‹ Le docteur rougeChapitre 2 sur 14 · FIN DE L'INTRODUCTION · texte numérisé non relu

FIN DE L'INTRODUCTION

LE MAGNÉTISME CHERCHÉ SANS X.A rSJKTE.

C'est une chose solennelle et terrible qu'une thèse à soutenir en Allemagne! En France, c'est seulement une affaire de forme, une recherche dans quelque in-folio médical d ut

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on refait le style et dont on reprend en sonsœuvre la phrase, travail qui n'empêche ni l'élève qui le fait, ni le docteur qui le juge de penser à ses autres affaires, comme on dit à Paris d'une chose qui ne préoccupe pas autrement.

En Allemagne, une thèse est la cocarde qu'il faut à tout jamais clouer à son bonnet doctoral. Le médecin imberbe doit, pour ainsi dire, y faire entrer toute sa vie à venir, se donner en entier lui-même. Sur le seuil des fonctions nouvelles qu'il va remplir, il doit se montrer comme un capitaine de navire en partance ; l'amirauté des médecins veut savoir où le nouveau docteur doit cingler :

sera-ce aux terres inconnues? sera-ce aux terres explorées?

Quand vint mon tour, je jetai mon gant au monde médical dans une thèse dont le latin un peu naïf commença par égayer nos puristes en attendant qu'ils pensassent à me combattre : je devrais plutôt dire à me persécuter.

De planetarum influxu, avâis-je inélégamment écrit sur mon drapeau inaugural ; l'influence des planètes î s'écria-t-on ; les rêveries renouvelées du seizième siècle ! et tout d'abord on m'envoya, comme l'Astolphe d'Arioste, chercher ma raison dans la lune, moi qui voulais y aller chercher la santé de l'homme.

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Après les tracasseries que me causa cette thèse audacieuse, après les vives discussions à l'occasion desquelles firent alliance contre moi le médecin de Marie-Thérèse et un autre savant, jésuite et médecin à la lois, ce qui double l'entêtement d'un homme de la force d'un persécuteur ; après , dis-je ; la guerre acharnée à propos de laquelle le père Hell, puisqu'il faut le nommer, montra un caractère si peu digne d'un religieux et d'un saint, quoiqu'il fût l'un et passât pour être l'autre, ce qui, par parenthèse, ne nuisait pas à l'agrandissement de sa clientèle médicale, je me résolus a voyager quelque temps et à visiter dans ma route les doctes célébrités du nord et du midi de l'Europe pour ne revenir à Vienne que détrompé ou apôtre.

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Je sentais, je comprenais en moi-même que j'étais sur la voie d'une découverte utile à l'humanité.

Peut-être m'étais-je trop pressé de réduire en doctrine les prémices d'une science dont la révélation n'était pas encore entière, mais quelque chose parlait dans mon âme qui était comme un encouragement de marcher en avant.

J'avais cherché dans la science moderne , mais aussi j'avais cherché dans la science antique.

J'avais vu qu'à l'aide des secours actuels, la

médecine se faisait de plus en plus rnatériat i. H

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liste ; au lieu de redescendre les .siècles, j'en avais remonté le cours jusqu au temps où la médecine tenait au culte , c'est-à-dire que j'avais été delà guérison par le médecin aux miracles des prophètes.

Avec le secours des grands ouvrages d'autrefois, maintenant négligés ou tout à fait inconnus, j'avais voulu établir que les corps célestes qui se meuvent dans l'espace, en vertu de la même force qui produit leurs attractions mutuelles, exercent une influence sur les corps animés (5), et comme rien n'est plus délicat et plus sensible dans les corps animés que le système nerveux, j'avais été conduit à penser que le fluide subtil qui pénètre tous les corps et remplit l'univers, pouvait être porté

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dans les nerfs à l'aide de la pierre d'aimant, dont je m'étais fait un conducteur naturel, à peu près comme, depuis lors, on s'est servi de la flèche du paratonnerre en appelant le llux électrique à l'extrémité de sa pointe d'or :

Je tenais le magnétisme minéral !

Mais quand je me vantai de ma découverte, quand je voulus l'appliquer, je vous l'ai dit, Hcerck, le médecin de l'impératrice, me traita de visionnaire avec mes astres, et le pèreHell, de plagiaire avec mes aimans.

Ce fut à ce moment que je pris la résolution définitive de cesser la lutte et de quitter Vienne.

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Ceci se passait on 1769, j'avais trente-trois ans alors, l'âge où le Christ accomplit son œuvre, l'âge d'action pour les hommes, époque fatale, passé laquelle toute renommée qui ne se fait pas ne se fera plus.

Aussi, malgré mon peu de ressources pécuniaires, je me mis en chemin.

Mon équipage se composait d'une paire de gros souliers ferrés, d'une culotte de velours rayé, d'une veste boutonnée jusqu'au menton, d'un havresac qui renfermait mes manuscrits et mes aimans ; le dernier habit complet avec lequel je faisais mes visites à Vienne euveloppait une paire d'escarpins à boucles d'argent; j'emportai de plus le pommeau de ma canne de

cérémonie, ciselure d'or très remarquable que je me proposais de visser sur quelque jonc de rencontre dont je trouverais à m* accommoder dans les villes où il me faudrait m'arrêter et être le docteur Mesmer et non point Mesmer le pauvre voyageur.

