ACTE I
démission de prince dou sang... Voyons, revenons à notre petite affaire. Nous disons : « Salle dou conseil?... »
POQUELIN, lisant sur son carnet.
« Douze fauteuils de maroquin, à soixante livres l'un : » sept cent vingt livres. »
MAZARIN
De maroquin?... Vous oussiez bien pou les faire en couir!
POQUELIN
En cuir, monseigneur? Des fauteuils destinés à avoir l'honneur de servir de sièges à MM. les ministres, à Votre Éminence et peut-être même à Sa Majesté ! en cuir? Jamais, monseigneur !
MAZARIN
Peuh ! dou temps de la Fronde, nous n'en avons pas touzours ou des fauteuils en couir !
POQUELIN, continuant.
» Avoir recouvert la table du conseil en drap vert, à » six livres l'aune ; avoir employé vingt-quatre aunes de » drap à cette couverture; ci : cent quarante-quatre » livres. »
MAZARIN
Dou drap, monsou Poquelin? Vous ne vous zênez pas! Per Baccof dou drap!
POQUELIN
Mais que vouliez- vous donc que j'employasse?
MAZARIN
De la serze, mordiou ! de la serze !
P0QUEL1N
Oh ! monseigneur, de la serge? une table sur laquelle il sera signé peut-être pour cinquante millions d'impôts! de la serge comme sur la table d'un procureur !
MAZARIN
Eh ! mon cer monsou Poquelin, qu'importe à ceux qui les payeront, ces cinquante millions d'impôts, que l'arrêté il ait été signé sour de la serze ou sour dou drap? Fiva Iddio ! nous ne sommes pas des monsou Fouquet, le roi et moi, pour signer nos arrêtés sour des tapis de velours!
POQUELIN
Je vous jure, monseigneur, que, chaque fois que j'ai l'honneur de travailler pour Sa Majesté, je suis trois mois à m'en remettre.
MAZARIN
Oui, et vos pratiques aussi, n'est-ce pas, mon cer monsou Poquelin? Voyons, finissons-en. Le total?
POQUELIN
Mais, monseigneur, il y a encore ces rideaux...
MAZARIN
Bah! c'est bien la peine de parler de ce lopin de soie !