus. Jamais un éclat de voix, jamais une brusquerie de geste, plus de ces boutades terribles, qui faisaient trembler tout le per- ‘#0nnel de l'hôpital. Son large front n’était plus coupé par le pli légendaire. On eût
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dit que les malheurs de la patrie avaient rendu le grand homme plus doux et que voyant, autour de lui, tout le monde souffrir, il s'appliquait à se montrer meilleur, On ne l'entendit pas jurer une fois et il ne secoua jamais rudement le pauvre petit troupier, avant de lui extraire une balle ou de lui couper uns iambe, Les chirurgiens et les médecins, qu'il avait sous ses ordres, disaient :
—Ce n’est plus notre Rameau, on nous l’a changé !
Et pourtant, c'était bien lui toujours, avec son admirable habileté de main et son ingénieuse recherche des moyens curatifs. La pourriture d'hôpital lui enlevait beaucoup de blessés et il se préoccupait gravement de cet état pernicieux, qu’il combattait vainement avec les saturations phéniquées sans cesse renouvelées. 11 parlait à Talvanne de la nécessité de découvrir un désinfectant nouveau d'une puissance irrésistible, Il Y pensait continuellemént. Et la nuit, dans son laboratoire de la rue Saint-Dominique, des lueurs, rougissant les vitres, annonçaient aux voisins, à travers l'obscurité profonde, que le savant, penché sur son fourneau, suivait attentivement la composition de quelque mystérieux mélange, qui devait assurer la guérison des blessés,
Un matin, vers trois heures, une détonation effrayante, mit en émoi tous les habitants de l'hôtel. Conchita, réveillée en sursaut, accourut avec Rosalie dans le cabinet du savant; là, au milieu d’une vapeur âcre, elle trouva Rameau, les mains déchirées par des éclats de verre, une plaie saignante au front, épongeant sur les dalles un liquide fumant. Il paraissait radieux et, à la lueur de sa lampe de travail, découvrant le visage bouleversé de sa femme et de la servante :
—Ce n’est rien ! Rassurez-vous, cria-t-il gaiement. La dose était un peu forre et la cornue a éclaté.
—Mais vous êtes blessé, interrompit Conchita, en lui essuyant le front.
—Une égratignure... Peu importe ! J'ai trouvé ce que je cherchais. Et par raccroc, en tâtonnant... C'était bien simple. et je n’y avais pas songé. On fera honneur de la découverte à la science... Et pourtant elle s’est faite toute seule, comme bien : souvent ! Ah! ah! si les inventeurs étaient sincères, ils avoueraient qu'ils sont, la plupart du temps, pour bien peu dans leurs découvertes! Le hasard est le Dieu des
savants | —Ah ! mon ami, dit Conchita, vous pouviez avoir les yeux crevés... Voyez comme
vous êtes imprudent |
—Eh ! ma chère, mes yeux, après tout, c’eût été peu de chose à mettre en balance avec la préservation de milliers d’existences..… Mais il fait humide et vous allez vous refroidir. Je n'ai plus rien à faire ici. Allons nous coucher.
Le lendemain, il appela à son cabinet un des grands pharmaciens de Paris et, meyennant la fourniture, à prix très réduit, de la composition trouvée la nuit même, il offrit de lui donner le secret du mélange. Le marché fut vite conclu entre le savant, qui traitait au nom de l'humanité, et le commerçant, qui entrevoyait une source de * fortune. L'emploi du désinfectant produisit les effets prévus et la mortalité dirninua de moitié, dès la semaine suivante.
L'activité admirable de Rameau se manifestait ainsi, ayant les buts les plus divers. Après s'être consacré, avec passion, à une recherche d’utiité générale, il s'attachait à une cure spéciale, On avait amené chez Talvanne, à l’ambulance de Vincennes, un éclaireur à cheval qui, dans une reconnaissance, avait eu le genou brisé par une balle. Le projectile était entré par le jarret, avait pénétré dans la boîte osseuse et broyé la rotule. Suivant l'opinion des chirurgiens, il fallait amputer le blessé. Mais il était si jeune et si résigné que le savant se sentit pris de pitié. Il voulut essayer de sauver le membre menacé. Ce fut un miracle de soins et d'adresse. Mais il y arriva. Non seulement l’éclaireur garda $a jambe, maisil marcha. Rameau était très fier de ce résultat et très touché de la reconnaissance du petit soldat. :
—Voyez-vous, docteur, lui dit un jour le convalescent, pour moi, vous êtes comme le bon Dieu ! dre
Le grand homme se mit à rire :
—Oui, mon brave... oui...
Il fit quelques pas et, se tournant du côté de Talvanne : ;
—S’il n'y avait que le bon Dieu pour raccommoder les jambes, les marchands de
béquilles seraient trop riches! a Mae © —C'est Rameau qui refait les jambes, dit gravement Talvanne, mais c’est le bon
Dieu qui a fait Rameau.