Ce n'est pas que ma ceinture ne fût assez bien garnie, mais je marchais à pied faute de savoir combien durerait ma course; j'épar-r gnai sur le voyage pour avoir moins de gêne pendant le séjour.

Je ne dirai ni ma? belles espérances ni mes riantes méditations en roule. Ce fut le temps le plus heureux de ma vie !

J'étais comme un navigateur qui va cliexv

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cher des contrées inconnues et qui obéit au sentiment secret qui le pousse jusqu'à l'endroit prédestiné où il doit prendre tern-

Les perspectives et les horizons qui se déployaient dans ma pensée ne me semblaient pas plus difficiles à atteindre que ceux dont la nature étalait les grandes lignes devant moi sur une route pittoresque et que l'automne faisait toujours riche et parée.

Quand un paysage me plaisait, je m'y arrêtais. Je faisais, pour ainsi dire, faire séjour à mes rêves qui empruntaient quelque chose de la beauté des lieux et me faisaient me réjouir comme s'ils eussent été plus solides parce qu'ils étaient plus rians.

Il m'arrivait aussi parfois de faire halte pour entreprendre la guérison de quelque malade dont je prenais le sort en pitié ; mais alors il me fallait défaire le havresac et déployer T habit noir sans lequel personne n'eût consenti à être guéri par moi.

Si j'avais du bonheur dans mes cures, je prenais ceci comme un encouragement de la providence et je disais en moi-même : C'est bien ! voilà que Dieu me paie mes visites.

En quittant Vienne, j'avais pris à l'ouest. Ma course rêveuse était assez semblable à la promenade d'un poète qui va cherchant les strophes de quelque noble pièce de vers,, ce

qui, l'on s'en doute, ne m'avait pas fait avancer vite.

Ce ne fut qu'aux feuilles jaunies que je m'aperçus que je m'attardais, et je ne devinai que nous étions en novembre que lorsqu'il me fallut glisser un gilet sous ma veste et acheter un manteau pour mettre par dessus.

Cette circonstance m'obligea à regarder le fond de ma bourse et me fit faire la juste réllcxion, qu'épargner son argent en prolongeant son voyage, c'est faire une grosse dépense. Je pris alors une voiture, et j'arrivai à Copenhague a la Noël de 1770.

J'ai qubiié de dire pourquoi je m'étais dirigé

vers la capitale duDanemarck ; c'est le moment de l'expliquer.

Au commencement de mes recherches, je m'étais mis en correspondance avec quelques illustres du temps.

Tous ne me répondirent pas; d'autres me répondirent pour me réfuter; d'autres encore pour me railler un peu. Parmi ceux qui me firent cet honneur de la manière la plus brillante se distingua le jeune docteur Struensée.

On ne saurait mettre plus d'esprit pour dire à quelqu'un qu'il se trompe; on ne saurait réfuter plus solidement, se jeter plus hardigjçpt darçs le çbamp des hypothèses pour

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suivre la votre, bâtir avee plus de splendeur un monde de merveilles à côté de celui que vous avez créé pour faire ressortir ensuite le coup de hache brillant qui doit abattre tout cela.

Mais pourtant, malgré sa fougue, en cherchant à tout faire tomber, il arrivait souvent à mon jeune antagoniste de laisser quelque chose debout ; mieux que cela , quand je voulus réunir les lettres qui m'avaient combattu^ je trouvai mon système plus fourni de preuves qu'il ne l'était avant cette discussion animée.

Sceptiques , railleuses , incroyantes , les pièces de ce procès que Struensée voulait instruire contre moi le forçaient à une enquête sur sa propre science ; matérialiste, presque

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athée, afin de me suivre, il lui falut examiner ma croyance, et, quand il en fut là, remonter avec moi des époques où Voltaire et Helvétius donnaient le ton, a celles où écrivaient les penseurs et les croyans que la grande science a laissés.

Ce fut d'abord une pluie d'épigrammes à faire la réputation d'un homme qui n'en aurait pas eu une ; des choses charmantes à répéter aux petits soupers des esprits forts dont la France donnait le spectacle à l'Europe ; mais comme j'insistai pour être pris au sérieux, comme j'en appelais du sceptique au contemplateur, il fallut bien que mon homme passât a côté de toutes mes vérités ; or, quand on passe à côté des vérités, on s'y accroche.

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Je l'espérais du moins, quand tout à coup la correspondance cessa.

Je m'en fâchai d'abord comme si j'avais été dédaigné.

Pourtant mon amour-propre, qui, je l'avoue, m'a souvent été un grand consolateur, me disait tout bas que le docteur danois ne me répondait plus parce qu'il commençait à être convaincu.

Tout naturellement donc , le premier médecin en renom que je voulais visiter dans mon pèlerinage, ce fut celui-là; car si je me trompais sur les convictions que je pouvais lui aroir inspiréesj je trouvais du moins en lui le gavant qui ayaitlepluvsçpmbftuu mon système,

et, par conséquent, celui qui m'en avait le plus parlé.

Je n'ai pas besoin d'expliquer à ceux qui ont éprouvé le sentiment paternel des découvertes, combien ce motif est suffisant pour justifier une préférence.

Je ne passai qu'une nuit à l'hôtel; le lendemain je pensai à me caser.

Les lettres de Struensée m'avaient appris sa demeure; je cherchai assez près de là un logement meublé qui convînt a l'état actuel de ma fortune. J'eus le bonheur d'en trouver un non seulement bon marché, mais encore conforme à mes idées d'indépendance.

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