‹ Le Docteur Rameau [microforme]Chapitre 9 sur 27 · JIlinter · texte numérisé non relu

JIlinter

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Et ces deux interjections signifiaient si bien : « Comment, vous saviez tant de choses, et depuis si longtemps, sans qu'il y parût ? » que la vieille femme répondit par un signe mn | de tête affirmatif. Talvanne alors se tourna vers Robert resté près du lit de la malade : | à

— Attends: moi là, je remonte tuut de suite avec Rameau. fe

.. Et, laissant le jeune homme, assisté de la gouvernante, auprès d'Adrienne, il se L. dirigea vers le cabinet de son ami, |

. Après ce dernier mouvement de fureur qui l'avait emporté iusqu'aux plus extrêmes violences, Rameau était resté quelque temps dans un état d'immobilité complète. Assis dans un fauteuil profond, il se sentait accablé de fatigue et son cerveau lui paraissait vide. On lui eût crié tout à coup que la maison prenait feu, où menaçait de s'écrouler, qu'il n’eût pas fait uu mouvement pour se lever et fuir. Tout lui était indifférent et le naufrage de sa vie le laissait anéanti. Qu’avait-il à craindre maintenant ? Que pouvait:il Jui arriver qui fût plus atroce que ce qu'il veuait d'endurer ? Sa vie, irrémédiablement brisée, eût-elle valu la peine d’être défendue ? Quels regrets aurait-il éprouvés en fermant les yeux pour toujours ? Il eût cessé de voir cette terre féconde en malheurs, ce monde tout rempli d’abjections, Il se fût plongé délicieusement dans le néant, c'est-à dire dans l'insensibilité,

Tout l’avait déçu et trahi, dans cette vie infâme qu’il maudissait, La destinée ne lui avait pas même fait la charité de respecter s2 dernière illusion. Il avait fallu qu’il subit sa douloureuse passion, qu'il en dégustat le fiel, qu’il en sentit tous les clous, toutes les épines. Il avait été savamment torturé et ses bourreaux étaient hors d’atteinte, Pour lui point de vengeance. La mort avait tout pris d'avance. Et lui, l'imbécile, pleurant les deux coupables de ses larmes les plus amères, il avait tenté l'impossible pour adcoucir leurs souffrances. ji

Malédiction | Si c'était à recommencer ! S'il pouvait les tenir là pour leur cacher Li son mépris et sa haine, pour jouir de leur angoisse, pour voir couler sur leur front le hi. sueur glacée de l'épouvante. Mais non, ils avaient rendu le dernier soupir entre ses bras caressants, ses yeux consolants, calmes comme si leur conscience ne leur reprochait l rien. Ils étaient morts hypocrites et menteurs, ainsi qu’ils avaient vécu. Et lui, qu’al- Éd lait-il devenir ? Comment trouver l'énergie nécessaire pour supporter ce dernier écronle- | ment ? Vivre encore, après tant de déceptions, lorsque l'existence ne lui offrait plus que des tortures ? A quoi bon ? Le repos suprême, voilà ce qu'il lui fallait, |

Et il se le procureraït si facilement ! Il n’avait que quelques pas à faire, une armoire à ouvrir et, parmi les substances si nombreuses qui lui servaient pour ses expériences, il | lui suffirait d'en vrendre une, d’en avaler quelques gouttes, et, sans souffrir, il s'endormi- k rait. Aucun scandale autour de sa tombe. On ne croirait assurément qu’à une “on- | gestion cérébrale. D'ailleurs les traces de poison choisi seraient difficiles à trouver, et sa fin offrirait toutes les apparences les plus naturelles.

11 sourit lugubrement en se sentant maître de sa destinée. Il éprouva une sorte de soulagement, comme après le règlement d'une situation difficile. Ayant pris le parti de rejeter toutes ses tristesses et toutes ses douleurs, il les sentit déjà moins vives. Il retrouva la force de se lever et de faire quelques pas dans son cabinet. Il iaissa tomber, en passant, un coup d'œil sur les papiers qui couvraient son bureau, et se dit qu’il | n'achèverait pas le travail commencé. Mais qu'était-ce que ce travail auquel il avait | pris tant d'intérêt ? Quelle valeur avait il ? Sur quelle base certaine le faisait-il reposer ? à

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