Le savant regarda son ami, et gaîment :
—En est-tu bien sûr? : ? l —Dame ! A moins que ce ne soit le diable ! Et, pour une fois, tu as raison : oui,
c'est plutôt le diable !
—Tais-toi, voilà ma femme.
En effet, Conchita s'était piquée d'honneur et avait secoué son indolence, Sa charité se répandait en soins quotidiens et fatigants. Elle passait plusieurs heures, chaque jour, dans les salles de l'ambulance, surveillant le service, apportant des -dou- ceurs aux blessés, consolant les mourants, priant au chevet des morts. Sa piété avait cessé d'être une vertu de luxe. Et Rameau, avec un attendrissement secret, suivait la jeune femme dans l'exercice de sa mission consolatrice, heureux du rayon de soleil dont sa beauté éclairait ces lugubres jours.
Rameau, Talvanne et Conchita se retrouvaient, tous les soirs, à diner rue Saint- Dominique. Les tristesses de ce lamentable temps avaient encore resserré les liens de leur amitié, et lorsqu'après une excursion dans la zone des forts, au milieu des:avantpostes, le docteur rentrait harassé et transi, c'était une satisfaction profonde pour lui de trouver, dans la salle à manger claire et chaude, sa femme et sa fille qui l’attendaient avec Talvanne. S'éloigner des horreurs de la bataille, quitter les ambulances pleines du râle des moursnts, du cri des blessés, sortir de la neige sourde et silencieuse, étendue -sur la ville assiégée comme un large linceul, et, dans sa maison calme, à son foyer tranque jouir, pendant quelques heures, des êtres chers, n'était-ce pas une dernière épave
u bonheur
La petite Adrienne, plus favorisée que tant d’autres enfants, dont les privations du siège minaient la santé, se développait vigoureuse. Et ses yeux bleus, sa chevelure
blonde illuminaient, pour Rameau, l'avenir obscur et désolé. Il s’attardait au coin du feu, sa fille sur ses genoux, écoutant son babil enfantin, la caressant de ses puissantes . mains, sur lesquelles tant de sang coulait chaque jour. Et on eût dit que cette effroyable rosée fortifiait la jeune plante,
Au travers de ses préoccupations si nombreuses, Rameau en avait une très vive : von pu devenir Munzel? Il en parlait souvent, sans remarquer le silence contraint .de Conchita et de Talvanne. fl s'étendait en suppositions alarmées. Frantz, comme tous les Allemands, avait fait son service militaire, et, avant la guerre, il était officier .dans la landwehr. Qu'était-il advenu de lui? Dans quel pays la nouvelle de l'entrée en campagne l’avait-elle trouvé? Qu'’avait-il pu faire? Avait-il été appelé? Etait-il resté en Allemagne? Les nécessités de la campagne l'avaient-elles amené en France ?
Talvanne accueillait ces conjectures d’un air refrogné. Un jour, cependant, il dit:
—Va, ne te tourmente pas. Munzel est trop malin pour ne s'être pas mis à l'abri. Il est dans quelque poste commode et sain et il se sert de la guerre pourfaire des études
+ de tableaux militaires. C'est un gaillard pratique, qui s'entendra à utiliser le massacre et à monnayer l'incendie. Tues bien bon de tant penser à lui... Je suis sûr, moi,
qu’il ne pense pas à nous !
à Cette fois Conchita, qui ne soufflait jamais mot lorsque, devant elle, l’aliéniste atta-
quait Frantz, se leva très pâle et, la voix entrecoupée par l'émotion :
e que vous dites là est indigne ! s'écria-t-elle. Je ne comprends pas comment mon mari vous écoute tranquillement. Moi, je serai moins patiente, je ne le supporterai pas un instant de plus.
En emportant sa fille dans ses bras, comme si elle voulait que l’enfant ne püt entendre le mal que Talvanne disait de Munzel, elle passa devant les deux amis stupéfaits et sortit.
L’aliéniste baissa la tête, devant le regard interrogateur de Rameau, et, regrettant sans doute de s'être laissé aller à une vivacité de paroles, qui avait eu un si fâcheux
at él la conversation, puis, au bout d’un quart d'heure, prit congé et rentra chez lui.
Depuis-trois mois Paris était bloqué, réduit à la ration, sans bois pour se chauffer, et, privation plus grande que toutes les autres, sevré de nouvelles de la province. Ce qui se passait autour du camp retranché des Prussiens était un problème que tous les
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les études Massacre sûr, moi,
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pût enupéfaits
grettant fâcheux t rentra
Dus les
iLE DOCTEUR RAMEAU 47
assiégés s'efforçaient de résoudre, sans pouvoir y parvenir. Les suppositions allaient leur train, éclairées, de temps en temps, par la prise de quelque journal allemand dans la capote d'un mort. C'étaient alors la révélation de désastres, l'annonce de la retraite des armées de secours attendues, au travers des neiges, Le les routes encombrées de fuyards. Et des comptes de a a faits par dix mille pour un combat, par trente mille pour une bataille, les soldats allemands se lassant de ramasser ces troupeaux de soldats débandés ct les laissant s'échapper, sûrs de les reprendre le lendemain.
