ACTE I
POQUELIN
Comment, monseigneur, un lopin de soie? Vingt-quatre aunes de lampas, à dix livres l'aune, sans compter les crêtes et les embrasses !
MAZARIN
Doulampas! des crêtes! des embrasses!... Mais, monsou Poquelin, vous avez donc été tapissier dou grand Mogol?
POQUELIN
Monseigneur, quant au lampas, il fallait bien assortir les rideaux avec la tapisserie; et, quant aux crêtes...
MAZARIN
Assortir! assortir! voilà bien oun raisonnement de tapissier!... Le total, monsou Poquelinf le total? ou nous n'en finirons zamais.
POQUELIN, lut présentant son carnet.
C'est bien facile, monseigneur. Voici le total.
MAZARIN
Pardon, ze préfère additionner moi-même. (Regardant sur b table.) Eh bien, mais votre table dou conseil! il n'y a ni encre, ni papier, ni ploumes sour votre table dou conseil!
POQUELIN
Je vais appeler, et demander ce que Votre Ëminence désire!
MAZARIN
Non, non! cela nous ferait perdre dou temps. Il est
neuf houres et demie, et le conseil il se réounit à dix heures. Ze trouverai bien quelque vioux papier dans ma poce. (il tire un papier.) Voilà! Maintenant, prêtez-moi votre crayon, (il s'assied.) Oh! que Ton est mal sour vos fauteuils, monsouPoquelin!... Voyons, vous dites : « Salle à manzer : doux mille livres. » (Écrivant.) Doux mille livres... « Cambre à coucer dou roi, de la reine, de monsou le douque d'Anzou : quatre mille livres. » Oh ! monsou Poquelin, si ce n'était pas pour le roi!... ma c'est pour le roi. (Écrivant.) Quatre mille livres.., « Cambre à coucer de Sa Mazesté la reine d'Angleterre et de madame Henriette, sa fille : doux mille livres. » Ze vous demande oun pou : elles étaient si bien au Louvre ! Qu'avaient-elles besoin de veniç à Vincennes? Enfin, pouisqu'il le faut, azoutons doux mille livres... « Cambre à coucer de monsignor l'éminentissime cardinale Giulio Mazarini; antiçambre pour recevoir à son petit et à son grand lever; cabinet pour monsou Bernouin, son valet de cambre : houit mille livres. »x Pour cela, il n'y a rien à dire, et ce n'est pas trop cer I (Écrivant.) Houit mille livres. « Pour la cambre de très-haute et très-pouissante demoiselle Marie de Mancini, nièce de l'éminentissime cardinale : trois mille livres. » Trois mille livres pour la cambre de cette petite fille? Oh ! oh! monsou PoquelinI
POQUELIN
Monseigneur, j'ai reçu, à cet endroit, une recommandation particulière.