Puis, au milieu de ces sombres tableaux, tracés par la main de l'ennemi même, une soudaine lueur de joie jaillissait d'un court entreflet parlant d’une pointe en avant, tentée par un chef de corps audacieux, et permettant, sous la froideur voulue du récit, de deviner un échec subi par le vainqueur. Ces jours-là, on se reprenait à espérer. Quoi? On n'en savait rien. Obstination, dans la lutte, d'un naufragé, que roule l'Océan sur ses vagues noires, et qui, des yeux, cherche à l'horizon, quand même, une plage impossible à atteindre.
Et, à mesure que la situation devenait plus grave, la résistance du peuple de Paris devenait plus résolue et plus stoïque. Dans les greniers glacés, la misère régnait en souveraine et fauchait les enfants et les femmes. Le deuil s’étendait tous les jours plus lugubre, la souffrance se faisait plus aiguë, on se plaignait, on pleurait, mais on ne faiblissait pas. Le long des rues pleines de neige boueuse, des files de ménagères s'allongeaient, à la porte des bouchers et des boulangers, attendant patiemment l'heure de recevoir la ration de pain noir et de cheval. Dans les quartiers de la rive gauche, les obus tombaient, avec une sauvage régularité. On ramassait un mort, on relevait un blessé, une flaque de sang rougissait le pavé, le gamin, qui passait, reprenait sa chanson, un instant interrompue, et l’assiégeant en était pour ses efforts de massacre. Cette ville, habituée à la joie, s'était accoutumée promptement à la douleur. Et maintenant elle dormait, bercée par les éclats sourds du canon, tonnant toutes les nuits, comme autrefois par les gais refrains des théâtres, des concerts et des bals. À \
Ce qui pesait le plus aux assiégés, c'était l'inaction. L’attente impassible, sous la mitraille que les batteries ailemandes leur versaient, était plus difficile, pour eux, que l'élan enflammé d’une sortie tumultueuse. Mais les combats étaient rares. Le gouvernement semblait réserver les forces enfermées dans Paris, pour une occasion suprême,
vaguement attendue et qui ne se présentait pas. Cependant l'impatience de la population tournait en irritation vive. De sourdes rumeurs passaient dans les faubourgs. Un soulèvement avait eu lieu le 31 octobre, et il paraissait évident que si on ne lançait pas les Parisiens contre les Allemands, dans la fièvre qui les possédait, ils allaient se battre les uns contre les autres. : 7 k
C'était vers la fin de novembre, le froid avait encore augmenté et l'hiver semblait s'allier avec l'ennemi. Dans les tranchées, les soldats mouraient gelés. Un sombre désespoir s'emparait des esprits. 11 devenait nécessaire de réchauffer par la bataille ces malheureux qu'engourdissait l'inertie et qu’affaiblissait la famine. Un mouvement inusité dans les services de la guerre, une trépidation sourde dans les rouages de la défense, annoncèrent que des événements se préparaient. Depuis trois jours, le bruit courait dans la ville qu'une marche en avant des corps de la Loire s'effectuait, et que l'armée de secours réclamait, pour attaquer plus à fond, une sortie de la garnison de Paris.
Le 30 novembre, des ponts furent jetés sur la Marne et, brusquement, les. forts prirent feu couvrant d'obus les lignes allemandes. En même temps, une poussée ardente se faisait vers Villiers et Champigny, mettant aux prises soixante mille Français avec le gros des forces saxonnes et wurtembergeoises, masséi ; sur les hauteurs. Le choc avait été rude et, tout de suite, l'ennemi avait reculé. Il faisait un temps magnifique et, au soleil d'hiver, le givre étincelait sur les coteaux. Dans l'air sec, les détonations de l'ar” tillerie vibraient éclatantes, et la fumée des pièces montait blanche, comme un nuage léger. Le long des rues de Vincennes, les troupes passaient, marchant en avant d'un pas rapide. Les corps engagés s'éloignaient du point de départ de l’action et des renforts incessants montaient vers les collines où, dans un tumulte grandissant, se déve-
loppait la bataille. : FHRAUe Es Rasas, arrivé, dès le début de l'affaire, à Saint-Maur, avait fait disposer ses ser-
vices d'ambulance, et, avec une impatience qu'il avait peine à modérer, il piétinait dans la cour d’une suiferie, dont les murs et le toit avaient été crevés par les obus du bom-
bardement. Talvanne, assis sur un banc de pierre, fumait philosophiquement, laissant